La colère des exploitants agricoles à Dijon
Côte-d’Or. Mercosur, surtransposition des normes, contrôles, prédation du loup... Jeudi 15 janvier, les agriculteurs manifestaient dans les rues de Dijon. Plusieurs actions ont eu lieu devant des organismes stratégiques pour la profession (Draaf, OFB, Dreal) avant une rencontre informelle avec le préfet.
C’est une première victoire pour les exploitants agricoles mobilisés depuis le début de l’année : le 21 janvier, les eurodéputés se prononceront sur la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne quant à la mise en oeuvre du traité du Mercosur (lire aussi page 13). Mais la pression doit continuer, estiment les représentants des syndicats FDSEA et JA, dont les branches régionale et départementales se sont fait entendre dans les rues de Dijon jeudi 15 janvier. 150 forces de l’ordre avaient été mobilisées et le centre départemental opérationnel a été activé tout au long de la journée.
On a envie de vivre de notre métier
La tournée des tracteurs a mené les exploitants depuis le lieu de rassemblement (proche Toison d’Or ou parking du Parc des expositions), soit une petite centaine d’engins devant divers organismes, sur les seuils desquels des déchets (paille broyée, pneus ou foin abîmé) sont déversés : MSA (la mutuelle agricole) ; la Draaf (direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) ; la Dreal (direction régionale de l’environnement) ; l’Office français de la biodiversité, avant de se diriger vers la place de la République où, depuis la veille, bottes de paille et montagnes d’oignons attestaient de la colère. « La manifestation qu’on fait aujourd’hui, c’est pas une idéologie. On fait pas ça pour se promener. On fait ça parce qu’on a des besoins. On fait ça parce qu’on a des demandes. On fait ça parce qu’on a des propositions. On fait ça parce qu’on a envie que demain on ait des jeunes qui s’installent. On fait ça parce qu’on a envie de vivre de notre métier, on a envie de vivre de notre produit, on a envie demain de pouvoir être fiers de transmettre à nos enfants. Donc maintenant aujourd’hui, on attend le préfet, j’espère qu’il viendra », a martelé Stéphane Sauce, président de la FRSEA BFC. Très attendu, le préfet de région Paul Mourier est effectivement venu à la rencontre des manifestants.
« J’entends ce que vous dites depuis longtemps, vous le savez. On se réunit très régulièrement. Je rencontre très régulièrement vos responsables à la fois les chambres, la chambre régionale d’agriculture et les chambres départementales et bien évidemment vos syndicats FDSEA et JA. Le gouvernement entend, avec une mobilisation assez exceptionnelle du Premier ministre lui-même. Pour l’instant, vous l’avez dit, c’est beaucoup d’engagements. Vous attendez effectivement que cela se traduise par des décisions tout à fait concrètes. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a décidé qu’il y allait avoir une loi d’exception adoptée après la loi sur l’orientation agricole sur la souveraineté agricole », a rappelé ce dernier. Réclamé par la FDSEA, le texte a été annoncé le 13 janvier. Axé sur l’eau, la prédation et les moyens de production, le projet de loi sera présenté au Conseil des ministres en mars, pour un examen au Parlement « avant l’été ». Sébastien Lecornu a également décrété un moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau et une simplification des règles concernant la directive nitrates et il a également annoncé le renforcement du dispositif d’épargne de précaution (DEP) et un « dispositif favorable à la mécanisation collective ». La balle est désormais dans le camp des politiques, à l’échelle européenne et nationale.