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Café Joyeux jette l’ancre au centre Dauphine

Côte-d’Or. Le 25e Café Joyeux de France a ouvert ses portes mercredi 8 avril à Dijon. Bien plus qu’un simple établissement de restauration, ce lieu mise sur l’inclusion professionnelle de personnes en situation de handicap mental et cognitif pour transformer le regard des clients.

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(Crédits : JDP)

Après cinq années de mobilisation locale, le Café Joyeux de Dijon accueille enfin ses premiers clients au centre commercial Dauphine, rue Bossuet. Ce projet, d’un montant d’investissement de 800.000 €, porté par des bénévoles et soutenu par plus de 300 mécènes dijonnais [1], marque une étape clé pour l’enseigne : il s’agit du 33e établissement dans le monde et du 25e dans l’Hexagone. La franchise emploie plus de 400 personnes, dont 225 en situation de handicap, en France, au Portugal, en Belgique et à New York.

La particularité de Café Joyeux réside dans son personnel. À Dijon, cinq « équipiers » en situation de handicap mental ou cognitif travaillent en CDI aux côtés de quatre « skippers », des professionnels de la restauration chargés de leur encadrement. La « barre » a été confiée à Aurélie Gasparin, passée par le Richebourg à Vosne-Romanée et l’Hôtel Darcy à Dijon.

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Le choix du vocabulaire, autour de la voile et du bateau, n’est pas anodin, puisque le premier café Joyeux est né à Rennes, fondé par Yann Bucaille-Lanrezac, ancien dirigeant du groupe familial Emeraude, spécialiste des polymères reconverti dans le photovoltaïque. Avec la maladie de sa femme, l’homme décide de ralentir et investit dans des hôtels haut de gamme, notamment à Dinard. Fou de bateau, il fonde l’association Emeraude Voile Solidaire et fait construire un catamaran, afin d’emmener en mer des personnes défavorisées : sans-abri, personnes en situation de handicap… L’idée des Cafés Joyeux prend sa source au cours de l’une de ces opérations « Marins d’un jour ». Sur le bateau, Théo, un jeune autiste, interpelle Yann Bucaille-Lanzerac et lui demande un emploi. Lorsque ce dernier répond qu’il n’en a pas, Théo se met en colère. L’homme d’affaires est bouleversé et décide qu’il est de son devoir d’en faire plus. Il se renseigne alors sur les chiffres du handicap mental et cognitif en France. Il constate que cela représente 700.000 personne touchées par l’autisme et 65.000 par la trisomie 21 et que ces populations sont deux à trois fois plus touchées par le chômage...

Modèle économique unique et ambiance authentique

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Parrainé par Briac le Lous, président des laboratoires Urgo Healthcare, le nouveau café-restaurant dijonnais incarne une dynamique territoriale au service de l’emploi inclusif. « Le Café Joyeux est situé juste au-dessus de notre siège social. Nos collaborateurs et les équipiers se rencontreront au quotidien. Ainsi, avec Café Joyeux, Urgo partage bien plus qu’un café ! ». « Quelle fierté d’ouvrir un Café Joyeux à Dijon !, appuie Claire Faure-Miller, directrice générale France de Café Joyeux. Grâce à l’engagement remarquable des acteurs locaux, une équipe d’équipiers va pouvoir se former (en situation de travail, via le Centre de formation des apprentis joyeux, qui délivre un diplôme d’État d’agent de restauration. Ndlr), travailler et révéler ses talents au coeur de la cité dijonnaise ». L’emplacement, en plein centre-ville, est un choix stratégique et militant. « On a vraiment à coeur d’être au coeur des villes, pas en périphérie, parce que le handicap doit être visible, faire partie du quotidien, ne pas à être mis de côté », souligne l’équipe de direction. Une visibilité qui porte ses fruits : selon une étude du Laboratoire E&MISE de l’ESSEC, 81 % des clients déclarent avoir changé leur perception du handicap après leur passage. Pour les équipiers, les bénéfices sont tout aussi tangibles : gain d’autonomie, confiance en soi renforcée, développement des interactions sociales. « L’accès au travail est essentiel pour faire évoluer durablement les regards. Parce que c’est en créant des opportunités réelles d’emploi que nous construirons une société plus inclusive », s’enthousiasme Anissa Djaadi-Mezhoud, déléguée générale du Fonds Groupe Seb.

Au-delà du modèle économique innovant - une SAS détenue par le fonds de dotation Emeraude Solidaire, sans but lucratif - ce qui frappe le visiteur, c’est l’ambiance. « Ce qui fait la particularité du Café Joyeux quand on y rentre, c’est l’authenticité parce qu’avec des personnes en situation de handicap on ne triche pas [...] ils sont tout à fait sincères avec vous », explique-t-on chez Café Joyeux. Le café-restaurant est désormais ouvert du lundi au samedi, de 9h à 18h. Les Dijonnais peuvent aussi soutenir « la mission » en achetant le café de spécialité de la marque, dont les bénéfices contribuent à l’équilibre économique de ces lieux d’inclusion, rarement rentable à eux seuls, notamment en raison d’une équipe managériale deux fois plus importante qu’un Starbucks.

  • (Crédits : JDP)
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[1parmi ceux-ci : Urgo Healthcare, Fondation MMA Solidarité, Les clubs Rotary de Beaune, Dijon, du Liban et la Fondation Rotary, la Fondation Thot, Sodifalux, Caves Carrières, Fondation Géotec, Fondation Brageac, Crédit Agricole Technologies et Services, La Cuverie by Comte Liger-Belair, Fonds Groupe SEB, Domaine Chanson, Adhex Technologies, Fondation Agir Crédit Agricole Champagne Bourgogne.