Jérémie Dellery change la pierre en art
Yonne. À la tête de sa jeune SARL à Beneuvre , il travaille dans la restauration des bâtiments anciens, un métier qu’il exerce depuis près de 20 ans, avec un sens aigu de l’Histoire.
Passer du coq à l’âne, ou plutôt de l’étrille à la truelle, pourrait résumer un peu facilement les origines du parcours de Jérémie Dellery. Formé comme soigneur d’équidés, il débute dans le milieu de l’entraînement du cheval de compétition et de l’équitation professionnelle.
Une filière qu’il abandonnera, même si c’est bien chez Fabien Debost à Bonveaux qu’il voit un maçon y intervenir sur les écuries, les boxes et certains bâtiments, jusqu’au château : « C’était l’homme à tout faire, mais qui bossait super bien. Ça m’a toujours attiré ». De fait, il rejoint un peu plus tard Francis Comoli à Vesvrotte et y reste trois ans, d’abord comme manoeuvre, avant de devenir maçon. Puis c’est auprès d’un autre maçon, André, qu’il découvre ce qui deviendra son matériau de prédilection, la pierre. « C’est lui qui m’a vraiment appris la pierre. Je ne faisais que ça ».
Après un passage dans l’agriculture puis dans la construction pavillonnaire, Jérémie Dellery acquiert une certitude : il veut travailler la pierre. Nous sommes en 2015, il crée alors son autoentreprise. Car pour qui connaît le bonhomme, quand il a une idée, c’est du ferme et définitif…
Se fondre dans l’histoire
Depuis, au Château de Duesme, au lavoir de Romprey ou à Bure les Templiers, Jérémie exerce un métier qui repose avant tout début de chantier sur une observation minutieuse : « Les époques, les lieux ont leurs propres méthodes. J’analyse d’abord le bâtiment : je regarde comment les pierres ont été taillées ou assemblées, ainsi que le mortier. En creusant, on découvre aussi les différentes époques de construction et les techniques qui ont évolué au fil du temps. C’est ce qui va définir mon travail en étroite collaboration avec les architectes ».
L’objectif : rester fidèle à l’existant, restaurer sans le dénaturer. Pour Jérémie, il s’agit de préserver les matériaux et les traces du temps, tout en retrouvant les techniques qui correspondent à l’histoire du bâtiment. Un travail qui doit finalement se fondre dans l’ouvrage au point de disparaître : « C’est parfois frustrant parce qu’un travail bien fait ne doit pas se voir. Au final, en tant qu’artisan, on ne laisse aucune trace de son passage, hormis notre signature, que personne ne reconnaît. Quand on restaure, le but, c’est qu’il y ait une continuité. C’est comme si ça n’avait jamais été détruit. On doit se fondre dans l’histoire… ».
Un an après avoir créé son entreprise, Jérémie nourrit toujours un rêve : participer à la restauration d’une cathédrale. Pour y parvenir, il cherche aujourd’hui à recruter un employé, qui comme lui aura le sens de la pierre et celui de l’Histoire.