Emploi-cadre : 2026, année rebond ?
France. Après deux années de grisaille, le baromètre de l’Apec publié ce mois de février laisse entrevoir une éclaircie. Les grandes entreprises affichent de nouvelles ambitions, mais le moral des cadres peine encore à suivre.
Le marché de l’emploi cadre semble enfin vouloir tourner la page de la morosité. Après un net ralentissement observé en 2024 et 2025, les derniers indicateurs macroéconomiques virent au vert, selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). S’appuyant sur les données de l’Insee, l’Apec note que l’économie française a su maintenir son cap l’an dernier, avec une croissance de +0,9 %. Ce dynamisme est principalement soutenu par un rebond de l’investissement des entreprises non financières dès le troisième trimestre 2025.
Ce redémarrage se traduit concrètement dans les intentions d’embauche. Les grandes structures agissent comme des locomotives : 51 % d’entre elles prévoient de recruter des cadres au premier trimestre 2026, contre 48 % un an plus tôt. Pour l’Apec, ce coup d’arrêt à la tendance baissière constitue un « bon présage », même si le point bas historique de la fin d’année 2025 (où seulement 8 % des entreprises avaient embauché) rappelle la fragilité de cette convalescence.
Le paradoxe du moral des cadres
Pourtant, cette reprise technique se heurte à un blocage psychologique profond. Sur le terrain, le moral des cadres reste « très dégradé ». Seul un quart d’entre eux (22 %) se déclare optimiste quant à la situation économique du pays.
Ce manque de visibilité affecte leur sentiment de sécurité : ils ne sont plus que 42 % à estimer qu’il serait facile de retrouver un emploi équivalent, une baisse de 3 points en un an. Cette inertie frappe également de plein fouet les jeunes diplômés de niveau Bac+5. La promotion 2024 affiche un taux d’emploi de 70 %, soit un recul de 2 points par rapport à la promotion précédente.
Si le marché paraît calme en surface, une lame de fond se prépare. Les cadres, bien que prudents, sont de plus en plus nombreux à préparer l’après : 40 % envisagent de changer d’entreprise dans les douze mois.
Le phénomène prend des proportions massives chez les moins de 35 ans. Ils sont 61 % à projeter une mobilité d’ici la fin 2026, un bond spectaculaire de 9 points. Ces derniers semblent attendre le « moment opportun » pour passer à l’action. Pour les recruteurs, le défi de 2026 sera double : transformer ces intentions de recrutement en succès tout en gérant une concurrence accrue qui pourrait, selon l’Apec, « raviver les tensions » sur un marché en pleine mutation.