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92e année

La filière auto entend redevenir acteur du débat sur les mobilités

Mobilité. La mobilité est une préoccupation majeure des Français. C’est à ce titre que le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) a souhaité apporter sa contribution à la campagne des régionales, à travers la réalisation d’un sondage sur le thème « Les Français et la mobilité en région », et la publication d’un « Manuel des Mobilités » à l’attention des candidats. Cette opération de sensibilisation en direction des élus locaux vise à poser les bases d’un nécessaire débat, nourri de données factuelles, de propositions concrètes et opérationnelles et où ne dominent pas les seules voix de « l’auto-bashing ».

La mobilité est une préoccupation majeure des Français DR

Si Bernard Guyot, président régional du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) affirme sa pleine conscience des enjeux vitaux liés au changement climatique, il déplore toutefois une amplification des mesures restrictives sur son secteur d’activité. « Depuis l’affaire du “dieselgate”, l’automobile est systématiquement visée. Les constructeurs n’ont plus d’audience. Devenus de simple ob­servateurs, ils subissent les nouvelles réglementations toujours plus contraignantes. On nous contraint à évoluer au pas de charge vers des motorisation électriques, hybrides ou hydrogènes. Mais si l’on ne refuse pas le changement, nous sommes encore en attente sur la nature des dispositions qui seront prises par le gouvernement pour accompagner l’amont (les constructeurs et sous-traitants, qui après 2025, n’auront plus la possibilité de produire des véhicules thermiques) et l’aval de la filière (les réseaux de distribution et les garages qui verront chuter leur chiffre d’affaires à l’aune du plus faible besoin en entretien des véhicules électriques). » C’est une vraie révolution qui est en marche dans le secteur de l’automobile qui représente en Bourgogne Franche-Comté 6.500 entreprises pour 18.800 salariés (1.070 sociétés côte-d’oriennes totalisant 3.500 salariés, dont, à Dijon, 170 à180 entreprises et 600 emplois). « Aujourd’hui, ce secteur est structuré de telle sorte que : à un emploi dans l’industrie correspondent quatre emplois dans les services. Quid de demain, quand on nous annonce déjà des prévisions d’électrification du parc à hauteur de 26 % pour le quatrième trimestre de cette année, sachant que les véhicules électriques ne demandent quasiment pas d’entretien. Quid également de la mise en place de formations à la réparation des véhicules électriques pour les actuels et futurs jeunes apprenants en mécaniques (3.100 jeunes en Bourgogne Franche-Comté), quand on connait le manque cruel de moyens des CFA, notamment dans la mise à disposition de véhicules modernes nécessaire à l’entraînement des élèves », interroge Bernard Guyot. C’est dans ce contexte d’auto-bashing que la CNPA a réalisé avec l’institut Harris Interactive au mois d’avril un sondage sur le thème « Les Français et la mobilité en région  », et publié un « Manuel des Mobilités » à destination des politiques. « Ce dernier, réalisé par un collectif de sachants et s’appuyant sur des retours d’expériences d’autres villes et régions, se veut un apporteur de solutions pour les décideurs. C’est aussi un moyen pour la profession qu’être acteur, force de propositions du changement qu’on lui impose, d’enclencher une dynamique positive et vertueuse », défend le président du CNPA. Ce manuel recense ainsi des propositions concrètes et opérationnelles sur des thématiques de politiques publiques liées à la mobilité ou connexes à ce secteur, et qui sont toutes en lien avec les compétences de la région : gouvernance des mobilités, politique du dernier kilomètre, mobilité inclusive, innovation, formation des jeunes, etc. Ces propositions doivent permettre d’éclairer l’exécutif régional dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques régionales de mobilité, avec l’objectif de favoriser l’accès de tous à la mobilité et d’accompagner l’ensemble des acteurs dans la transition d’un secteur en pleine révolution.

Les Français et la voiture

L’enjeux est crucial, comme l’ont démontré les derniers mouvements sociaux (Gilets jaunes, grèves de fin 2019), et comme l’illustrent parfaitement les résultats de l’enquête menée, par le CNPA, à travers trois grands axes  : les restrictions de circulation en ville avec l’instauration des Zones à faibles émissions (ZFE), le renouvellement du parc automobile et les perspectives en matière de motorisations (électromobilité, diesel…), et les mesures d’aménagement attendues par les Français en faveur d’une politique multimodale et inclusive en zone urbaine comme dans les territoires. Il ressort ainsi que la voiture continue d’occuper une place prépondérante dans la vie des Français. Elle reste, pour 59 % d’entre eux, le premier moyen de transport privilégié pour leurs trajets domicile-travail, bien avant les transports en commun (18 %), le covoiturage (5 %) et le deux-roues (2 %) et ce malgré le contexte de crise sanitaire, qui contribue significativement à faire évoluer les modes de déplacement des Français au quotidien. On retiendra également que pour 39 % des sondés, l’offre de transport en commun ne correspond pas à leurs besoins, un pourcentage en hausse de sept points par rapport à l’étude de 2020.

La question des ZFE

Autre point de vigilance mis en évidence par cette enquête : la méconnaissance des Français quant à la question des ZFE. Alors que les restrictions de circulation vont se multiplier dans les grandes villes, avec l’obligation pour toutes les agglomérations de plus de 150.000 habitants (Dijon est concernée) de mettre en place une Zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m) avant le 31 décembre 2024, 60 % des Français ignorent ce qu’est une ZFE et les conséquences de sa mise en place dans leur mobilité au quotidien. En outre, près d’un Français sur deux déclare n’avoir pas connaissance de l’interdiction, au cours des années à venir, des véhicules diesel dans certaines zones urbaines. S’ils sont 75 % à être favorables à des mesures pour diminuer la pollution des véhicules, 45 % d’entre eux sont opposés à la suppression des véhicules diesel dans les agglomérations et 71 % considèrent que c’est une mesure excessive voire tout à fait excessive... « Il apparait primordial de faire un travail d’information et de pédagogie autour des ZFE, d’autant que les véhicules classés Crit’Air 3 à 5, qui seront progressivement exclus des centre-villes, représentent actuellement 60 % du parc en circulation ».
Sur la question de l’achat d’un véhicule électrique de nombreux freins existent encore. Interrogés sur leurs projections en matière d’achat d’un nouveau véhicule dans les cinq ans à venir, 58 % des Français opteraient pour un véhicule hybride, 53 % pour un véhicule essence, 36 % pour un véhicule électrique et encore 28 % pour un véhicule diesel. S’agissant des 36 % de Français qui choisiraient un véhicule électrique, 90 % d’entre eux habitent en centre-ville ou en périphérie d’une grande ville. Ce qui montre une disparité très importante du lieu d’habitation, en faveur des urbains, pour le choix d’un véhicule électrique.

Les freins à l’électrique

L’enquête fait apparaitre des freins persistants à l’utilisation d’un véhicule électrique, en termes de coût à l’achat, d’autonomie et de recharge : 67 % des Français estiment que les véhicules électriques sont encore trop chers, 60 % jugent l’autonomie insuffisante et 43 % le véhicule trop long à recharger. « Les régions doivent prendre des mesures pour lever l’ensemble de ces freins, en agissant pour accélérer le déploiement des bornes de recharge ou en favorisant l’accompagnement des Français dans l’achat d’un véhicule plus propre. Par ailleurs, on doit également éclairer les Français sur les futures taxes qui ne manqueront pas de venir en remplacement de la TIPP. Au regard de la dynamique d’électrification du parc, cette dernière devrait mettre une dizaine d’années pour chuter et représenter un manque à gagner en termes de fiscalité pour le gouvernement », prévient Bernard Guyot. Sur la problématique des bornes de recharge, « rappelons que le CNPA a émis un certain nombre de propositions, auprès du gouvernement et des exécutifs locaux, pour accélérer le déploiement des infrastructures de recharge et son maillage dans les territoires. Les services de l’automobile, qui constituent des lieux fortement fréquentés par les automobilistes (concessions, parcs de stationnement, stations-service, agences de location de véhicules, auto-écoles…), peuvent contribuer à eux seuls à déployer 60.000 bornes de recharge sur l’ensemble du territoire ».

Frédéric Chevalier