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De la théorie à l’incarnation : l’IA s’installe au coeur des usines

Doubs. Jeudi 11 juin, les locaux de la CCI Saône-Doubs à Besançon accueillaient la troisième édition du Printemps de l’IA, organisée par le PMT en collaboration avec l’institut Femto-ST.

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Printemps de l'IA
Crédits : JDP

Pour sa troisième édition, le Printemps de l’IA a franchi un nouveau cap, confirmant sa place essentielle dans le paysage économique régional. Après une édition 2025 qui avait déjà réuni plus de 200 participants, l’événement de 2026 s’est attaché à démontrer que l’intelligence artificielle n’est plus une simple promesse technologique, mais une réalité opérationnelle pour le tissu des petites et moyennes entreprises (PME) de Bourgogne Franche-Comté.

Pour Renaud Gaudillière, directeur du PMT, la pérennité de cet événement est une réponse directe à l’accélération fulgurante du secteur. « C’est un environnement qui est quand même extrêmement effervescent. Ça bouge beaucoup. Ça a vraiment du sens de démultiplier les éditions parce que le contenu est en permanente évolution. » Si les premières éditions visaient principalement à acculturer les dirigeants, l’objectif est désormais beaucoup plus ambitieux : accompagner une transformation profonde des modèles économiques et des processus de production. « Aujourd’hui, l’IA, c’est une révolution qui est en marche, c’est une lame de fond... aucune PME industrielle n’y échappera. »

À hauteur de PME

La grande thématique de cette année, qui a traversé l’ensemble des conférences et des échanges, est celle de l’« IA physique ». Jusqu’à présent, le grand public et les entreprises associaient majoritairement l’IA à des outils génératifs comme ChatGPT, capables de manipuler du texte ou des images. Mais pour l’industrie, la révolution se joue ailleurs : dans le croisement entre l’IA et la robotique.

(Crédits : JDP)

Selon Renaud Gaudillière, nous assistons à un tournant majeur où l’IA commence à « s’incarner ». Le directeur du PMT souligne que si les réponses fournies par un compte sur un serveur distant peuvent être puissantes, elles restent limitées dans un environnement réel. « À un moment donné, l’IA elle-même aura besoin de rentrer dans le monde physique, de s’incarner quelque part. Et là, on commence à sentir ce début d’incarnation avec en particulier l’axe de la robotique », analyse-t-il. Cette nouvelle génération de robots, capables de percevoir leur environnement, de s’y adapter et de s’auto-programmer, marque ce que les experts présents ont qualifié lors d’une table ronde de « moment ChatGPT de la robotique ».

Cette mutation est rendue possible par une explosion des capacités de calcul embarquées. L’intervention très remarquée du géant AMD, concurrent direct de Nvidia, a mis en lumière l’arrivée de nouvelles puces permettant d’intégrer l’IA directement dans les objets physiques, sans dépendre systématiquement de requêtes envoyées vers des serveurs lointains. C’est cette autonomie technique qui ouvre la voie à des véhicules autonomes plus sûrs, à des dispositifs médicaux plus intelligents et à des machines-outils capables de maintenance prédictive ultra-précise.

Le Printemps de l’IA 2026 ne s’est pas contenté de débats théoriques de haut vol. Fidèle à son ADN pragmatique, l’événement a proposé une nouveauté majeure : des ateliers démonstratifs. L’idée, explique Renaud Gaudillière, était de permettre aux industriels de « tâter du clavier » pour se confronter directement aux outils. Des acteurs de premier plan comme Google Cloud, Orange, SPIE ou encore le bisontin Dicte.ai ont animé ces sessions pratiques, transformant les locaux de la CCI en un véritable laboratoire d’expérimentation.

Le village des exposants a également reflété cette volonté de proximité avec les besoins des PME. Regroupant des offreurs de solutions innovants tels qu’Atol CD, Insquest, LUCKiwi, Shiroo ou Whyn, cet espace a permis aux chefs d’entreprise de découvrir des technologies adaptables et adoptables rapidement. Renaud Gaudillière insiste sur ce rôle de facilitateur joué par le pôle : « On fait une sorte de pré-marché, de pré-qualification pour faire gagner du temps à nos adhérents. En une journée, ils vont avoir l’état de l’art sur quelques thématiques et rencontrer des offreurs de solutions à hauteur des PME industrielles ».

La question de la souveraineté a également occupé une place centrale lors des tables rondes. Dans un contexte de compétition mondiale, savoir où sont stockées les données et qui maîtrise les algorithmes devient un enjeu de survie pour les entreprises françaises. Des experts de Thales CIS, comme Arnaud Touré et Pierre-Xavier Yeme, ont apporté leur éclairage sur cette notion complexe, l’examinant sous l’angle de la sphère publique, privée et des start-up.

Le succès de cette édition, soutenue notamment par le Crédit Agricole de Franche-Comté, témoigne de l’appétit du territoire pour ces enjeux. En clôturant cette journée, Renaud Gaudillière a réaffirmé la nécessité de poursuivre ce travail de démystification. « Cette formule répond à un vrai besoin. Il y a de l’appétit pour qu’on continue à creuser notre sillon. Cela nous donne de la force pour une quatrième édition », conclut-il avec optimisme.