À Joigny, les vieux textiles connaissent une nouvelle vie
Yonne. REC et Vitamine T unissent leurs forces pour créer une filière française capable de transformer les textiles usagés contenant du polyamide en une matière première réutilisable par l’industrie.
Et si les vieux collants, maillots de bain ou airbags automobiles devenaient demain de la matière première pour l’industrie ? C’est le pari lancé par REC et Vitamine T (insertion par l’économie). La deeptech, anciennement baptisée Écollant et installée à Joigny, s’associe au groupe spécialisé dans l’insertion par l’activité économique pour développer Implant, un modèle présenté comme la première filière française intégrée de recyclage du polyamide textile.
L’objectif est simple sur le papier : récupérer des textiles en fin de vie, identifier ceux qui contiennent suffisamment de polyamide, les préparer puis les transformer en granulés de polyamide recyclé. Ces granulés pourront ensuite réintégrer les chaînes de production industrielles, notamment dans l’automobile, l’aéronautique, le textile, les dispositifs médicaux ou encore les secteurs agricole et de la pêche.
Les deux partenaires se répartissent les rôles. Vitamine T prendra en charge l’amont de la filière : collecte, tri, identification des matières riches en polyamide, préparation et conditionnement. REC assurera ensuite le recyclage physico-chimique en boucle fermée, avant de commercialiser à terme les granulés produits.
Pour REC, l’enjeu est aussi industriel. En structurant son approvisionnement en matière première, l’entreprise veut disposer de flux réguliers, traçables et conformes à ses exigences. Pour Vitamine T, cette collaboration ouvre parallèlement une nouvelle activité autour de la préparation de matières destinées à un procédé industriel.
« Nous ne cherchons pas à construire la plus grande usine. Nous cherchons à construire la bonne usine », explique Laurent Trognon, président et fondateur de REC. Une montée en puissance progressive est donc prévue. Une première phase de trois mois doit permettre de traiter 100 tonnes de textiles et de former les équipes. L’étape suivante vise 500 tonnes par an, avant une ambition nationale comprise entre 2.000 et 5.000 tonnes annuelles à douze mois.
Jusqu’à 55 emplois dans l’Yonne ?
Derrière l’enjeu environnemental se dessine également un enjeu social. À maturité, le projet pourrait générer 30 à 40 postes chez REC et 10 à 15 chez Vitamine T, notamment pour la préparation des matières. Une partie de ces emplois pourrait être occupée par des personnes engagées dans un parcours de retour durable vers l’emploi.
Le projet entend ainsi faire de l’économie circulaire un levier industriel mais aussi social pour le territoire. « L’insertion par l’activité économique peut s’inscrire pleinement dans les chaînes de valeur industrielles de demain », souligne Olivier Laurant, directeur régional Grand-Est, Bourgogne, Aisne de Vitamine T.