L’étrange anniversaire de Lapierre
Industrie. Des bicyclettes d’après-guerre aux vélos de haute technologie, Lapierre a traversé toutes les grandes mutations du cyclisme. À l’heure où la marque dijonnaise fête ses 80 ans tout en ouvrant une nouvelle page de son histoire avec sa demande de placement en redressement judiciaire, son directeur général William Perrier revient sur cet héritage et les défis qui l’attendent.
L’histoire de Lapierrepourrait se raconter à travers les grandes révolutions du cycle. Créée en 1946 par Gaston Lapierre, l’entreprise accompagne d’abord le formidable essor du vélo populaire avec des « bicyclettes » de type « porteur » ou « vélo de ville » qu’il est un bonheur de croiser, parfois, dans les rues de Dijon. Mais c’est dans les années 1980 que la marque change de dimension.
À la fin des années 1980, et sous l’impulsion du fils Jacky, alors que le VTT débarque en France, Lapierre prend le pari de cette nouvelle pratique. Dès 1988, la marque dijonnaise engage des équipes en compétition et commence à collectionner les succès, jusqu’à devenir une référence du VTT français.
Vient ensuite la route. En investissant massivement dans la recherche et le développement, Lapierre développe des vélos toujours plus performants et noue des partenariats avec le plus haut niveau. La marque entre dans la cour des grands grâce au peloton professionnel au tout début des années 2000. Ce sera l’empreinte la plus forte du petit-fils du fondateur, Gilles Lapierre, alors même que l’entreprise a rejoint le groupe Accell en 1996.
Des champions aux amateurs
La marque dijonnaise accompagne alors des coureurs de premier plan et remporte notamment des étapes sur les grands tours, dont le Tour de France, avec des coureurs comme Thibaut Pinot (vainqueur d’une étape en 2012 et 2015, meilleur jeune du Tour 2014) ou Arnaud Démare (champion de France 2014, vainqueur d’étapes sur le Tour et le Giro). « Les exigences des champions deviennent un laboratoire grandeur nature : chaque gramme gagné, chaque amélioration aérodynamique ou de rigidité finit par bénéficier aux modèles destinés aux amateurs », précise William Perrier, directeur général du groupe Lapierre.
« Les exigences des champions deviennent un laboratoire »
- William Perrier, directeur général du groupe
Dernier terrain de conquête pour Lapierre : le gravel. Avec ses vélos Crosshill, la marque dijonnaise accompagne l’essor de cette nouvelle pratique, à mi-chemin entre route, aventure et chemins. Son modèle Lapierre Crosshill CF 7.0 a ainsi été élu « Gravel de l’année 2025 » par le magazine Le Cycle.
Aborder son siècle d’existence
Dijon. Mais c’est dans les années 1980 que la marque change de dimension et se frotte avec succès au VTT, puis à la compétition
Dans le même temps, l’assistance électrique transforme profondément le secteur. La politique de Lapierre sur ce segment est plutôt claire : faire de l’électrique une extension de toutes les pratiques du vélo, pas un abandon du vélo musculaire. La marque dijonnaise développe des VAE dans plusieurs univers : « ville, trekking/voyage, route, gravel et VTT, avec l’idée d’apporter une assistance qui permet de rouler plus loin, plus longtemps ou sur des terrains plus difficiles », détaille l’entreprise.
Un avenir qui s’écrira désormais dans un contexte inédit. Placé sous la protection du tribunal de commerce de Dijon afin de poursuivre son activité et trouver un investisseur après les difficultés de sa maison mère Accell, Lapierre, fort de 106 collaborateurs et 800 revendeurs, entend conserver ce qui fait sa force depuis 1946 : son ancrage industriel dijonnais, son savoir-faire et sa capacité d’innovation. « Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre », résume William Perrier.
Le groupe met en avant plusieurs indicateurs encourageants : « Ces dernières années, Cycles Lapierre a réduit ses coûts, adapté son organisation et fortement assaini ses stocks. Entre fin 2023 et fin 2024, ses stocks de produits finis ont diminué de près de 47 %. Entre 2024 et 2025, sa perte d’exploitation a été réduite de 41 %. Les premiers mois de 2026 ont également fait apparaître des premiers signes d’amélioration opérationnelle, notamment sur les marges ».
Une nouvelle page de l’histoire de la marque s’ouvre ainsi, avec l’ambition d’aborder son bientôt siècle d’existence en retrouvant son indépendance et un nouvel élan.