De l’audace et des commandes réelles !
Emmanuel Viellard, président du Medef Territoires Franc-Comtois
Le Journal du Palais : Suite à la visite d’Emmanuel Macron sur la base aérienne de Luxeuil-les-Bains et aux annonces faites sur la volonté de réarmement de la France, la présidente du Conseil régional de BFC a déclaré que le secteur de la défense doit être une piste de diversification à creuser pour la filière automobile en BFC. Nicolas Soret, vice-président en charge de l’économie, a notamment cité l’exemple de l’entreprise Eurocade dans le Doubs qui se serait déjà engagée dans cette voie. Pensez-vous que cet axe de diversification est un virage que peut et doit prendre la filière automobile régionale ?
Emmanuel Viellard C’est une piste qu’il faut explorer avec le lancement de vrais projets financés et des

commandes. Les industriels, chefs d’entreprises, seront enthousiastes à l’idée de se lancer dans le plan de souveraineté tel qu’il a été annoncé. L’excellence de la Franche-Comté dans les domaines mécaniques peut trouver des applications dans tous les types d’équipements militaires.
La société Eurocade s’est effectivement déjà engagée dans le militaire à partir d’applications duales ou spécifiques déjà existantes. Nous pouvons citer également les sociétés Neydey, TPM Défense ou LISI qui ont des développements possibles dans le militaire à partir d’applications existantes, que ce soit pour les matériels (roulants ou volants) ou dans la fabrication de munitions. Des approches à plus long terme peuvent au cas par cas être mises à l’étude.
Par ailleurs, le projet de transformation de la BA116 doit également bénéficier aux entreprises locales et j’appelle de mes vœux pour qu’elles soient consultées et privilégiées. Une journée Défense est également organisée prochainement au 1er régiment d’artillerie de Bourogne (90), et je souhaite que de nombreux entrepreneurs puissent le rejoindre pour montrer toute leur motivation à développer ce segment.
À ce sujet, le Medef Territoires Franc-Comtois joue un rôle actif en organisant régulièrement des rencontres entre les entreprises de Franche-Comté et les Armées. Je note néanmoins que la région BFC n’a pas encore mis en place de véritables moyens pour développer ce secteur alors que d’autres régions comme la Nouvelle-Aquitaine ou la Normandie ont déjà identifié des projets porteurs de sens.
Je m’interroge sur la capacité de la région BFC à mener un tel projet quand je vois une politique entièrement tournée vers la hausse de la fiscalité, comme par exemple le maintien du projet de Versement Mobilité Régionale de près de 35 M€. Surtaxer d’un côté pour subventionner de l’autre, cela ne fait pas une politique économique crédible. (Suite à la mobilisation des syndicats patronaux, le recours à cette taxe proposée par le gouvernement a été suspendu par la région pour un an. Elle reste potentiellement mobilisable en 2026, Ndlr.)
Le secteur de la défense peut-il être un atout pour la filière automobile actuellement en crise ?
L’industrie automobile a atteint les plus hauts standards en termes de qualité, de technologie et de services, qui peuvent être utilisés pour développer une filière de référence pour les applications militaires.
Comment cela peut-il être mis en place et à quelle échéance ?
La réussite d’un tel projet requiert de l’audace mais aussi des commandes réelles afin que les industriels puissent s’appuyer sur des éléments tangibles. Il faut également qu’ils bénéficient d’acompte et de financement des investissements et des innovations nécessaires.
Quels peuvent être les principaux obstacles ?
Rester dans la théorie et l’intention sans dédier les financements nécessaires. Je note que pour l’instant, les dispositifs prioritaires de financement ont été positionnés autour des fonds en capital, alors que les industriels ont avant tout besoin de commandes.
Cette industrie de niche que représente la défense peut-elle à elle seule compenser une industrie de consommation ?
La grande série automobile ne saurait être entièrement remplacée par l’industrie militaire sauf si les volumes au niveau européen permettent une mise à l’échelle.
Conclusion
Après avoir présidé depuis 2016 le Comité Liaison Défense au Medef, je me permets de rappeler que notre conscience de l’importance de la souveraineté nationale et notre soutien à nos armées existent depuis longtemps, bien avant ce réveil brutal. Les entreprises de Franche-Comté sauront engager les ressources nécessaires pour rattraper le retard accumulé depuis des années de non-décision, pour peu qu’elles soient sollicitées avec les moyens nécessaires.