Fluonir : éclairer l’invisible au bloc opératoire
Santé. Créée à Dijon par deux chercheuses, la jeune pousse deeptech Fluonir développe une technologie d’imagerie par fluorescence. Son objectif : guider le geste des chirurgiens en révélant le contour des tumeurs.
Pendant une opération chirurgicale, réussir à distinguer précisément une tumeur cancéreuse des tissus sains demeure l’un des défis majeurs de la médecine. Bien que le praticien dispose de son expertise et d’examens réalisés en amont, les contours exacts des zones à retirer restent parfois difficiles à cerner au bloc opératoire. C’est pour répondre à cet enjeu majeur qu’a été créée Fluonir, une jeune entreprise deeptech installée à Dijon.
Fondée en mars 2026 par le docteur Amélie Godard, chimiste, et le docteur Malorie Privat, biologiste, la start-up valorise dix ans de recherches académiques menées à l’Université de Bourgogne Europe, notamment à l’Institut de chimie moléculaire de l’université de Bourgogne. Depuis 2018, les deux chercheuses associent la synthèse de produits fluorescents et l’imagerie médicale. De leurs travaux sont nées les molécules Wazabys, qui émettent dans le proche infrarouge, au-delà de 1 000 nanomètres. Dans cette zone, la lumière se diffuse moins dans les tissus, offrant des images bien plus nettes.
Concrètement, la technologie associe ces molécules spécifiques à des anticorps chargés de guider la fluorescence vers les cellules tumorales. Éclairée par un dispositif adapté, la zone émet un signal capté par une caméra qui met immédiatement en évidence les contours de la tumeur. L’objectif n’est pas de remplacer le chirurgien, mais de lui apporter une information visuelle complémentaire pour préserver autant que possible les tissus sains.
Chirurgie guidée
Pour Amélie Godard, l’aventure s’enracine aussi dans une histoire personnelle, après l’accompagnement de proches malades. Refusant que ses travaux restent « dans un tiroir de laboratoire », elle s’est tournée vers l’entrepreneuriat pour réunir des financements se chiffrant en dizaines de millions d’euros. « Je voulais donner à nos recherches la possibilité de devenir une solution concrète et de contribuer à sauver des vies », confie-t-elle. Une démarche saluée par sa cofondatrice Malorie Privat : « L’histoire d’Amélie m’a profondément touchée. J’ai adhéré à sa vision et je crois sincèrement au potentiel de cette technologie. »
Lauréate en 2022 du Grand Prix du concours i-PhD de Bpifrance, l’équipe - comptant aussi quatre chercheurs et un chirurgien - cible prioritairement les cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, gorge, larynx). Aujourd’hui, Fluonir se concentre sur la protection de ses inventions et le lancement des démarches réglementaires, visant de premiers essais chez l’être humain à l’horizon 2030.