La fromagerie Gaugry (re)devient La Laiterie de la Côte
Côte-d’Or. 30 M€ seront investis pour agrandir le site et créer un pôle d’accueil touristique.
Face à une demande en croissance continue depuis plus de 30 ans sur l’ensemble de son catalogue (AOP Époisses, Chaource, IGP Brillat-Savarin, Délice de Bourgogne), la Fromagerie Lincet passe à la vitesse supérieure. Pour accompagner ce développement, le groupe familial co-dirigé par Grégoire et Mathilde Lincet a engagé depuis plusieurs mois un vaste projet d’extension sur son site de Brochon.
Agrandissement industriel stratégique
Aujourd’hui limitée à une capacité de production d’environ 400 tonnes par an, l’usine verra sa capacité multipliée par quatre grâce à la création d’un nouvel atelier (capacité : 1.200 tonnes), sous la forme d’une ligne automatisée dédiée au Brillat-Savarin IGP.
Le groupe, qui affiche 5.000 tonnes de fromages fabriqués et vendus sur ses trois sites (Saligny dans l’Yonne, berceau de la famille Lincet, Vaudes dans l’Aube et le site de Brochon repris à 100 % en 2018), vise loin. « Nous avons la chance d’avoir une demande croissante depuis maintenant plus de 30 ans sur tous nos produits, affirme Grégoire Lincet. Notre stratégie est de produire, tous sites confondus, plus de 6.000 tonnes à horizon 2030-2032 ».
30 M€ et un virage touristique
L’enveloppe globale des travaux qui inclut la refonte totale du site s’élève à 25 M€ d’investissement direct, pour atteindre 30 M€ sur trois ans en incluant un pôle accueil du public. Mené sans interrompre la fabrication, le chantier s’achèvera en juin 2027 avec trois mois d’avance. Le projet va créer 20 emplois en Bourgogne (15 sur site et 5 en services supports), faisant passer l’effectif global de 210 à 230 salariés d’ici 2028.
Au-delà de l’outil industriel, le site se métamorphose pour accueillir le grand public et les professionnels sous le nom de « La Laiterie de la Côte », retrouvant ainsi le nom historique de la société utilisé de 1946 à 2004. (Que les amateurs de fromages se rassurent, le logo Gaugry sera toujours présent sur les produits eux-mêmes !)
Le futur complexe réunira un parcours de visite immersive axé sur les cinq sens, un espace dégustation, une boutique ainsi que des espaces événementiels privatisables (de 70 à 150 personnes selon configuration) avec une vue panoramique. « Un soir, je me retrouve tout seul à monter sur le toit pour aller déboucher une gouttière, se souvient Grégoire Lincet et là je me dis : “ c’est la plus belle vue de la côte ! ” Quand on a lancé ce projet, et malgré les arguments de mon architecte, j’ai dit : “je veux un étage” ». Ce sera chose faite, sans modifier la hauteur du bâtiment d’origine. L’entreprise cible 50.000 visiteurs par an d’ici cinq ans.
Ce développement s’inscrit dans un modèle agricole durable, estime Grégoire Lincet. La fromagerie s’appuie sur 60 éleveurs répartis dans la Marne, l’Aube et la Côte-d’Or. Les contrats sont conclus pour une durée minimale de 5 ans (mis en place dès 2015, avant l’obligation de la loi Égalim) et rémunérés entre 500 € et 530 € la tonne.
Résilience écologique
Privilégiant des fermes à taille humaine (74 vaches en moyenne), la maison défend le modèle d’exploitations autonomes pour l’alimentation animale exigée par les cahiers des charges AOP. « Je suis un fervent défenseur de la polyculture-élevage. Je pense que l’avenir de l’alimentation en France se fera au travers de ce système historique », martèle Grégoire Lincet.
Sur le plan énergétique, le site a sécurisé ses approvisionnements en électricité et gaz jusqu’en 2029. Un système de lagunage et de récupération / traitement des eaux blanches est également prévu : après décantation, les boues seront destinées à un méthaniseur ou épandues localement, et une cuve de stockage de 25.000 m3 permettra la « fertirrigation », selon le néologisme maison, des champs de la Ferme de Cérès et d’une autre exploitation voisine, le tout représentant 100 ha. Une manne après l’été caniculaire que l’on vient de vivre.