Intellectuality : l’IA qui veut révolutionner le conseil financier
Côte-d’Or. Alexis Martinot 36 ans, entrepreneur bourguignon, a co-fondé la start-up d’expertise augmentée Intellectuality avec son meilleur ami, rencontré sur les bancs de la fac. Leur agent star, « Patrimind », entend transformer en profondeur les métiers du conseil financier.
Tout commence à Dijon, dans les couloirs de l’université de Bourgogne. Alexis Martinot, alors président de l’association étudiante, y rencontre Olivier Cavadenti avec qui il va nouer une amitié solide. Elle débouchera, en 2022, sur une collaboration prometteuse. Les deux « geeks », alors conseiller patrimonial et le software engineer, se mettent à imaginer des agents informatiques capables d’automatiser des process chronophages. « Mais nos prospects, surtout des institutions, ne comprenaient pas tout. On était un peu trop en avance », confie Alexis. Puis ChatGPT surgit quelques mois plus tard. « Là on a compris qu’il se passait quelque chose - je lui dis, écoute, il faut qu’on monte une startup à tous les deux. » Intellectuality était née. Avec pour objectif d’apporter l’IA dans les « métiers du chiffre ».
Des produits taillés pour les métiers du chiffre
Deux produits phares sont codés : Patrimind, dédié aux gestionnaires de patrimoine, et Numéxia, orienté vers les experts comptables. Le premier est un assistant conçu pour « décharger » le conseiller des tâches les plus lourdes. « Le métier de gestionnaire de patrimoine est devenu très lourd administrativement et au niveau des réglementations », explique le fondateur. L’agent prend en charge l’analyse de conformité, la production de recommandations clients - « il est capable de produire un document de plus de 20 pages : voici votre client, son profil, son patrimoine, les nouvelles lois, voici ce qu’il pourrait faire » - et la complétion automatique de documents. Pour autant, Alexis tient à dissiper tout malentendu : l’IA n’a pas vocation à se substituer au professionnel, mais tend à l’« augmenter ». Le logiciel intègre d’ailleurs des avertissements explicites : « Il y a un warning pour dire : vous êtes maître de votre conseil, vous êtes maître des documents que vous utilisez pour générer vos analyses. » La responsabilité finale demeure celle du conseiller humain – juridiquement et éthiquement.
Démocratiser la finance
Numexia s’attaque, lui, à un défi similaire chez les experts comptables : charge administrative colossale, obligations réglementaires permanentes, et clientèle qui attend désormais un conseil proactif bien au delà de la seule tenue de comptes. Synthèse de liasses fiscales, détection d’anomalies, optimisation fiscale anticipée : les cas d’usage sont nombreux et la logique est identique à celle de Patrimind – libérer du temps aux professionnels pour ce qui a vraiment de la valeur : la relation client et le conseil stratégique. Au delà du marché professionnel, Alexis Martinot et son associé nourrissent une ambition plus large : démocratiser l’éducation financière. « Il y a une grosse partie de la population qui n’a pas accès du tout au conseil », constate t il. Les banques ont trop de clients, les CGP privés ciblent les patrimoines conséquents. Résultat : une immense frange de la population se retrouve seule face à ses décisions financières – terrain fertile pour les arnaques, les placements hasardeux et les erreurs de long terme. La réponse d’Intellectuality : commercialiser une version grand public. « Tout le monde pourrait avoir son conseiller de gestion de patrimoine dans la poche », résume Alexis. Retraite, fiscalité, constitution de patrimoine : l’agent répondrait aux questions que des millions de Français se posent sans trouver d’interlocuteur qualifié.
Des appels du pied de Tokyo et New York
Si Intellectualityn’en est qu’à ses débuts, et ses applicatifs en version bêta test, le potentiel est donc considérable. Des approches ont déjà été formulées depuis Tokyo et New York, deux places financières qui scrutent de près les innovations européennes en matière de conseil augmenté. Face à des grands éditeurs logiciels et des Big techs, le marché, et l’avance, des Bourguignons pourrait représenter plusieurs millions d’euros rapidement.