La Défense, sortie de secours de la filière automobile régionale ?
Région BFC. La remilitarisation de la France à marche forcée offre au pays des opportunités de développement économique que la présidente de région Marie-Guite Dufay entend mettre à profit, notamment pour tenter de relever une filière automobile régionale à genoux.

Le secteur automobile européen subit une crise grave. Sur l’année 2024, la production dans les usines en Europe (Union européenne et Royaume-Uni) s’est rétractée de 1,4 %, avec un total de 14,16 millions de voitures particulières et de véhicules utilitaires fabriqués. Cela ne représente que 16 % de la production automobile mondiale, contre 19 % en 2019, 22 % en 2010 et 27 % en 2005. Selon les prévisions, la production des constructeurs européens pourrait, sur 2025, continuer à baisser de l’ordre de 2 %. Le cabinet S&P, analyste reconnu du marché automobile, envisage d’ici 2030 une baisse de la production de plus de trois millions de véhicules en Europe par rapport à 2017.
En Bourgogne Franche-Comté, la filière automobile représente environ 400 entreprises pour quelque 37.000 emplois. À la fois bouleversé par la décarbonation et la montée en puissance des technologies numériques qui modifient les compétences requises et brutalisé par la concurrence asiatique, ce secteur marqueur du territoire est contraint de prendre un virage bien difficile à négocier dans un temps extrêmement court. Consciente de l’enjeu, notamment en termes d’emploi, la région BFC a, dès 2022, lancé un programme baptisé Force d’intervention dédiée à la mutation de la filière automobile (Fima). L’objectif étant d’accompagner, via des aides à l’investissement et des formations aux salariés, les différentes PME et TPE de la sous-traitance automobile régionale dans leur diversification, notamment dans l’électrification des véhicules et dans la filière hydrogène. À ce jour, la région a ainsi débloqué plus de 24 M€.
La Défense, un virage à prendre ?
Aujourd’hui, une nouvelle piste de diversification pour ce secteur malmené pourrait voir le jour et entrer dans le dispositif Fima. « Le secteur de la défense doit être une piste de diversification forte à creuser dans notre région, où les savoir-faire industriels et plus particulièrement automobiles ont leur carte à jouer », a ainsi esquissé Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne Franche-Comté lors de la dernière assemblée plénière des 20 et 21 mars. Une hypothèse de travail qui fait suite au déplacement présidentiel, mardi 18 mars, d’Emmanuel Macron à la base aérienne 116 de Luxeuilles-Bains (70), où le chef de l’État a annoncé 1,5 Md€ d’investissement sur dix ans pour lui permettre de retrouver « sa place pleine et entière dans la dissuasion nucléaire française ». Un projet qui s’inscrit plus largement dans la volonté du pays de renforcer ses capacités militaires face aux défis géopolitiques croissants. Cette transformation majeure, soutenue par un budget de 413 Mds € sur la période 2024-2030, ouvre des perspectives inédites pour l’économie et l’emploi.
Des opportunités de développement économique que la présidente de région entend bien faire siennes, notamment pour relancer une filière automobile en panne. Alors qu’un DGA PME Tour a eu lieu le 27 mars à Dijon et qu’une journée découverte des opportunités de marché dans l’industrie de la Défense se tiendra, à Bourogne (90), le 5 juin, nous avons souhaité recueillir l’avis d’Emmanuel Viellard, président du Medef Territoires Franc-Comtois, également directeur général de LISI Group (acteur important de la sous-traitance automobile franc-comtoise), président du comité liaison Défense du Medef et président d’honneur du groupement des équipementiers au sein du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) sur la pertinence d’une telle piste de diversification pour la filière automobile régionale.