Angell, PFAS : deux dossiers épineux pour le groupe SEB
Industrie. Mise en demeure sur les PFAS, contentieux toujours ouvert sur les vélos Angell : au-delà du plan Rebond, le groupe SEB fait face à deux dossiers judiciaires qui s’éternisent.
Octobre 2023 : à Selongey, berceau du groupe SEB, pas moins de deux ministres étaient venus couper le gâteau des 70 ans de la cocotte-minute : Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique, et Roland Lescure, toujours ministre de l’Industrie (photo ci-contre, archives JDP). Une proximité avec le groupe SEB pour un évènement d’entreprise dont on avait mesuré l’impact en avril 2024 lors de la discussion sur la loi PFAS (polluants éternels), le ministre plaidant pour en écarter les produits de grande consommation comme par exemple les poêles antiadhésives de Téfal, marque emblématique du groupe SEB. Des salariés avaient également été dépêchés par le groupe pour faire entendre la voix de SEB devant l’Assemblée nationale et la loi avait finalement donné gain de cause à l’industriel.
Le groupe bâtit sa défense sur le fait qu’il utilise du PTFE (Polytétrafluoroéthylène, plus connu sous le nom commercial de Téflon), pour recouvrir ses poêles Tefal, affirmant que ce PTFE est une molécule lourde, totalement inerte, insoluble et non toxique pour l’organisme en usage normal puisqu’elle ne pénètre pas dans le corps. SEB rappelle également régulièrement avoir arrêté dès 2012 l’utilisation du PFOA, un autre PFAS beaucoup plus petit, mobile et toxique, qui servait autrefois de liant pour appliquer le PTFE.
Cela n’a pas suffi à apaiser les associations environnementales, pas plus que les collectivités. À Rumilly, en Haute-Savoie, la ville et la communauté de communes ont assigné, en mai dernier, en référé plusieurs entreprises afin d’obtenir une expertise judiciaire indépendante sur la pollution aux PFAS. Tefal et Salomon figurent parmi les entreprises visées. L’ancienne tannerie Fortier Beaulieu fait également partie des sources potentielles identifiées par la Dreal. L’expertise doit notamment permettre « d’évaluer le préjudice écologique » sur les cours d’eau et les sols.
Sur ce dossier, SEB assure être « dans une démarche de responsabilité ». Le groupe affirme avoir transmis 50 ans d’archives aux autorités, répondu aux demandes d’informations et collaboré avec les services de l’État. « Nous sommes prêts à apporter tous les éléments nécessaires à la justice dans le cadre de l’expertise demandée », indique-t-il, tout en précisant vouloir avancer « en responsabilité », mais sans endosser « les responsabilités qui pourraient être attribuées aux autres entreprises visées dans le secteur ».
Le 8 octobre, Le Monde publiait de nouvelles informations, indiquant qu’une requête en référé avait été déposée le 29 septembre auprès du tribunal administratif de Grenoble pour faire cesser les rejets de l’usine Tefal de Rumilly. Le groupe SEB a finalement été mis en demeure, vendredi 9 octobre, de « planifier l’arrêt de l’utilisation des PFAS dans ses activités ». Les trois associations à l’origine de la mise en demeure (Notre affaire à tous, Générations futures et ClientEarth), rappelle le quotidien du soir, donnent trois mois à l’industriel avant de saisir le tribunal judiciaire de Paris.
Angell : un contentieux toujours ouvert
Pile deux ans après le rappel massif des vélos connectés Angell, l’affaire entre Zebra, le propriétaire de la marque pensée par Marc Simoncini, SEB, qui assemblait les vélos dans son usine d’Is-sur-Tille, en Côte-d’Or, et Kickmaker, le bureau d’étude, n’est toujours pas close.
Pour rappel, à l’automne 2024, suite à la détection de risques majeurs sur les cadres des cycles, Zebra a ordonné le 9 novembre 2024 un « stop riding » pour les 5.016 vélos en circulation. Pour Zebra, l’addition s’annonçait vertigineuse : entre 10 et 23 M€ selon les scénarios d’indemnisation ou de remplacement. Le passif déclaré dans le cadre de son redressement judiciaire atteindra finalement 57,17 M€ de créances, selon le jugement de Bobigny.
Pour Angell, le problème relevait d’un « échec industriel » lié à la construction. SEB, de son côté, assurait n’avoir fait « que respecter les modalités d’assemblage prescrites par les parties prenantes ». Le contentieux enregistré depuis mars 2025 au Tribunal des activités économiques de Paris implique également les assureurs et plusieurs fournisseurs.
Mais, depuis la reprise d’Angell par Rebirth* à l’été 2025, c’est le repreneur qui porte le dossier. Son plan de redressement lui impose notamment de « faire son affaire personnelle » des litiges existants contre SEB et Kickmaker. « La procédure d’expertise judiciaire initiée par Zebra, à laquelle SEB, Kickmaker et dix autres intervenants participent au sujet des vélos Angell, poursuit son cours », indique SEB. L’expert nommé le 3 octobre 2025 n’a, à ce jour, ni achevé ses travaux ni rendu son rapport.
* Contacté à plusieurs reprises, Rebirth n’a pas donné suite à nos sollicitations.