Après la route et le ferroviaire, AlphaGreen décarbone aussi le fluvial
Doubs. L’entreprise bisontine spécialisée dans les solutions de dépollution des moteurs thermiques annonce développer un nouveau marché : celui du fluvial.
C’est sur une réflexion pleine de bon sens que Ludovic Chevènement donnait vie, en 2020, à la société bisontine AlphaGreenqui propose une technologie pour dépolluer et décarboner les moteurs par injection d’hydrogène, sans aucun produit chimique : « Pourquoi se reposer uniquement sur des solutions qui ne seront pleinement viables que dans 30 ans au lieu de chercher également à améliorer l’existant ? » Une interrogation qui fait d’autant plus sens aujourd’hui alors que depuis plusieurs mois, les mauvaises nouvelles s’accumulent dans le monde de la mobilité hydrogène verte.
À l’inverse AlphaGreen s’impose désormais comme un acteur incontournable de la transition énergétique. « Plus les moteurs sont vieux, plus ils sont confrontés à des problèmes d’encrassement et plus ils polluent et consomment du carburant. Or, si l’on nettoie de manière efficace ne serait-ce que 10 % de la flotte de véhicules roulants actuellement on aura un impact fort et immédiat sur les émissions de gaz à effet de serre », argue le fondateur. Initialement focalisée sur l’automobile et les poids lourds, l’entreprise a redéveloppé sa technologie pour s’attaquer à de nouveaux marchés : le ferroviaire et le fluvial.
Présente sur 40 départements en France, elle connaît une croissance constante, doublant son chiffre d’affaires chaque année. À fin d’exercice 2025, ce dernier était de 1,4 M€. « Grâce à notre procédé breveté dans 68 pays, nous optimisons la technologie du nettoyage à l’hydrogène et à l’eau déminéralisée pour dépolluer les moteurs thermiques, explique Ludovic Chevènement. Les résidus de combustion (la calamine) se déposent sur diverses parties du moteur et obstruent les conduits. Ils engendrent des pannes (injecteurs, vanne EGR, turbo…) et empêchent certaines pièces de remplir leur mission, comme le filtre à particules, avec un non-respect des normes anti-pollution à la clé. Notre solution d’injection d’hydrogène élimine les dépôts de calamine accumulés dans les moteurs thermiques et restaure leur rendement optimal ». L’effet combiné de la dissolution des particules et d’une combustion plus propre permet : une réduction des émissions polluantes et de CO2, une baisse de la consommation de carburant, un allongement de la durée de vie des composants moteur et une diminution des frais d’entretien et des périodes d’immobilisation. Le groupe Roger Martin a fait partie des premiers à avoir signé avec AlphaGreen. Cela représente le nettoyage de 600 engins de chantier, 300 poids lourds et 800 véhicules utilitaires ou particuliers.
Nouveaux marchés et avenir international
Aujourd’hui la start-up s’invite sur le marché du fluvial en signant avec le groupe Plattard. Acteur territorial historique en Rhône-Alpes, fondé il y a plus de 140 ans, ce groupe familial français dont la 6e génération est arrivée à la direction, compte 615 collaborateurs et plus de 30 agences de proximité. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 242 M€ en 2024 grâce à ses deux métiers principaux : l’industrie et le négece de matériaux de construction. Le groupe affiche des ambitions forte en matière de politique RSE : 30 % de ses engins fonctionnent à l’électrique, 38% de ses camions roulent au gaz naturel ou au biocarburant et 90 % des granulats sont acheminés par voie fluviale. En 2024, le groupe électrifie tous ses engins d’extraction des matières premières et déploie des panneaux solaires et trackers sur ses sites. La décarbonation moteur d’AlphaGreen s’inscrit ainsi naturellement dans cette trajectoire, en améliorant encore davantage la performance environnementale de leur activité de transport fluvial.
« Nous avons réalisé une opération début décembre sur deux péniches de transport du groupe Plattard. Cela constitue une première étape dans l’application du procédé au transport fluvial, un secteur où l’optimisation énergétique est déterminante en raison des volumes transportés et des distances », explique Ludovic Chevènement évoque des résultats « concrets et impressionnants » : 218 tonnes de CO2 économisées, 28 % d’amélioration d’efficacité énergétique et 51 % de réduction d’émissions polluantes nocives pour la santé. « Cette intervention est cruciale, quand on sait que leur plus grosse barge peut remplacer jusqu’à 180 camions sur la route, précise-t-il. Cette opération illustre également la capacité de notre procédé à s’adapter à des environnements moteur variés, comme ceux du transport par voie d’eau ». Dans le prolongement de cette collaboration, AlphaGreen entend renforcer sa présence dans les secteurs à forte intensité énergétique, où l’optimisation des motorisations thermiques peut générer des gains immédiats et mesurables. L’entreprise vise à devenir un partenaire incontournable de la décarbonation opérationnelle, en apportant aux industriels des solutions concrètes pour réduire leurs émissions sans perturber leurs exploitations.
Pour soutenir son expansion, Ludovic Chevènement a notamment pris un virage technologique majeur en développant sa propre Intelligence artificielle. Cet outil permet de capturer la donnée lors de chaque intervention pour détecter les anomalies et assurer un suivi opérationnel avec le client et une maintenance prédictive. L’IA permet également de réduire la durée de formation des techniciens, un investissement lourd qui s’élève à environ 40.000 € par personne « On gagne en agilité, en croissance tout simplement », souligne le fondateur qui ne cache pas ses ambitions internationales. AphaGreen devrait connaître au printemps un changement de dimensionnement, quittant « le costume » de start-up devenu trop étroit pour endosser celui d’un groupe industriel international. Ludovic Chevènement annonce également la création d’une nouvelle cellule dédiée à la compétition automobile qui effectuera des tests opérationnels sur circuit, là encore, dès le printemps.