Ghosting, jeux, tri par IA : les nouvelles règles du marché de l’emploi
Région BFC. Que se passe-t-il sur le marché du travail ? De très nombreux candidats se plaignent, aujourd’hui, de process de recrutements trop longs et difficiles. En face, les spécialistes confirment que l’accès à l’emploi a changé. Entre apport de l’IA et nouvelles générations d’actifs qui « zappent » les jobs, chacun s’adapte. Comme il peut.
Le « ghosting » : c’est cette désagréable technique de refus que souhaite dénoncer aujourd’hui Philippe, ce Bourguignon de 52 ans. Expert du domaine bancaire, et après avoir vécu un accident de la vie, le quinquagénaire est en recherche active de travail depuis plus de six mois. Avec des expériences « négatives » à chaque entretien décroché.
« Désormais c’est trois ou quatre étapes de recrutement. Avec tout autant de préparation et de stress à chaque étape. Il vous faut d’abord passer le premier filtre IA avec votre CV, puis vous préparer à un "screening" ou un premier entretien téléphonique ou visio. Si vous passez cela, vous avez droit à un entretien physique et peut-être arriverez-vous en short list », souffle notre interlocuteur. Comprenez retenu dans les deux ou trois derniers candidats, sur, c’est désormais la norme, une centaine d’autres.
Philippe est arrivé à la dernière étape deux fois. Pour des « gros postes » dans le secteur de l’économie sociale et solidaire et de la gestion de patrimoine, à Paris. La première fois, notre interlocuteur passe, en plus, un test de psychologie « à la Femme Actuelle », avant, finalement, de se faire ignorer. C’est lui qui, deux semaines plus tard, appellera le standard de l’entreprise pour savoir ce qu’il en est. La seconde, notre candidat réussit « les trois rounds » et arrive, seul, au dernier tour. « Et puis le big boss, finalement, n’a recruté personne. Et là encore c’est moi qui ai rappelé une semaine plus tard puisque j’étais sans nouvelles », s’agace Philippe qui dénonce des méthodes « totalement déshumanisées » et une « non considération » des candidats qui, très souvent, « se projettent et travaillent leurs entretiens ».
Jeux… pas si ludiques
Côté méthode, Charlotte a expérimenté l’extrême. Intéressée par un poste de conseillère bancaire, elle a été sélectionnée pour participer à une « journée de recrutement » qu’elle a, ironiquement, rebaptisée « les Hunger Games », en référence à la saga hollywoodienne de Francis Lawrence. « Après avoir envoyé mon CV on m’a rappelée en m’invitant à "deux demi-journées" d’exercices ; on m’a expliqué que cette méthode était des plus modernes et très équitable pour chacun ».
La quadragénaire s’est donc retrouvée face à huit autres inconnus dans une salle de jeu géante. « Chacun devant démontrer son esprit d’équipe mais en n’oubliant jamais, évidemment, qu’on devait aussi se placer en meilleur candidat que les autres dans des jeux de rôles testant nos personnalités, notre leadership et notre gestion des conflits », détaille la Dijonnaise, experte du secteur bancaire. Elle s’en sort bien dès les premières heures et sera « sélectionnée » pour la grande finale l’après-midi avec entretiens et tests de personnalités. « Nous n’étions que quatre, pour deux postes de simples conseillers bancaires. J’ai terminé la journée lessivée. Et au final… pour ne pas être prise », ironise notre témoin qui partage très largement son histoire autour d’elle. « Et autour de moi, je n’entends plus que des histoires comme celle-là : du ghosting, des process de recrutement interminables, des oui, puis en fait des non, des CV rejetés automatiquement, des postes qui ne correspondent pas du tout aux annonces… c’est décourageant », conclut-elle, ravie d’avoir trouvé, il y a peu, un poste dans le secteur du commerce. « Ici, tout s’est joué, au final, sur un très bon feeling avec la recruteuse ».