Adhex Pharma s’agrandit à Chenôve sous l’oeil du ministre
Côte-d’Or. En visite sur le site d’Adhex Pharma à Chenôve, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a salué un investissement massif de 25,1 M€ destiné à rapatrier la production de médicaments stratégiques depuis l’Allemagne. Entre innovation technologique et ancrage local, ce projet soutenu par l’État et les collectivités locales illustre la volonté française de reconquérir sa souveraineté sanitaire tout en créant des emplois durables en BFC.
Roland de la Brosse, président d’Adhex Pharma, pépite industrielle spécialisée dans la conception et la fabrication de patchs médicamenteux, a eu l’occasion, lundi 8 juin, de présenter son nouveau bâtiment, un édifice de quatre étages répondant à des normes réglementaires et fonctionnelles extrêmement strictes, au ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin. Ce projet, loin d’être une simple extension immobilière, représente le fer de lance d’une stratégie nationale de relocalisation industrielle.
« Si l’État est à vos côtés, c’est parce que vous avez décidé de rapatrier en France deux médicaments, des antidouleurs, qui sont essentiels », a déclaré Sébastien Martin. Lauréate du plan France 2030, l’entreprise, qui fait partie du groupe Burgundy Ventures (180 M€ de CA et 950 collaborateurs dont 700 en BFC, en périphérie de Dijon et de Besançon) porte un projet de relocalisation en France des activités du laboratoire Labtec, implanté en Allemagne près de Cologne. Rachetée par Adhex Pharma en 2022, cette filiale conçoit des médicaments antidouleurs utilisés dans le cadre de soins palliatifs. « Cette expansion s’accompagne ainsi d’un défi industriel colossal : le transfert de machines sophistiquées depuis l’Allemagne et la revalidation complète des processus pharmaceutiques sur le sol français », ajoute Roland de la Brosse.
Cette relocalisation, qui devrait s’achever au printemps 2027, est le moteur d’un développement qui profite directement au territoire. L’histoire d’Adhex Pharma à Chenôve ne date pas d’hier. Ancrée au cœur de l’agglomération dijonnaise depuis 1950, l’entreprise a su traverser les époques, passant d’une trentaine de salariés il y a dix ans à 200 aujourd’hui. Avec l’ouverture de cette nouvelle unité de production de 8 000 m², les effectifs devraient atteindre 250 collaborateurs d’ici six à huit mois. Son chiffre d’affaires atteint les 56 M€.
François Rebsamen, président de Dijon Métropole, n’a pas caché sa satisfaction devant ce dynamisme : « Une entreprise comme celle-ci qui se développe, qui crée de l’emploi, qui crée de l’innovation, je dis qu’elle est bienvenue sur notre territoire ! Plus que de relocalisation, on peut parler ici d’industrialisation sur notre propre territoire avec un développement qui est autocentré mais qui se tourne aussi vers l’extérieur ». Il a également souligné la qualité des salariés, formés localement ou venus de l’étranger pour apporter leur expertise au sein de cette « magnifique entreprise », avant de conclure : « Tout cela fait partie de cette idée, saine, de porter ensemble la souveraineté industrielle dont notre pays a besoin. Quoi de plus beau que le rachat d’une entreprise étrangère pour venir compléter ce qui se fait ici ? Je le dis avec un esprit européen. »
La souveraineté sanitaire : un enjeu national
Au-delà de l’impact local, la visite de Sébastien Martin souligne l’importance stratégique d’Adhex Pharma dans la politique de santé publique de la France. L’État a d’ailleurs soutenu cet investissement à hauteur de 4,13 M€ via le programme France 2030, sur une enveloppe de 54 Mds€ dédiée à la réindustrialisation. L’objectif est clair : sécuriser l’approvisionnement en médicaments essentiels, notamment des antidouleurs, dont la dépendance envers l’étranger a été cruellement mise en lumière durant la crise de la Covid. Sébastien Martin a rappelé que 193 médicaments stratégiques ont été identifiés au niveau national : « En trois ans, nous avons rapatrié 42 de ces produits de santé et médicaments stratégiques dans notre pays. »
Pour le ministre, cette réussite repose sur un triptyque gagnant « qui s’illustre parfaitement ici » : des infrastructures de qualité, une recherche et développement (R&D) performante, et surtout, l’excellence de la main-d’œuvre française. Le ministre a également mis en avant les avancées législatives récentes, comme le « Critical Medicine Act, une victoire française obtenue au niveau européen », qui vise à favoriser la production européenne des médicaments. « Ça prend la suite de ce que nous avons mis dans le projet de loi de financement la Sécurité sociale : un article 65 qui va mieux rembourser les productions pharmaceutiques réalisées dans notre pays. On renforce la souveraineté, la performance d’une filière et on donne des perspectives. Le cap de la réindustrialisation, nous le tenons et nous pouvons le faire parce qu’il y a des industriels, des territoires et des filières qui croient dans notre pays ».
Jérôme Durain, président de la région Bourgogne Franche-Comté, a abondé dans ce sens en rappelant que la région est une terre d’industrie, particulièrement dans le domaine de la santé avec une filière biothérapie et bioproduction extrêmement active, « qui tient son rang à l’échelle mondiale ». Il a toutefois plaidé pour une stabilité des règles du jeu : « Il faut qu’on ait un effort collectif du côté des pouvoirs publics pour que les règles du jeu soient stables. C’est vrai pour les entreprises, c’est vrai aussi pour les collectivités, [...] pour qu’on puisse tenir notre rang et pour qu’on puisse aller au bout de nos missions, [...] parce que sur les questions d’apprentissage ou de formation des demandeurs d’emploi, des fois, les règles changent, ça nous met en difficulté ». Par ces mots, dans ce lieu où un pacte régional d’investissement dans les compétences a été signé, l’élu souhaitait rappeler au gouvernement ses craintes face aux atteintes récentes envers l’apprentissage et à la réduction de crédits affectés à la formation des demandeurs d’emploi.