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En verre et contre tout

Industrie. À Passavant-la-Rochère (Haute-Saône), les origines de la verrerie La Rochère remontent à 1475. Au fil des siècles, l’industrie à l’emblématique abeille a su se relever chaque fois que l’histoire la menaçait pour devenir un joyau régional qui rayonne en France et à l’international.

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Crédits : LOUIS GAILLARD / VERRERIE LA ROCHÈRE

Les premières références d’une activité de verrerie à la Rochère remontent à 1475 quand Charles de Bavan, seigneur de Passavant, cède et abandonne à titre de propriété absolue à noble Simon de Thysac, écuyer et gentilhomme-verrier, faisant d’elle, si ce n’est la plus ancienne, au moins l’une des plus vieilles verreries de France. Depuis, elle est redevenue un temps possession du roi de France avant d’être rachetée en 1786 par les familles Massey et Hennezel après avoir été totalement détruite et reconstruite entre 1636 et 1666. « Cette entreprise est un vrai Phénix », sourit Nicolas Bigot, directeur commercial au sein de la verrerie La Rochère.

En 1858, la famille Fouillot en fait l’acquisition, la conservera pendant sept générations et la transformera au gré des époques et des besoins. En 1870, elle réalise la première tuile de verre au monde dans un territoire marqué par les tuileries industrielles spécialisées dans la terre cuite. « En 1967, Antoine Giraud lance l’automatisation, une révolution pour la verrerie qui n’avait que des process artisanaux », explique le directeur commercial. L’ancien propriétaire, qui vivait à 300 mètres de l’usine, vendra l’entreprise en 2021, à défaut d’avoir trouvé une solution de transmission, mais avec la satisfaction que son industrie ait obtenu le label d’entreprise du patrimoine vivant en 2009 et qu’elle ait ouvert une filiale aux États-Unis en 2014. « En 2012, il a aussi transformé le four principal au fuel et au gaz pour basculer à l’électrique avec un four de 65 tonnes. Il a fait un gros pari sur la décarbonation. »

Un choix judicieux

verrerie à la Rochère
Les premières références d’une activité de verrerie à la Rochère remontent à 1475 quand Charles de Bavan, seigneur de Passavant, cède et abandonne à titre de propriété absolue à noble Simon de Thysac, écuyer et gentilhomme-verrier, faisant d’elle, si ce n’est la plus ancienne, au moins l’une des plus vieilles
verreries de France. (Crédits : ARCHIVES VERRERIE LA ROCHÈRE)

Passionné par son travail, Antoine Giraud n’a pas choisi au hasard son repreneur en retenant la proposition d’Adrien Tourres et son épouse Stéphanie. « C’est une famille d’industriels du verre. Adrien nous a raconté comment, enfant, il allait sur les machines avec son grand-père. Monsieur Giraud a aussi retenu l’option la plus porteuse. » Bien qu’il a fait carrière dans la finance, Adrien Tourres a d’abord fait l’acquisition d’une autre verrerie, en Normandie, spécialisée dans le flaconnage pour les acteurs de la parfumerie mais aussi des vins et spiritueux. « L’entreprise a un portefeuille de clients qui fait rêver avec de grands noms du luxe pour qui elle réalise des petites séries, notamment pour la réalisation de factices promotionnels grand format de flacons de parfum. Ce type de production n’est pas mécanisable ». En devenant le nouveau propriétaire de la Verrerie La Rochère, il s’est doté d’un outil complémentaire. Ainsi, là où la verrerie et cristallerie Waltersperger affiche ses compétences dans le verre soufflé, celle de Haute-Saône apporte son savoir-faire en verre pressé mécanique ainsi que son atelier de souffleurs et souffleuses de verre.

S’ouvrir au luxe

Extrait du livre : Hommes du verre (éditions Cêtre) / Crédit : Tavernier.

À Passavant-la-Rochère, l’activité s’orientait jusqu’alors autour de deux métiers. Les arts de la table d’abord, son métier plus ancien qui participe à 55 % de l’activité ; l’architecture du verre ensuite avec des productions destinées au second oeuvre et aux architectes désireux de disposer de briques, tuiles, pavés et carreaux muraux en verre, soit 33 % de l’activité actuelle. « La verrerie a la volonté de créer un nouveau pôle dédié au sur-mesure pour les marques du luxe en créant des bouchons ou encore des capots de pots pour la cosmétique, mais aussi des pots de bougies par exemple. C’est une façon de se diversifier », insiste Nicolas Bigot qui complète : « Il y a deux ans, nous nous sommes équipés d’une nouvelle chaîne de fabrication avec commande numérique pour presser les objets de façon plus précise, jusqu’à 30 grammes. » Pour le responsable commercial chargé des arts de la table, cette ouverture à un nouveau marché participe de la longévité de l’industrie emblématique. Au fil du temps, l’entreprise a su se montrer agile et souple pour s’adapter et perdurer. « Elle a aussi misé sur l’innovation technique et su saisir les opportunités au gré des marchés. »

Crédit : Sergio Grazia.

Chaque année l’entreprise investit pour rénover et moderniser son outil de production tandis qu’elle doit, tous les cinq ans, engager plus d’1 M€ pour son four. « Nous investissons aussi dans le bâtiment et dans les hommes. » La verrerie La Rochère doit aussi relever des défis comme le coût de l’énergie, particulièrement impactant, qui l’a obligée à revoir sa stratégie marketing pour accompagner sa hausse de prix. « Nos perspectives consistent à poursuivre notre stratégie de marque autour des arts de la table, à développer l’export qui représente déjà 55 % de notre chiffre d’affaires, mais aussi notre présence sur le marché des cafés, hôtels et restaurants à l’international, et enfin à poursuivre la digitalisation de l’entreprise pour diffuser notre marque. » Au registre des produits destinés aux acteurs du bâtiment, la verrerie entend continuer à innover techniquement pour ce « marché normé et exigeant », mais aussi à accentuer encore son travail sur mesure.

Aujourd’hui la verrerie compte environ 100 collaborateurs, réalise 15 M€ de chiffre d’affaires tandis qu’elle peut se targuer d’avoir contribué à quelques chantiers emblématiques comme celui de la rénovation de la station de métro de Châtelet-les-Halles à Paris avec son million de carreaux de verre. À contempler lors d’un prochain passage dans la capitale.