Chute des emplois industriels : pourquoi la photographie de l’Insee est trompeuse
Région BFC. Selon une étude de l’Insee, la Bourgogne Franche-Comté a perdu environ 14.000 emplois industriels entre 2013 et 2022, soit une baisse de 8 %. Si ce recul inquiète, l’industrie demeure un pilier économique majeur de la région. Pour Véronique Guillon, déléguée générale de l’UIMM 21, ces chiffres doivent toutefois être analysés avec prudence, car ils masquent une réalité plus contrastée selon les secteurs et les territoires.
Si l’industrie demeure un pilier majeur de l’économie en Bourgogne-Franche-Comté, l’emploi salarié y recule plus vite que dans la plupart des autres régions industrielles françaises. Selon une étude publiée fin février par l’Insee, la région a perdu environ 14.000 emplois industriels entre 2013 et 2022, soit une baisse de 8 % des effectifs. Dans le même temps, l’emploi industriel se stabilise globalement dans les régions françaises hors Île-de-France.
Ce recul ne signifie toutefois pas un effondrement du secteur. L’industrie représente encore près de 17 % de l’emploi régional et environ 18 % de la valeur ajoutée produite en Bourgogne Franche-Comté, un poids nettement supérieur à la moyenne nationale. « L’industrie reste effectivement très présente dans la région », souligne Véronique Guillon, déléguée générale de l’UIMM 21, qui rappelle qu’il faut analyser ces chiffres avec quelques clés de lecture.
Déjà, la chronologie : l’Insee donne une photographie de l’écosystème « datée de plus de dix ans et qui s’arrête en 2022, il y a quatre ans. Aujourd’hui la situation a encore évolué, avec le conflit en Ukraine, et plus récemment au Moyen-Orient », introduit-elle.
« Et puis, derrière le mot industrie, en effet, il y a surtout quelques grands secteurs qui ressortent dans les statistiques, comme l’automobile, le nucléaire ou la métallurgie », poursuit notre interlocutrice. « Mais l’industrie n’est pas composée uniquement de ces grands secteurs. »
Certaines activités industrielles restent en effet invisibles dans les études officielles, car elles sont classées informatiquement dans d’autres catégories économiques. « Des entreprises peuvent faire de la production, de la soudure ou de la conduite de ligne, mais être comptabilisées dans le bâtiment ou dans un autre secteur à cause de leur code NAF, précise la responsable patronale. Elles ne sont donc pas toujours comptées comme de l’industrie et sont invisibilisées », relève Véronique Guillon qui martèle « que l’on met souvent le focus sur ce qui ne va pas, alors que des entreprises marchent bien et recrutent », comme, notamment, des PME industrielles spécialisées dans la robotique ou l’industrie pharmaceutique.
Mais l’étude « a le mérite d’exister » et met en lumière « de vraies difficultés », selon l’UIMM. Comme le manque de souveraineté industrielle, tant désirée après la crise de la Covid 21, des décentralisations importantes et la fragilisation de secteurs piliers de notre territoire comme celui de l’automobile. « Il y a aussi un vrai défi, désormais, sur les compétences et le renouvellement de la main-d’oeuvre. L’industrie régionale fait face à un vieillissement de ses salariés, tandis que les entreprises peinent à recruter. La pyramide des âges dans l’industrie vieillit, observe-t-elle. Et aujourd’hui les entreprises demandent de plus en plus de techniciens et de profils qualifiés ».
Pour elle, l’apprentissage et la formation constituent les solutions rapides à la crise. « L’image même de l’industrie a profondément évolué. Aujourd’hui, la filière s’est mise à la RSE, à l’innovation et il ne s’agit plus de travailler dans des usines avec des copeaux par terre. Ce sont des centres d’usinage à commande numérique avec beaucoup d’informatique et désormais l’apport de l’intelligence artificielle. Ça doit plaire aux jeunes », conclut-elle.