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Entreprises de BFC : « Entre résilience exemplaire et inquiétudes fiscales »

Région BFC. Dans un contexte économique marqué par l’inflation notamment énergétique et les mutations industrielles, Emmanuel Viellard, président du Medef Territoires Franc-Comtois, livre son analyse sur la santé des entreprises locales.

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Le Journal du Palais. Comment décririez-vous le climat économique actuel pour les entreprises de la région ?

Emmanuel Viellard, président du Medef Territoires Franc-Comtois et directeur général du groupe LISI (Grandvillars). (Crédit : JDP.)

Emmanuel Viellard. La situation est complexe. Nous subissons de plein fouet le retour de l’inflation, qui se traduit par une hausse brutale des prix de l’énergie, des budgets de transport et, par effet de chaîne, de l’ensemble des coûts de production. Cela s’ajoute à une fragilité préexistante : les trésoreries sont très tendues. En conséquence, nous observons des signes avant-coureurs inquiétants : un ralentissement marqué des embauches et un coup d’arrêt sur les investissements de long terme, le fameux « capex ». Les entreprises adoptent aujourd’hui une posture de protection.


Qu’en est-il plus particulièrement du secteur automobile ?

Pour ce début d’année, l’industrie automobile « tient pas trop mal ». Les grands donneurs d’ordres, comme Stellantis, maintiennent une volonté de faire tourner les usines, notamment pour lancer de nouveaux modèles. Il n’y a pas de catastrophe immédiate, mais l’inquiétude est réelle pour la seconde partie de l’année. La transition forcée vers l’électrique et la concurrence chinoise pèsent lourdement. On voit déjà des « grandes manœuvres », comme Forvia qui cède des divisions ou des discussions pour que Stellantis mette à disposition des capacités de montage pour des constructeurs chinois. Ce sont des signaux avancés qui n’incitent pas à l’optimisme.


La région mise beaucoup sur le nucléaire, sur la défense… Ces secteurs peuvent-ils prendre le relais ?

Heureusement que ces secteurs s’en sortent bien, mais ils ne peuvent pas tout résoudre immédiatement. Le nucléaire, avec les chantiers d’EPR, demande des qualifications très longues et coûteuses ; les volumes ne sont pas encore colossaux. Quant à la reconversion vers l’aéronautique ou la défense, c’est un processus de trois à cinq ans. En Franche-Comté, nous avons le savoir-faire en composants primaires, mais nous manquons de proximité avec les grands systémiers qui pilotent ces marchés.


Vous évoquez souvent la « résilience » des chefs d’entreprise. Quel est leur moral ?

Je suis impressionné par leur combativité, mais une partie d’entre eux, proche de la retraite, est démotivée par l’absence de perspectives de reprise. La France a un problème structurel : seulement 12 % des entreprises passent à la génération suivante, le taux le plus faible d’Europe. Or, bâtir une entreprise industrielle demande du temps, bien loin du mythe des « licornes » instantanées. Il faut des années pour constituer des capitaux propres et stabiliser des marchés volatils.


Quelles mesures concrètes demandez-vous aux pouvoirs publics ?

Nous demandons un arrêt pur et simple de la taxation de la production. Ces impôts pèsent sur l’entreprise quelle que soit sa rentabilité et pénalisent directement l’emploi. À titre d’exemple, une usine qui fait 50 M€ de CA, qui emploie 200 personnes peut payer jusqu’à 2 M€ d’impôts de production par an.

De plus, nous dénonçons le nouveau projet régional de « versement mobilité », qui va prélever 35 M€ supplémentaires sur les entreprises (à partir de 11 salariés) dès 2026. Cela représente environ 180 € par salarié. C’est insupportable et incohérent : on taxe les entreprises d’un côté, et on s’étonnera de l’autre de devoir les subventionner quand elles décideront de déménager leur production ailleurs.


La transition environnementale reste-t-elle une priorité malgré ces tensions ?

Absolument. La priorité environnementale est intégrée car elle rejoint l’efficacité économique. Réduire notre consommation d’énergie et nos émissions de gaz à effet de serre est bon pour la planète, mais c’est aussi un levier direct pour améliorer le compte de résultat en faisant des économies. Pour résumer notre message : il faut moins de dépenses publiques pour moins d’impôts.