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EDM : le paradoxe d’un modèle qui réussit à contre-courant

Formation. En quelques années, l’École des métiers de Dijon Métropole a opéré une mue spectaculaire. Longtemps identifiée comme un CFA classique, elle s’est engagée dans une transformation profonde de son modèle, de ses infrastructures et de son positionnement.

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Photo de Séverine Delidais
Séverine Delidais (Crédits : EDM)

« On n’aime plus trop dire CFA, centre de formation des apprentis. Car ce n’est plus tout a fait ça », résume Séverine Delidais, directrice générale de l’école (photo ci-contre). Cette transition s’est faite en empruntant volontairement les codes de prestigieux établissements d’enseignements supérieurs. Campus pensé comme un lieu de vie, pédagogies actives, ouverture internationale, partenariats de haut niveau : l’École des métiers revendique désormais une offre moderne, lisible et attractive. « Nous voulons que les jeunes qui choisissent l’apprentissage aient accès à la même qualité d’environnement et d’exigence que dans une grande école, par exemple », insiste la directrice.

Cette montée en gamme s’est traduite par une politique d’investissement massive. En cinq ans, près de 25 M€ ont été engagés pour moderniser le campus de Longvic. Le restaurant d’application a été entièrement repensé, le gymnase construit, l’internat modernisé, et plusieurs espaces de vie créés pour renforcer l’attractivité du site. Dernier chantier emblématique : un bâtiment pédagogique écologique de 7 M€, intégrant 27 salles de cours dont une, expérimentale, dessinée pour « apprendre autrement » . Mobilier modulables, équipements numériques et nouveaux usages pédagogiques : « Former autrement suppose aussi d’apprendre autrement », souligne Séverine Delidais.

Cette stratégie porte ses fruits. L’école accueille aujourd’hui près de 1.500 apprentis, en progression de 7 % sur la dernière rentrée, à rebours de la tendance nationale. Sa visibilité dépasse désormais largement le cadre régional. La signature, le 9 mars prochain, d’un partenariat avec Ferrandi Paris, référence internationale de la gastronomie, pour un programme d’excellence lancé en 2026, marque une étape symbolique. L’accueil de la demi-finale nationale du concours des Meilleurs ouvriers de France chocolatiers, en mars, renforce encore ce positionnement.

(Crédits : EDM)

Derrière ce succès, le modèle économique apparaît solide. L’École des métiers affiche un chiffre d’affaires de 12 M€, s’appuie sur plus de 1.250 entreprises partenaires et revendique une gestion rigoureuse. « Nous avons construit un modèle sain, ancré dans l’économie locale », affirme Séverine Delidais. Mais depuis quelques mois, cette dynamique se heurte au contexte moins favorable. Le recul du soutien public à l’apprentissage, la baisse des niveaux de prise en charge des contrats et les incertitudes budgétaires créent une tension nouvelle, renforcée par la baisse de la natalité. « Former un apprenti, c’est un investissement humain fort. Quand les moyens diminuent, l’équilibre devient plus fragile », alerte-t-elle. Un paradoxe, alors même que ces métiers répondent à des besoins durables du marché du travail. « Ce sont des métiers utiles, concrets, porteurs d’avenir. L’apprentissage n’est plus une voie de garage », conclut la directrice.

Reste à savoir si le cadre national saura accompagner durablement des modèles qui, localement, ont démontré leur efficacité.