La success story verte de la Conserverie Jovinienne
Agroalimentaire. À Saint-Julien-du-Sault, deux anciens ingénieurs, Hugo Frédérich et Maxence Lorencki, ont fondé une conserverie artisanale. Leur démarche éthique et écologique vient d’être récompensée par le 1er prix Vita Créa, remis par la CCI Bourgogne-Franche-Comté.
Ils étaient ingénieurs. L’un travaillait dans la sûreté nucléaire, l’autre au CNAM, dans la recherche sur les basses températures. Rien, a priori, ne les destinait à manier les marmites. Pourtant, en 2021, ils décident de quitter Paris pour donner un nouveau sens à leur vie professionnelle. « On voulait faire quelque chose de plus concret, de plus engagé », raconte Hugo Frédérich. C’est dans l’Yonne, d’abord à Joigny, qu’ils posent leurs valises, séduit par la dynamique locale. « Il y avait ici une ébullition autour de la transition écologique et de l’économie solidaire. On a senti qu’on pouvait y apporter notre pierre », se souvient Maxence Lorencki.
En juillet 2021, les statuts de la Conserverie Jovinienne sont déposés. Un an plus tard, l’atelier ouvre ses portes à Saint-Julien-du-Sault. Le concept ? Transformer des fruits et légumes bio, issus d’un rayon de moins de 70 kilomètres, en bocaux de soupes, sauces et tartinades. L’idée est née d’un constat simple : beaucoup de producteurs locaux ne savent que faire de leurs surplus ou de leurs légumes « moches ». « Plus d’un tiers des légumes que nous travaillons auraient fini à la benne », souligne Maxence Lorencki. En 2023, la conserverie a ainsi valorisé près de 15 tonnes de légumes, dont 4 tonnes sauvées du gaspillage. L’entreprise emploie aujourd’hui 3,5 équivalents temps plein et réalise un chiffre d’affaires d’environ 180.000 euros, en croissance de 20 à 30 % par an. Chaque année, entre 60.000 et 80.000 bocaux sortent de la jovinienne.
Une conserverie écolo, sociale… et ambitieuse
Derrière les bocaux de la Conserverie Jovinienne, il y a une philosophie : faire bien, plutôt que faire vite. L’entreprise s’inscrit dans une démarche écologique globale. Toute l’énergie utilisée — gaz et électricité — provient de sources renouvelables, les déchets organiques sont compostés, et les bocaux sont consignés ou recyclables. Même les produits de nettoyage du laboratoire sont choisis pour leur impact minimal sur l’environnement. « On a opté pour des produits enzymatiques biodégradables, afin de ne pas abîmer les eaux usées », détaille Hugo Frédérich. La dimension sociale n’est pas oubliée. La conserverie appartient à l’économie sociale et solidaire et a inscrit dans ses statuts un écart maximal de rémunération de 1 à 5 entre dirigeants et salariés. L’équipe accueille aussi régulièrement des stagiaires en décrochage scolaire ou issus de structures d’insertion. « On croit qu’il n’y a pas d’écologie sans social, ni de social sans écologie », résume Maxence Lorencki.
Le 1er prix Vita Créa, remporté cet automne, vient récompenser cette cohérence. Organisé par la CCI Bourgogne-Franche-Comté, le concours distingue chaque année des entreprises de moins de cinq ans à fort potentiel d’innovation. Sur les 80 projets en lice, la Conserverie Jovinienne s’est imposée par la pertinence de son modèle et la sincérité de sa démarche. « C’est une belle reconnaissance, d’autant que nous ne sommes pas une start-up technologique, mais une entreprise artisanale », souligne Hugo Frédérich, encore étonné de se retrouver sur le podium. Leur ambition désormais : développer le segment de la restauration collective locale. L’entreprise fournit déjà Manger Bio Bourgogne en pois chiches, lentilles et haricots conditionnés en bocaux de cinq kilos destinés aux cantines scolaires. « L’idée, c’est que les enfants d’ici mangent les légumes d’ici », sourit Maxence Lorencki.