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93e année

Boucon : une histoire familiale qui ne laisse pas de marbre

Artisanat. En 172 ans, la famille Boucon s’est faite une solide renommée dans les métiers de la pierre. De l’extraction en carrière à la pose, en passant par le façonnage, le découpage et le sculptage, la marbrerie Boucon maîtrise l’ensemble de la chaîne de production.

Transmission, de père en fils, amour du métier, partage de savoir-faire ancestraux, respect des matières, de leur provenance, quête de l’excellence, préservation et valorisation du patrimoine... autant de valeurs que la famille Boucon a su graver dans le marbre au fil des générations. Tout commence en 1850, à Villars-Saint-Georges, petit village du Doubs, où la famille Boucon extrait la pierre de construction. Avec l’arrière-grand-père, Pierre Boucon, l’activité familiale est axée sur le métier de bâtisseur. De 1920 à 1970, aidé de quelques compagnons, l’homme transforme et pose ses pierres, réalisant bâtisses et murs pour toute la région. Puis de 1970 à 2010, Jean-Pierre Boucon, le père, s’oriente vers le funéraire et révolutionne l’art ornemental taillé et sculpté.

« Pour la qualité de son travail, ainsi que son concept de signature ornementale imaginée en lien avec la personnalité du défunt, il recevra en 1985 une distinction nationale, l’équivalent de l’Oscar du funéraire », appuie son fils David Boucon, actuel codirigeant, avec son frère Samuel de la marbrerie Boucon. Depuis 2010, les deux frères poursuivent l’aventure familiale commencée il y a 172 ans. « Aujourd’hui nous sommes structurés en six grands entités : Funéraire Boucon, Bâtiment Boucon, Rocamat, Pierre naturelle by Boucon, Boucon Projets, Bagnilux (salles de bains) et By Natur (dallage). Cela nous permet de prendre en charge des projets complets et ainsi répondre à toutes les demandes de nos clients », affirme David Boucon.

La jeune génération a également fait évoluer les techniques. Si hier, elles empruntaient à l’art égyptien quant aux méthodes d’extraction et de transport des pierres, elles font désormais appel aux machines de découpe à commande numérique. « Nous investissons beaucoup dans la R&D pour rester à la pointe de l’innovation. Dans le domaine du funéraire, par exemple, nous avons déposés plusieurs brevets sur nos techniques spécifiques de sculpture en relief ou de gravure directement dans la matière. »

À l’image du défunt

Funéraire Boucon maîtrise ainsi l’ensemble du process de fabrication de l’extraction en carrière jusqu’à la pose au cimetière, en passant par le façonnage, avec ce petit plus qui fait toute la différence par rapport à la concurrence notamment chinoise : la personnalisation.

« Nos monuments ne sont pas de simples pierres mais bien l’image du défunt qui y repose. Créateur et fabricant nous dessinons et avançons ensemble, avec le client, étapes par étapes pour affiner au mieux le monument définitif. En France, il reste très peu d’entreprises de l’ornement funéraire qui fabriquent leurs produits, en région, nous sommes les seuls. Nous sommes référencés comme atelier marbrier façonnier, un réseau d’une vingtaine de marbreries qui rassemblent tous les savoir-faire de la pierre. Faire partie de cette association, c’est asseoir nos valeurs, c’est un label... Nous travaillons uniquement des granits de premier choix avec un polissage en atelier à la meule diamantée sans adjonction de produit pour une brillance définitive et un entretien simplifié. Nos décors d’arts ne sont pas justes gravés en surface… mais réellement taillés sculptés définitivement en relief dans la matière vous assurant un rendu esthétique parfait et une durabilité sans égale dans le temps. Les gravures de qualité sont réalisées à la feuille d’or véritable, sans peinture. Nos techniques de pose uniques vous garantissent un monument durable et stable avec de réelles fondations en béton armé... ».

L quête des plus belles matières

Un savoir-faire presque bicentenaire qui s’est exporté jusqu’à l’Assemblée nationale. Bâtiment Boucon, reconnu pour son expertise en marbrerie fine et de décoration a ainsi réalisé le meuble d’accueil du prestigieux site. Exécuté dans une pierre noire utilisée par Vauban et Napoléon, l’oeuvre a nécessité la réouverture d’une carrière historique. Plus localement, l’entreprise qui compte aujourd’hui 32 personnes, s’est illustrée dans l’aménagement du SPA, la conception sur-mesure du contour en pierre du bar, ainsi que la réalisation de toutes les salles de bain de l’aile droite du Grand hôtel La Cloche, cinq étoiles à Dijon ou encore dans la pose d’un mur en marbre de Grèce de 13 mètres de large sur 2,5 mètres de hauteur, vieux de 340 millions d’années, au coeur du restaurant bisontin Le Parc.

« Nous cherchons autant à satisfaire les particuliers (plans de cuisines, salles de bains, sols, mobiliers...) que les hôteliers, les propriétaires de cuveries viticoles, qui plébiscitent de plus en plus nos matières naturelles sans Composés organiques volatils (COV) ou les architectes qui nous confient la réalisation de projets de caractère. Nous parcourons le monde pour trouver les plus belles matières. Tous les trois mois, je suis en voyage en quête de nouveaux matériaux. Nous possédons en catalogue plus de 200 variétés de pierres, dont la majorité est stockée dans un parc à matériaux en Italie. Je ne connais pas un architecte qui puisse me demander un marbre ou une pierre que je n’ai pas », affirme David Boucon. C’est cette amour de la pierre qui a conduit la famille Boucon à se porter acquéreur, il y a quelques années, de carrières en Bourgogne appartenant à Rocamat et exploitant de la pierre de Comblanchien et de Bourgogne.

« La défense de notre patrimoine est une chose primordiale pour nous. Nous ne manquons jamais une occasion d’imposer la pierre de Bourgogne sur les chantiers qui nous sont confiés. Nous avons été choisis comme conseil technique sur le projet qui vise à faire du château de la Commaraine à Pommard un Palace. Là encore, nous y avons défendu la pierre de Bourgogne face à des matériaux issus de la mondialisation qui peuvent paraître de prime abord pour le client plus économiques, mais qui sont un mauvais choix en termes d’image… Voir, par exemple, un grès qui vient d’Inde à Pommard aurait de quoi surprendre… Notre engagement auprès d’un marché local qui nous fait confiance, permet de faire tourner les carrières d’ici et ainsi s’assurer de leur pérennité dans le temps, source d’emplois régionaux », argue David Boucon.

Frédéric Chevalier