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L’artisanat d’art, terriblement contemporain

Colloque. Les premières Rencontres économiques des métiers d’art organisées à Tonnerre ont offert des discussions passionnantes autour des thèmes de la durabilité, de la transmission, de l’innovation et du développement des territoires grâce à des invités de haute volée.

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Photo de Laurent Boillot, Pascal Morand, Arnaud Lebert, Emmanuel Tibloux et la journaliste Sylvie Adigard
De gauche à droite : Laurent Boillot (Président du Comité Colbert, président d’Hennessy) ; Pascal Morand (Fédération de la Haute couture et de la mode) ; Arnaud Lebert (Maison Roze) ; Emmanuel Tibloux (directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs) répondent aux questions de la journaliste Sylvie Adigard. (Crédit : JDP)

Les halles de la ville de Tonnerre, « un symbole de désindustralisation » située « dans la diagonale du vide » mais qui peut devenir « une alternative » : ainsi a été posé par Romain Mouton, le président de RM conseil organisateur de l’évènement, le cadre de ces premières Rencontres économiques des métiers d’art.

Un lieu qui a néanmoins du sens, a nuancé le maire Cédric Clech, car Tonnerre avait par le passé bâti sa renommée sur ses artisans d’exception : l’imprimerie créé par Roze-Feuillebois après la Révolution entraînant l’installation de typographes et de relieurs, Eugène Labbé et ses papiers peints à la main ornant les châteaux... avant l’ère industrielle, l’implantation puis le retrait de Thompson signant le début du marasme.

Photo de la dame-jeanne
Alliance de cuir, vannerie et verre pour cette dame-jeanne. (Crédit : JDP)
Photo de flacon exceptionnel de cognac
Le travail du verre et du cuir au service d’un flacon de cognac. (Crédit : JDP)

Retour au XXIe siècle : annoncés mais décommandés, les ministres de l’Économie, de la Culture et de l’Artisanat étaient présents par le biais de messages vidéo. Bruno Le Maire a souligné le poids économique des métiers d’art qui selon les chiffres de son ministère représentent plus de 60.000 entreprises et 150.000 professionnels pour un chiffre d’affaires cumulé estimé à 19 milliards d’euros en 2019, dont huit milliards à l’export.

Le secteur est tellement stratégique que l’objectif du gouvernement est de conclure, d’ici à 2025, en lien avec les acteurs privés, un contrat de filière qui permettra de déployer une grande politique économique et culturelle cohérente et durable en faveur des métiers d’art , « essentiels pour préserver un patrimoine français, défendre notre économie, notre histoire et notre culture », a conclu le ministre.

Tables-rondes d’exception

La journée a fait la part belle à des discussions de haute tenue autour des thèmes de l’innovation, de la transmission et des enjeux de territoires attachés à l’artisanat d’art, mais le premier échange sur le thème de la « durabilité » autour de Laurent Boillot (Président du Comité Colbert, président d’Hennessy), Pascal Morand (Fédération de la Haute couture et de la mode), Arnaud Lebert (Maison Roze) et Emmanuel Tibloux (directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs) a été véritablement passionnant.

Chacun d’eux réaffirmant combien le secteur séculaire des métiers d’art a su s’adapter pour répondre aux impératifs actuels : ceux de la transition écologique, avec des créateurs incroyablement inventifs dans le réemploi de matériaux (voir le succès des défilés de Marine Serre), de l’innovation ou de l’alliance éthique entre l’art et la sauvegarde de la planète ; ceux de l’obsolescence, contre laquelle les objets de l’artisanat d’art, issus d’une création lente, avec des exigences de fabrication exceptionnelle, en quantité limitées luttent naturellement... et ceci d’autant que les attentes des clients de ces marchés de niche ont changé, incluant des valeurs éthiques et écologiques comme déclencheurs d’achat. Rendre les créations des métiers d’art et du luxe désirables « parce que » durables devient donc une condition de la survie de la filière et de ces maisons, fleurons de l’exception culturelle à la française.