Formation : l’heure des choix
Stratégie. Entre contraintes budgétaires et mutation des besoins, l’appareil de formation régional doit se réinventer. Comment maintenir la qualité sans sacrifier l’accessibilité ? Tandis que la Région, par la voix de son président Jérôme Durain, assume des arbitrages financiers difficiles pour préserver l’essentiel, la CCI Métropole de Bourgogne mise sur la structuration de ses écoles et l’ancrage local pour répondre aux tensions de recrutement. Regards croisés sur les défis de la compétence en 2026
« La région a toujours respecté ses engagements »
Le Journal du Palais. Comment la région BFC prévient-elle à maintenir un appareil de formation performant et adapté aux besoins des territoires ?
Jérôme Durain. Les contraintes budgétaires sont fortes, mais investir dans la formation est une nécessité économique et sociale qui mérite que nous fassions des arbitrages fins. Notre ligne de conduite est de maintenir l’appareil de formation à niveau, d’analyser les caractéristiques et les besoins territoire par territoire, et de répondre aux enjeux du public auquel nous nous adressons.
La région jongle entre des réponses agiles, en grande adaptation à des besoins immédiats des entreprises et des programmes de formation plus pérennes qui permettent de stabiliser des équipes de formateurs experts et des plateaux techniques performants. Nous avons fait des arbitrages qui prennent en compte ces contraintes.
Quels arbitrages ont dû être réalisés : qu’est ce qu’on coupe, qu’est ce qu’on garde ?
La part du budget consacrée à la rémunération des stagiaires est en constante augmentation et cela impacte le nombre de formations que nous pourrons financer. Nous avons voulu préserver des acquis comme le triplement de l’aide au transport ou les 200€ versés à l’entrée en formation, car la rémunération prévue par décret est loin d’être suffisante. Par contre, nous devrons supprimer la bonification du CPF et nous réduisons l’aide aux entreprises qui forment leurs salariés.
2026 s’annonce encore comme un exercice de rigueur : quelles incertitudes avez-vous ?
Notre compétence principale à la région, c’est la formation des demandeurs d’emplois. Celle-ci est co-financée depuis 2018 par l’Etat via le Pacte régional d’investissement dans les compétences. Pour 2026, nous avons maintenu nos engagements mais nous sommes toujours dans l’attente des décisions de l’Etat. Nous savons qu’une enveloppe est bien sanctuarisée, ce qui est un grand soulagement, mais nous ne connaissons pas son montant pour la Bourgogne Franche-Comté. Pour l’instant nous avons construit notre offre avec 10 M€ de moins par rapport à 2025, ce qui était prévu dans notre convention. La Région a toujours respecté ses engagements, en s’appuyant fortement sur la mobilisation des prescripteurs et orienteurs. La confirmation de l’aide de l’Etat est très attendue.
CCI MÉTROPOLE DE BOURGOGNE : « notre force, c’est notre ancrage dans le quotidien des entreprises locales »
Le Journal du Palais. Dans le contexte budgétaire actuel, comment un organisme comme le vôtre structure son offre de formation ?
Olivier Dalla Piazza, directeur des Activités Formation CCI Métropole de Bourgogne.
Dans un environnement budgétaire de plus en plus contraint (baisse des aides aux entreprises, réduction des prises en charge par les OPCO, baisse historique de la démographie et notamment du nombre de jeunes), notre CCI a fait le choix stratégique de renforcer la cohérence et la lisibilité de son offre de formation autour de quatre univers pédagogiques portés par quatre marques complémentaires : FormationPRO (formation des salariés d’entreprise), SmartCAMPUS (école de commerce et gestion post-bac 100% en alternance), l’ESADD (bachelor et mastère en design digital), et le CFA Auto (CAP à BTS dans les métiers de l’automobile et de la mobilité). Cette structuration nous permet à la fois de mutualiser nos ressources, de mieux détecter les besoins émergents des entreprises et des apprenants, et d’y répondre avec agilité.
Notre force, c’est notre ancrage dans le quotidien des entreprises locales : nos filières sont pensées avec et pour elles, soutenues par les branches professionnelles (notamment l’ANFA, qui nous renouvelle sa confiance en 2026 en nous conférant le statut de CFA-Pilote dans l’automobile, pour trois ans).
Nous adaptons en permanence nos programmes aux réalités économiques, aux tensions du marché, aux singularités des territoires et aux transitions en cours – écologique, numérique, technologique. Nous capitalisons toutefois sur ce qui fait notre force et, correspond aux attentes des 1200 jeunes sur nos campus : des actions en présentiel, des workshops centrés sur les réalités de l’entreprise, un accompagnement individualisé parce que chaque couple entreprise/jeune est unique.
Nos formations conjuguent expertise technique, compétences transversales et culture de l’innovation, et nous portons une attention particulière à l’insertion professionnelle réelle de nos apprenants. Les entreprises du territoire sont largement sollicitées pour confier à nos apprenants des actions et cas concrets, garantissant ainsi la professionnalisation des parcours.
Résultat : nos jeunes performent dans des événements nationaux (Les Négociales, Meilleur apprenti de France, Worldskills, etc…) et nos écoles mettent sur le marché des jeunes dont les compétences et postures professionnelles répondent aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, ici, sur notre territoire.
Où en est-on du rapprochement envisagé entre CCI et CMA pour créer des « super chambres » consulaires ?
Le rapprochement entre CCI et CMA est un sujet porté au niveau national, avec des consignes de mutualisation à engager.
Nous croyons en la complémentarité des deux réseaux. Ce qui nous anime, c’est de créer des synergies utiles, au service de la formation, de la transmission des savoir-faire, de l’accompagnement des jeunes et des professionnels. Là où des mutualisations seront possibles, sur certains outils, certains événements ou dispositifs, elles seront étudiées avec bon sens.
Mais notre priorité reste claire : garantir une offre de formation de qualité, ancrée dans la réalité économique locale, avec une gouvernance entrepreneuriale forte et réactive.
Quelle formation souhaiteriez-vous mettre en avant ?
Chez SmartCAMPUS, c’est le « Développement commercial » qui demeure l’une de nos filières d’excellence, avec une offre complète en alternance du BTS au mastère, avec notamment 1 nouveau mastère « Ingénieur d’affaires et Performance commerciale » en partenariat avec SUPdeV, de la CCI de Paris et Ile de France. Dans ces nouveaux programmes, nous avons intégré toutes les dimensions de la RSE et de l’Intelligence Artificielle pour aider les entreprises dans le développement de la relation client, vitale à leur pérennité.
À l’ESADD, nos bachelors et mastères sont destinés aux entreprises qui souhaitent développer leur positionnement numérique, notamment à travers l’analyse de l’expérience utilisateurs, garante de la pertinence et de la performance des sites internet et marchands.
Au CFA Automobile, où nous sommes présents sur les véhicules particuliers, les camions, le cycle et motocycle et les espaces verts, nous lançons un BTS Motocycle qui semble être attractif en ce début d’année sur ParcoursSup. Il nous permet d’avoir une offre complète sur tous les métiers de la mobilité et tous les niveaux de formation.
Y a-t-il des portes ouvertes ou opérations de promotion des formations à signaler ?
Les Journées Portes Ouvertes de nos campus (Dijon, Beaune, Chalon, Mâcon) permettent de découvrir nos locaux, d’échanger avec les équipes pédagogiques, les élèves et les entreprises partenaires. Ces moments sont précieux, car ils révèlent l’ambiance, l’exigence et l’accompagnement qui font la différence de nos dispositifs de formation (voir page 21).
Des journées JOB DATING sont organisées dans nos écoles pour favoriser l’intermédiation Candidats/Entreprises : des événements clés en mains pour les entreprises qui s’allègent des contraintes organisationnelles des recrutements et font passer des entretiens à nos jeunes pour signer des contrats d’alternance.
Pour participer en tant qu’entreprise à ces job Datings :
l.genevois@mdb.cci.fr
Le 21 avril à Dijon et 23 avril à Chalon et Mâcon.
La Fabrik de l’Orientation, avec plus de 150 ateliers pour jeunes et publics en reconversion. Elle a pour mission d’aider les publics à découvrir les métiers et construire leur projet d’orientation. Elle crée un lien direct avec les entreprises grâce à des ateliers, rencontres et immersions. Son objectif est de valoriser les filières qui recrutent et de faciliter l’accès à la formation et à l’emploi.
Et nos Écoles sont présentes lors de salons et forums locaux de l’emploi et de l’orientation, afin de renforcer la visibilité des formations et de favoriser les inscriptions.
Ces actions visent à rendre l’offre de formation lisible et attractive, en favorisant la rencontre directe avec les entreprises et la découverte des métiers.
En complément, nous portons depuis 3 ans, l’évènement « La nuit de l’orientation », qui a eu lieu en fin d’année.
Former et accompagner les talents du territoire constitue un levier stratégique pour la compétitivité économique locale. Premier formateur après l’Éducation nationale, la CCI joue un rôle clé en reliant compétences, entreprises et évolutions du marché du travail, pour préparer dès aujourd’hui les transitions et les emplois de demain.
Propos recueillis par Emmanuelle de Jesus