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L’école Cheval se réinvente dans les murs de la CCI

Doubs. Lundi 6 janvier, la CCI Saône-Doubs a annoncé la réouverture du Cours Hôtelier de Besançon, dit École Cheval, pour la rentrée 2026. En difficulté, l’institution centenaire de formation de l’hôtellerie de luxe a été rachetée à la barre du tribunal par la CCI en 2024.

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Photo de Caroline Astier, Jean-Luc Quivogne, Françoise Sanchez et Victoria Garnier
Caroline Astier, directrice de la CCI Saône-Doubs, Jean-Luc Quivogne, président de la CCI Saône-Doubs, Françoise Sanchez, directrice de l’École Cheval Excellence Hôtelière et Victoria Garnier, chargée de communication et marketing à la CCI Saône- Doubs. (Crédit : JDP)

Pour le président de la CCI Saône-Doubs, Jean-Luc Quivogne, il y avait dans la pérennisation de la présence à Besançon d’une prestigieuse école hôtelière un enjeu de territoire. « Quand, en septembre 2023, j’ai appris que le Cours Hôtelier de Besançon, en difficulté ces dernières années, avait demandé son placement en liquidation judiciaire plutôt que d’essayer de trouver des solutions pour s’en sortir, j’ai été peiné, puis doublement attristé quand a commencé à circuler le nom de repreneur parisien. Car cette école centenaire est née à Besançon, elle fait partie de notre patrimoine. Son rayonnement, ses savoir-faire reconnus à l’international se devaient d’être maintenus sur notre territoire ». C’est ainsi que, le 2 mai 2024, la CCI Saône-Doubs a vu son offre d’acquisition acceptée par le tribunal judiciaire de Besançon, qui a autorisé la cession à son profit des actifs dépendant de la liquidation de l’association Cours Hôtelier de Besançon, établissement connu également sous le nom d’École Cheval en référence à l’une de ses plus emblématiques directrices, Denise Cheval, qui a officié dans ses murs de 1963 à 1989, formant plus de 1.300 élèves.

Entre héritage et nécessaires évolutions

L’objectif de la chambre de commerce est clair : conserver l’ADN de l’école, axé sur le haut de gamme, tout en évitant que ce fleuron bisontin ne quitte la région. La chambre consulaire va alors partir à la reconquête de la certification professionnelle du titre de gouvernante autrefois détenu par le Cours Hôtelier mais perdu en juin 2024. « L’ensemble des formations proposées par la CCI Saône-Doubs est reconnu par l’État ; il ne pouvait donc en être autrement pour ce titre, défend Jean-Luc Quivogne. La pérennisation de la certification constituait pour nous une priorité absolue. C’est pourquoi, depuis près d’un an, un important travail pédagogique a été mené en étroite collaboration avec des professionnels du secteur, afin d’obtenir le renouvellement du titre auprès de France Compétences, organisme chargé de la régulation et de la reconnaissance des certifications professionnelles. Et c’est en novembre, que nous avons reçu un avis favorable à l’enregistrement au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) du titre de gouvernant(e) d’hôtel ». La CCI Saône-Doubs est aujourd’hui l’unique organisme certificateur de ce titre. Baptisée l’École Cheval Excellence Hôtelière, la nouvelle structure qui prendra ses quartiers dans les locaux de la CCI (le bâtiment historique du centre-ville étant la propriété de la ville), intègre d’ailleurs dans son nouveau logo un ruban, ornement caractéristique de l’ancien Cours Hôtelier, symbolisant ce lien entre héritage et modernité.

Le changement majeur de cette reprise réside dans le modèle économique. « Historiquement, les frais annuels de scolarité s’élevaient à 12.000 €, ce qui représentait un frein pour de nombreuses familles, précise Jean-Luc Quivogne. Nous basculons désormais vers le statut de l’apprentissage, ce qui permet à des jeunes d’avoir une formation gratuite et même rémunérée. C’est une vraie chance pour tous ces jeunes dont les parents n’auraient pas eu les moyens de financer un tel cursus ». C’est aussi pour la CCI un moyen d’assurer la pérennité économique du projet : le financement de la formation en apprentissage est assuré par l’Opco (opérateur de compétences) de la branche professionnelle concernée, ici c’est l’AKTO. En la matière, la CCI Saône-Doubs s’appuie sur l’expérience de son école des métiers du commerce et de la vente, Iméa. « Il s’agit d’un service de la CCI Saône-Doubs rattaché au CFA ISA, institut supérieur d’apprentissage des CCI de Franche-Comté », précise Caroline Astier, directrice de la CCI Saône-Doubs. Côté équipe pédagogique : « Comme pour l’Iméa, elle sera composée de consultants rémunérés en honoraires et non de salariés comme c’était le cas pour le Cours Hôtelier, complète Françoise Sanchez, directrice du pôle formation et compétences RH, de la CCI Saône-Doubs, directrice de l’Iméa et de l’École Cheval Excellence hôtelière. Cette formation s’adresse aux jeunes de 15 à 29 ans, titulaires d’un diplôme de niveau 3 (Bac, CAP, brevet de technicien, brevet professionnel...) ou justifiant de trois ans d’expérience professionnelle dans le secteur, et leur permet d’obtenir un titre de niveau 4 reconnu par l’État. Partie intégrante de la CCI, l’école bénéficiera de salles de cours modernes, d’un espace pédagogique dédié et de deux résidences étudiantes à proximité immédiate. Le contenu pédagogique a été « rafraîchi » pour répondre aux besoins actuels du marché, notamment l’hôtellerie de luxe (palaces) qui peine à recruter. Le nouveau cursus intègre ainsi les enjeux de la RSE (gestion des déchets, choix des fournisseurs), l’hyper-personnalisation du service client, le savoir-être et la gestion des conflits, une attente cruciale des recruteurs du secteur.

Apprentissage et garantie d’employabilité

La formation sera découpée en trois blocs de compétences : réaliser et contrôler l’entretien d’une suite et des parties communes, gérer un service des étages et assurer l’interface avec la clientèle. Entre 450 et 500 heures de cours seront dispensées, le reste du temps s’effectuera en entreprise. Cela correspond à un ratio de « 70% de temps en entreprise et 30 % en formation », détaille Françoise Sanchez. La première promotion est attendue pour septembre, avec un effectif espéré de 25 élèves, « mais nous pourrons aller jusqu’à 50 en dédoublant les classes si la demande est là, nous avons la place », assure le président de la CCI.

Avec des débouchés garantis dans des établissements prestigieux comme ceux du groupe LVMH, l’école mise sur une employabilité maximale. « C’était un prérequis au projet de rachat. Cela n’aurait eu aucun sens de créer une formation s’il n’y avait pas eu cette garantie de l’emploi derrière », affirme Jean-Luc Quivogne, insistant sur le fait que chaque diplômé aura un poste à la clé. Les candidats potentiels peuvent postuler dès à présent et sur l’ensemble du territoire national, via le formulaire de contact en ligne de l’école : eceh.fr