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Adieu Laurent, bonjour Michelin

Yonne. Au 1er janvier 2027, Pneu Laurent, entreprise historique fondée en 1959 à Avallon spécialisée dans le rechapage de pneus poids lourds, intégrera officiellement le groupe Michelin.

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Pneu Laurent
Avec ce changement d’enseigne prévu en 2027, c’est la fin de l’identité autonome de Pneu Laurent, entreprise vieille de 75 ans fondée en 1952 par un garagiste avallonais, Léon Laurent, pionnier du rechapage en France, qui avait développé dans les années 1990-2000 quelques relais commerciaux en France avant leur fermeture progressive au début du 21e siècle. (Crédits : DR)

Au 1er janvier 2027, l’entreprise Pneu Laurent, fondée en 1952 à Avallon, prendra officiellement l’enseigne du groupe clermontois Michelin (27 Mds € et 125 000 salariés dans le monde). Si, dans les faits, cette intégration est déjà ancienne - Michelin étant devenu actionnaire majoritaire dès 1973 - le site avait jusqu’ici conservé une identité propre en tant que filiale spécialisée dans le rechapage de pneumatiques poids lourds et génie civil. Cette bascule marque ainsi la fin progressive d’un statut autonome au sein de l’écosystème Michelin, dans une continuité industrielle désormais pleinement assumée.

Du côté du groupe Michelin, on justifie l’intégration de Pneu Laurent dans la Manufacture française des pneumatiques Michelin par une volonté de simplifier son organisation industrielle, de renforcer la compétitivité de ses sites et d’adapter son outil de production à un marché du pneumatique soumis à une forte pression concurrentielle.

Des avis partagés chez les salariés

Le site d’Avallon, qui emploie 360 salariés et réalise environ 77 M€ de chiffre d’affaires (2024), est régulièrement présenté comme étant en sous-activité, avec un taux d’utilisation inférieur à 45 %. Du côté des organisations syndicales, la CFDT considère que l’opération peut constituer une opportunité de stabilisation, mais souligne : « cette évolution doit permettre de sécuriser l’avenir du site et de ses salariés, mais elle ne pourra être acceptable qu’avec des engagements clairs sur l’emploi et les conditions de travail ». La CFE-CGC se montre plus pragmatique et évoque « une activité aujourd’hui sous forte pression concurrentielle et un site qui fonctionne en dessous de son potentiel industriel ».

Du côté des salariés, une partie d’entre eux voit dans cette intégration une opportunité de sécurisation au sein d’un groupe industriel de dimension mondiale, tandis que d’autres redoutent une intensification des cadences et une évolution des organisations de travail.

Le marché mondial du pneumatique est largement dominé par cinq grands groupes - Michelin, Bridgestone, Goodyear, Continental et Pirelli - qui représentent environ 70 % du secteur. En Europe, on parle d’environ 224 millions de pneus vendus en remplacement chaque année, mais la concurrence s’intensifie fortement avec la montée des importations asiatiques, notamment chinoises, qui dépassent les 100 millions de pneus par an et continuent de progresser. Sur le segment du poids lourd, qui est celui du rechapage, le marché représente environ 1,6 million de pneus en Europe, mais seulement un sur quatre est aujourd’hui rechapé, un chiffre en baisse face aux pneus neufs moins chers et à la pression des importations.