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Industrie manufacturière : un redressement encore inachevé

Industrie. Cinq ans après la crise sanitaire, selon les données de la Banque de France, l’industrie manufacturière française peine à renouer avec sa dynamique d’avant-Covid. Sa valeur ajoutée a certes retrouvé son niveau de 2019, mais demeure inférieure d’environ 8 % au niveau qu’elle aurait pu atteindre si la tendance 2015-2019 s’était poursuivie.

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Cinq ans après la crise sanitaire, selon les données de la Banque de France, l’industrie manufacturière française peine à renouer avec sa dynamique d’avant‑Covid. Fin 2025, sa valeur ajoutée (richesse produite lors du processus de production, correspondant à la différence entre chiffres d’affaires [ventes de marchandises et production vendue] et consommations de biens et services fournis par des tiers) a certes retrouvé son niveau de 2019, mais demeure inférieure d’environ 8 % au niveau qu’elle aurait pu atteindre si la tendance observée sur la période 2015‑2019 s’était poursuivie au même rythme. Cette situation s’inscrit dans un mouvement plus large touchant la plupart des économies avancées, où la reprise industrielle reste hésitante, à l’exception notable de l’Espagne, davantage dynamique.

(Crédits : Freepik)

En France, les difficultés tiennent avant tout à des facteurs sectoriels. La fabrication de matériels de transport apparaît comme la branche la plus affectée, avec un niveau d’activité inférieur de près de 19 % à sa tendance pré‑crise. L’industrie automobile souffre principalement d’une demande affaiblie, pénalisée par l’inflation, la hausse des taux d’intérêt et les incertitudes liées à la transition vers les véhicules électriques. De son côté, l’aéronautique a longtemps pâti de contraintes d’approvisionnement, même si celles‑ci commencent à se résorber progressivement depuis 2025.

L’industrie agroalimentaire a également connu un net décrochage. Après une forte progression en 2021, elle a été affectée par la flambée des prix alimentaires liée à la guerre en Ukraine, entraînant un recul significatif de la consommation. Fin 2025, sa valeur ajoutée reste inférieure d’environ 15 % à sa tendance d’avant‑crise. Parallèlement, les difficultés de recrutement persistent dans ce secteur, constituant un frein supplémentaire à son redressement.

Les autres branches industrielles, regroupant notamment la métallurgie, la chimie, ou encore la plasturgie, affichent elles aussi un retard d’environ 8 % par rapport à leur trajectoire historique. Ces activités ont subi de plein fouet le choc énergétique de 2022, l’augmentation du coût des matières premières et les contraintes liées à la décarbonation. Leur situation est d’autant plus fragile qu’elles dépendent fortement de la demande émanant d’autres secteurs, comme l’automobile, la construction ou l’agroalimentaire, ce qui amplifie les effets de ralentissement.

Dans ce contexte, le marché du travail présente une évolution paradoxale. L’emploi manufacturier a progressé de 2,3 % entre 2019 et 2025, soutenu par les politiques publiques et le développement de l’apprentissage. Cependant, cette hausse, plus rapide que celle de la production, s’est traduite par une baisse de la productivité apparente du travail, désormais inférieure d’environ 11 % à sa tendance d’avant‑crise. Cette situation reflète notamment des phénomènes de « rétention de main‑d’œuvre » (les entreprises préférant conserver leurs salariés dans l’attente que les difficultés s’estompent) et les effets des dispositifs de soutien mis en place durant la pandémie.

Les perspectives restent contrastées. Certaines branches pourraient progressivement se redresser, tandis que d’autres demeurent confrontées à des fragilités plus structurelles. L’industrie manufacturière française se trouve ainsi à un tournant, entre reprise conjoncturelle et nécessité d’adaptation durable.

Quid de l’industrie en BFC ?

Selon une récente étude de l’INSEE en région, l’emploi industriel s’est contracté à un rythme beaucoup plus rapide en BFC que dans l’Hexagone. Ainsi, la BFC vient-elle de perdre sa première place de région industrielle au détriment des Pays de la Loire (respectivement 17,4 % et 17,6 % des emplois salariés) en raison des réductions d’emplois dans le secteur de la métallurgie et de la filière automobile. Néanmoins, la région conserve des atouts avec une industrie dont les entreprises de 50 à 250 salariés et les PMI de 10 à 50 salariés représentent une part plus importante qu’ailleurs de l’emploi et de la richesse créée (respectivement 63 % et 61 % pour la région contre 52 % et 41 % pour la France de province). La santé financière des PME et d’ETI industrielles ancrées dans le territoire, analysée au niveau de la cotation Banque de France est par ailleurs légèrement meilleure que dans les autres régions. Ces caractéristiques sont des atouts pour faire face à la profonde transformation que connaît la filière automobile confrontée à un recul marqué des volumes produits et à la progression des immatriculations de véhicules électriques qui sollicitent beaucoup moins la sous-traitance. La présence d’entreprises dans le secteur de l’agroalimentaire, de la micromécanique, du luxe, de la santé, du ferroviaire et de l’énergie et, en tout premier lieu, du nucléaire, sont des atouts pour faire évoluer le profil sectoriel de la région tout en gardant son rang parmi les régions les plus industrielles de France.