L’ESBanque fête ses 100 ans à Dijon
Côte-d’Or. Née en 1926 pour structurer et uniformiser les compétences du secteur bancaire, l’École supérieure de la banque fête, au sein de son antenne dijonnaise, un siècle d’existence. L’établissement créé « par et pour les banques », avec un fort ancrage territorial, s’est imposé comme le pivot incontournable de la formation financière en France et à l’international.
Fondée en 1926 pour répondre au besoin d’harmonisation des savoir-faire des collaborateurs bancaires, l’École supérieure de la banque (ESBanque) célèbre aujourd’hui son centenaire. Tout au long de ce siècle d’histoire, l’établissement a accompagné les grands bouleversements économiques et sociétaux de la France, de la bancarisation générale de la population durant les Trente Glorieuses aux vagues successives de digitalisation, de régulation renforcée et de transition environnementale. Initialement connue sous le nom de Centre de formation de la profession bancaire (CFPB), la structure a franchi un cap décisif en 2020 consécutivement à la réorganisation de l’apprentissage issue de la loi Macron de 2018, en fusionnant 14 CFA pour constituer l’ESBanque actuelle. Affichant un chiffre d’affaires d’environ 50 M€, l’institution s’appuie aujourd’hui sur un réseau de 18 campus en France et 11 directions régionales, dispensant ses formations sur 60 lieux de cours métropolitains, tout en étendant son rayonnement international dans 25 pays, notamment en Afrique où elle est implantée dans une trentaine d’États.
Comme le souligne Jean-Charles Prioux, directeur général de l’ESBanque : « Depuis 100 ans, l’ESBanque accompagne et transmet des expertises, forme de nombreux collaborateurs à tous les niveaux du secteur bancaire et de l’assurance, s’adapte aux transformations du secteur et se réinvente en permanence. Célébrer ce centenaire, c’est prendre appui sur cet héritage vivant pour continuer à éclairer l’avenir et répondre aux enjeux de notre écosystème ».
L’école est une association à but non lucratif pilotée par les banques elles-mêmes afin d’adapter précisément les formations aux besoins réglementaires et techniques du terrain, elle est étroitement liée à la Fédération bancaire française : « C’est une école qui a été créée par les banques pour les banques », résume Jean-Charles Prioux.
Au-delà de l’adaptation aux normes professionnelles, l’ESBanque s’est affirmée comme un puissant levier d’ascenseur social au sein du secteur bancaire et financier. « Ses diplômes et formations qualifiantes phares, tels que l’Institut technique de banque ou le CESB Executive Management, ont permis à des milliers de collaborateurs de gravir les échelons vers des fonctions de management et de direction, défend Jean-Charles Prioux. Leur notoriété dépasse largement nos frontières : en Afrique, où notre activité représente plus de 15 % de notre chiffre d’affaires, plusieurs ministres des Finances ont leur diplôme de l’ITB accroché dans leur bureau ».
Chaque année, l’établissement forme plus de 35.000 apprenants et salariés de banques à travers trois grands axes : les formations réglementaires obligatoires (lutte contre le blanchiment, crédit immobilier, assurance...), la formation continue diplômante et l’apprentissage. Ce dernier volet constitue une véritable rampe de lancement professionnelle avec 4.000 alternants accueillis annuellement du BTS au Master. « La clé de ce que nous proposons, c’est que le jeune ou le moins jeune, lorsqu’il signe un contrat d’apprentissage avec nous, est quasiment sûr d’avoir un job derrière. C’est notre vraie force : les banques n’ont pas à aller chercher ailleurs leur futurs collaborateurs car nous leur apportons exactement ce dont elles ont besoin en matière de sourcing et de recrutement ».
Afin de maintenir cette adéquation avec le marché, l’ESBanque déploie une véritable ingénierie pédagogique depuis son siège parisien, où une « usine de fabrication » (Learning Factory) regroupe une trentaine de personnes dont une vingtaine d’experts métier dédiés à la création de contenus spécifiques et performants. En parallèle, l’école remplit une mission sociétale majeure d’éducation financière et de sensibilisation aux métiers bancaires en partenariat étroit avec la Fédération bancaire française lors d’interventions dans les écoles, les salons et les missions locales.
Proximité territoriale et sur-mesure
La force du réseau de l’ESBanque repose sur sa capacité à combiner une ingénierie nationale structurée et un ancrage territorial d’une grande finesse. Cette proximité avec les acteurs économiques s’incarne parfaitement dans la délégation Grand-Est, Bourgogne Franche-Comté. « Fort de ce maillage territorial, nous pouvons consulter nos adhérents pour connaître leurs besoins précis sur le territoire, qu’il s’agisse de l’évolution des métiers ou d’enjeux locaux. Par exemple, sur le marché agricole et viticole, lorsque des besoins spécifiques émergent, comme la question de l’assolement (partage des terre), nous sommes capables de construire sur mesure et en un mois des formations qualifiantes pour accompagner les collaborateurs, explique Delphine Vincent, déléguée régionale Grand-Est, Bourgogne Franche-Comté. Dans ma délégation, nous comptons 1.000 alternants en alternance, dont 200 en Bourgogne Franche-Comté, ainsi que 250 collaborateurs en poste qui viennent chercher un diplôme supplémentaire en formation continue chaque année. À Dijon, 97 % de nos alternants diplômés sont embauchés dans les six mois ».
Cette performance opérationnelle s’explique par la nature même du corps professoral de l’école. « Comme, je l’ai dis, c’est une école de banquiers pour les banques, mais aussi où les enseignants sont des banquiers », appuie Jean-Charles Prioux. En effet, près de 80 % des 2.800 intervenants de l’établissement sont des salariés en activité : chargés d’affaires, directeurs d’agence, experts en gestion de patrimoine, notaires ou anciens dirigeants de grandes institutions. Ils apportent un retour d’expérience direct et immédiatement applicable. « Nous mettons l’expert au bon endroit au bon moment. Un chargé d’affaires entreprise va intervenir sur son coeur de métier pour former les futurs professionnels, tandis que sur nos diplômes d’expertise de niveau Bac+5 comme le CESB, nous sollicitons des notaires pour la transmission patrimoniale. Cette alliance du savoir-faire académique et de la réalité tactique garantit une employabilité immédiate », complète Delphine Vincent.
Cette politique du « sur-mesure » se traduit également dans les nombreux partenariats que l’école signe avec les acteurs du territoire, dont notamment les universités, plus de 150 partenariats en France. « À Dijon, le partenariat avec l’Université Bourgogne Europe remonte à 2004. Il s’agissait de l’une des premières fois où banquiers, assureurs, universitaires et l’école se réunissaient pour co-construire ensemble un diplôme en alternance », se souvient Delphine Vincent. En BFC, l’ESBanque entretient une proximité rapprochée avec la place financière. « Les équipes régionales et les représentants de la place financière se réunissent environ une fois par mois pour coordonner leurs actions auprès des établissements du territoire ».
Pour célébrer son centenaire, l’ESBanque poursuit la modernisation de ses infrastructures et le développement de ses outils pédagogiques. En 2026, l’école a inauguré le 5 janvier son nouveau campus parisien dans le 13e arrondissement, un espace moderne de 698 m² comprenant sept salles de formation et des espaces collaboratifs pour 168 apprenants, tout en installant depuis le 1er janvier le campus de Rouen au sein de Pro Agora. Sur le plan pédagogique, l’établissement intègre les technologies émergentes comme l’intelligence artificielle, non pas pour se substituer à l’apprenant, mais pour intensifier la mise en pratique. « Nous avons créé un outil d’intelligence artificielle qui permet au collaborateur de s’exercer face à un client fictif, notamment en gestion de patrimoine. L’IA sert de moyen de progression pédagogique pour maîtriser l’expertise et expliquer ensuite les meilleures orientations au client », détaille, Jean-Charles Prioux.
Dans un contexte économique marqué par la baisse des financements publics accordés à l’apprentissage par les opérateurs de compétences, l’ESBanque aborde son second siècle d’histoire en réaffirmant son exigence de qualité et son modèle d’autofinancement. Jean-Charles Prioux conclut sur ce défi collectif : « Il y a de moins en moins de ressources publiques et une rationalisation des coûts s’impose à tous pour maintenir un niveau d’excellence très élevé, afin que les banques continuent de nous considérer comme l’acteur incontournable de l’enseignement professionnel de leurs équipes ».