Entreprises

De la station-service familiale au géant de l’énergie

Doubs. Née en 1926 à Baume-les-Dames sous la forme d’une modeste entreprise de transport de charbon, Évole Énergies célèbre aujourd’hui son centenaire. En un siècle, l’entreprise franc-comtoise est en passe de devenir un acteur national incontournable. Sous l’impulsion de son président Pierre-Louis Mermet, l’entreprise mène une stratégie de diversification, transformant son modèle historique centré sur les hydrocarbures en un écosystème multi-énergies tourné vers la décarbonation.

Lecture 7 min
Photo de Pierre-Louis Mermet
Pierre-Louis Mermet, président d’Évole Énergies. Crédit : JDP.

Tout commence en 1926 à Baume-les-Dames, où l’activité initiale se concentre sur le transport local de charbon. Ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que l’entreprise prend le virage des hydrocarbures avec l’arrivée d’un premier camion de distribution de fioul. À cette époque, la structure reste très modeste, ne comptant que deux ou trois collaborateurs. Au début des années 1970, l’entreprise, qui porte alors le nom de F3C, connaît un premier essor, sous la direction de la famille Ninosque qui ouvre la première station-service du groupe.

Jusqu’à la fin des années 1990, l’entreprise croît régulièrement pour atteindre une quinzaine de salariés. Le véritable changement d’échelle se produit en 2005, lors de la reprise de la structure par Pierre-Louis Mermet. En deux décennies, l’entreprise passe alors de 15 à plus de 500 collaborateurs, tandis que le chiffre d’affaires bondit de 95 M€ à 1,8 Md€ en 2025. « En dix ans, on a multiplié par 25 les effectifs et on a multiplié le chiffre d’affaires par dix », argue Pierre-Louis Mermet. Initialement cantonnée à la Franche-Comté et à une petite antenne parisienne, l’entreprise rayonne désormais sur l’ensemble du territoire national. Cette croissance s’est appuyée sur une stratégie de consolidation rigoureuse, notamment par le rachat de nombreuses petites structures locales de distribution de fioul. « L’idée, c’est d’essayer de racheter des zones géographiques où on n’est pas ou venir compléter une zone où on est présent », explique le président, soulignant l’importance de maintenir un ancrage territorial fort.

Du pétrole au photovoltaïque

Aujourd’hui, Évole Énergies structure son activité autour d’expertises complémentaires allant de l’avitaillement d’aéroports et de ports à la rénovation énergétique, en passant par le développement de biocarburants. Sur le plan de la logistique, Évole Énergies est ainsi devenu un « leader de l’ombre », gérant l’avitaillement de 150 aéroports et héliports en France, soit environ 40 % des aérodromes du pays, incluant la sécurité civile et des sites prestigieux comme Courchevel ou Saint-Tropez. La société a également pour client le service de l’énergie opérationnelle de l’armée française. L’activité maritime n’est pas en reste, avec une présence marquée à Monaco et Marseille pour le yachting.

« Les activités carburants et combustibles restent encore indispensables au financement de nos solutions de transitions énergétiques », rappelle toutefois Pierre-Louis Mermet. Mais si les produits pétroliers constituent toujours le socle économique (environ 70 % du bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement en 2026 contre 98 % en 2017), un tiers de la rentabilité provient désormais d’activités décarbonées. L’ambition affichée est d’atteindre un ratio 50/50 d’ici 2030.

Pour y parvenir, le groupe multiplie les acquisitions stratégiques depuis 2024, comme le transporteur multimodal alsacien Klinzing (160 personnes), GO Groupe pour la rénovation thermique, ou encore Electro Concept Energie, pionnier du photovoltaïque. Cette stratégie permet à Évole Énergies de proposer un véritable « package » énergétique à ses clients, qu’ils soient particuliers ou professionnels, sur l’ensemble du territoire. « Le groupe est ainsi capable de gérer l’installation de pompes à chaleur, l’isolation par l’extérieur (structure basée à Lons-le-Saunier, dans le Jura), les solutions de chauffage (gaz, fioul domestique, pellets issus de scieries locales) et les contrats de maintenance afférents, la pose de panneaux solaires et même la fourniture d’électricité en tant que producteur-vendeur via notre filiale Évole Électricité ».

La diversification prend également des formes plus inattendues, comme avec Évole Écocycle, spécialisée dans la valorisation des déchets organiques. Cette structure propose des machines capables de réduire de 90 % le poids et le volume des déchets (couches dans les Ehpad, restes alimentaires en grande surface), transformant le résidu en compost organique. Le président justifie ces choix par un pragmatisme de terrain : « La transition énergétique ne se fera pas sans pragmatisme ni sans ancrage territorial », défend le chef d’entreprise. Un pragmatisme qui se retrouve notamment dans la gestion de la fin de vie des cuves à fioul, que le groupe propose désormais de transformer en réservoirs de récupération d’eau de pluie pour les jardins. « Aujourd’hui, notre responsabilité est de construire une transition énergétique réaliste et progressive », affirme-t-il, refusant les discours politiques simplistes sur l’arrêt immédiat des énergies fossiles.

Pour asseoir sa marque, Évole Énergies ambitionne également de développer un réseau national de stations-services sous le nom Évole (une quinzaine sont déjà actives), notamment sur autoroute où le groupe est déjà présent, mais de manière invisible du grand public, puisqu’il gère l’avitaillement de 100 % des stations Fulli. « Cela représente des investissements lourds, compris entre 3 et 10 M€ par station rachetées ou créées et la rentabilité reste faible notamment si la station n’est pas complétée par une offre en boutique et des services complémentaires, mais c’est une vitrine formidable pour nous faire connaître au niveau national », explique Pierre-Louis Mermet.

Face aux géants comme TotalEnergies, Évole Énergies mise sur sa réactivité et sa dimension humaine. « La réalisation d’un dossier pour un client peut se faire dans la journée qui suit l’appel », affirme Pierre-Louis Mermet, qui évoque également la préservation d’un lien humain indispensable, notamment via les chauffeurs-livreurs qui restent parfois l’un des derniers contacts sociaux pour certains clients isolés. « C’est quelque chose qui a encore une certaine valeur et qui est une force que nous revendiquons », confie le président.

Avec 90 % de clients professionnels et 10 % de particuliers (150 000 clients, un chiffre appelé à grossir), Évole Énergies entame son second siècle avec la volonté de devenir le partenaire global de l’habitat durable, tout en lorgnant déjà vers l’international (le groupe est déjà présent en Belgique où il a pour client le service essence de l’armée) et de nouveaux marchés comme le transport d’eau. « Notre ambition est de rester un acteur de terrain, capable de conjuguer proximité, expertise technique et vision de long terme », conclut Pierre-Louis Mermet.