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92e année

Amarob et sa chirurgie des cordes vocales labellisée Deep Tech

Besançon. Spin-off de l’institut Femto-ST, Amarob vient, à la fois de recevoir de Bpifrance le label entreprise Deep Tech, ainsi qu’une bourse French Tech Émergence pour le développement de son robot dédié à la chirurgie laser intracorporelle. Lumière sur ce projet bisontin et cette technologie de rupture made in France, qui ont été, par ailleurs, lauréat en 2017 du concours ”chercheur-entrepreneur challenges” de la région Bourgogne Franche-Comté.

Amarob a imaginé un système robotisé qui permet de réaliser des chirurgies lasers intracorporelles et se focalise notamment sur la chirurgie transorale (de l’entrée de la bouche aux cordes vocales) avec un endoscope doté d’un microrobot dirigeant un laser lors de l’intervention. L.Godart

Projet exemplaire d’une collaboration fructueuse et réussie entre chercheurs et praticiens, la start-up Amarob est reconnue pour sa technologie disruptive imaginée en réponse à un besoin clinique identifié et avéré.

Sa labellisation Deep Tech fin 2020, puis sa bourse French Tech Émergence obtenue en mars, fait entrer Amarob dans la cour des pépites françaises, définie par Bpifrance. Derrière ce projet entrepreneurial mené au sein de l’institut Femto-ST (Franche-Comté électronique mécanique thermique et optique -Sciences et Technologies) - unité mixte de recherche franc-comtoise associée au CNRS et rattachée simultanément à : l’Université de Franche-Comté (UFC), l’École nationale supérieure de mécanique et des microtechniques (ENSMM) de Besançon, l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) et à l’Université Bourgogne Franche-Comté (UBFC) - se cache l’unité de transfert technologique, MiNaRoB, créée en 2012 par Nicolas Andreff, dont nous avions fait le portrait dans nos colonnes, en 2018. Année où il obtenait, à 44 ans, le grand prix scientifique de la Fondation Charles Defforey-Institut de France, d’un montant de 450.000 euros, sur le thème « Mécanique, robotique et intelligence artificielle  ». Adolescent, l’homme affichait déjà son goût pour les sciences et les «  êtres  » de métal si chers au romancier de sciences fiction Isaac Asimov. De son propre aveu, ne répondait-il pas, alors, à l’inextricable question «  Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte  ?  », par un précurseur : « Un robot qui en fabrique d’autres  »  ?

Nicolas Andreff, enseignant chercheur à l’institut Femto-ST à Besançon. JDP

En 2009, il postule à l’UFC dans l’optique de constituer une équipe capable de faire un pont entre la microrobotique et le médical, à une époque où l’on commençait à peine à évoquer la robotique en médecine... C’est ainsi qu’au sein du département Automatique et système micro-mécatroniques (AS2M) de l’institut Femto-ST, il donne corps à l’équipe MiNaRob (pour Micro / Nano-Robotique Biomédicale). L’entité va développer une activité scientifique autour de quatre axes  : la chirurgie guidée par l’image, la conception micromécatronique biomédicale, le guidage de microrobot sans contact et la dextérité intracorporelle.

Cette équipe composée d’une petite dizaine d’enseignants chercheurs permanents, complétée d’une quinzaine de doctorants, de quelques chercheurs contractuels et d’une dizaine de stagiaires va très vite acquérir une réputation mondiale. «  Notre bassin de recrutement est international, précise Nicolas Andreff. Nous comptons aussi dans notre équipe un Péruvien, un Pakistanais, un Libanais... ». La spécificité de cette unité est « d’ancrer les recherches sur des besoins cliniques préalablement définis par le corps médical. En lien direct avec les médecins de l’Établissement français du sang (EFS) et du CHRU de Besançon, l’équipe développe des systèmes high tech, mais cherche également à comprendre la problématique scientifique sous-jacente, afin de faire avancer la recherche fondamentale ».

Vers des chirurgies moins invasives

Ce diptyque inédit fait d’ingénierie et de formalisation scientifique a déjà vu naître quelques belles avancées. Certains dispositifs sont encore en cours de développement, et d’autres déjà plus aboutis, avec présence de prototypes prêts à être intégrés à un environnement clinique et susceptibles d’une valorisation via création d’une entreprise. C’est le cas du projet européen µRalp. Mené en lien avec un institut italien à Gênes, il s’agit d’un robot miniature (inférieur au centimètre cube) fixé à l’extrémité d’un endoscope permettant de guider de manière précise (aux 100 microns près) les opérations au laser d’ablation de tumeurs sur les cordes vocales. Testée sur cadavre avec succès en mars 2015, cette solution plus confortable et moins invasive pour le patient a donné lieu à la création de la start-up Amarob, aujourd’hui labellisée Deep Tech. Nicolas Andreff, collabore régulièrement avec Laurent Tavernier, à la tête du service ORL du CHRU de Besançon.

Amarob est ainsi un exemple probant que la collaboration entre chercheurs et praticiens est possible. Cette technologie de rupture répond à un besoin clinique avéré et permettra des interventions ambulatoires et de meilleure qualité, plus sûres et plus rapides. L’entreprise est portée par Sergio Lescano, ingénieur originaire du Pérou, travaillant sur le projet depuis 2012. Titulaire d’un master en robotique et d’un master en management réalisé à l’Université Pierre-et-Marie-Curie(UPMC) Paris-6, il est arrivé en France avec la volonté de créer une activité économique, et a choisi de mettre sa fibre entrepreneuriale au service du projet Amarob. Il est accompagné par les trois fondateurs de l’entreprise que sont : Brahim Tamadazte, chargé de recherche au CNRS en chirurgie guidée par l’image, Micky Rakotondrabe, maître de conférences à l’université de Bourgogne Franche-Comté (UBFC) en microsystèmes à commande automatique et bien sûr Nicolas Andreff. Amarob a obtenu de l’Europe 2,5 millions d’euros de subventions auxquels se sont ajoutés, en 2017, une première bourse French Tech de Bpifrance qui a permis de déposer la marque Amarob et de développer un prototype industriel. La start-up a également été incubée par Deca-BFC. La structure régionale a permis à Sergio Lescano de bénéficier d’un accompagnement par un chargé d’affaire et un chef d’entreprise dans le but de transformer son projet scientifique en projet d’entreprise et surtout d’évoluer vers la stature du chef d’entreprise.

Installée à Temis Innovation depuis 2018, cette start-up caractérisée par un go-to-market ambitieux, à fort potentiel capitalistique, vient par ailleurs de recevoir le mois dernier une bourse FrenchTech Emergence de 130.000 euros. Autant d’atouts qui devraient permettre à AmaRob d’augmenter sa maturité industrielle et réglementaire, à la hauteur de ses ambitions internationales. La société travaille notamment sur le développement d’applications annexes moins lourdes en termes d’accès au marché. Des collaborations sont d’ores et déjà à l’étude pour soigner par exemple des cancers colorectaux, vaginaux...

Frédéric Chevalier