William Perrier (Lapierre Dijon) : "Nous donner les moyens de nous battre"
Industrie. Après 80 ans d’histoire, Cycles Lapierre ouvre un nouveau chapitre. Confronté à la disparition du soutien financier de sa maison mère Accell, le fabricant dijonnais a demandé son placement en redressement judiciaire afin de se placer sous la protection du tribunal de commerce. L’objectif n’est pas de cesser l’activité, mais « de gagner le temps nécessaire » pour trouver un investisseur, préserver ses 106 emplois et retrouver son indépendance
C’est avec une émotion contenue, mais la détermination d’un dirigeant rompu aux crises, que William Perrier, directeur général de Cycles Lapierre, a annoncé ce jeudi matin la décision de placer l’entreprise sous la protection du tribunal de commerce de Dijon. Fragilisée par la chute de sa maison mère Accell, qui a ouvert hier une procédure d’insolvabilité, la marque dijonnaise de 80 ans veut désormais reprendre son destin en main, retrouver son indépendance et convaincre un investisseur de l’accompagner dans son rebond. L’audience est fixée au 25 août.
L’objectif est clair : bénéficier de la protection du tribunal pendant une période d’observation afin de poursuivre l’activité, préparer un plan de redressement et trouver un investisseur capable d’assurer durablement l’avenir de l’entreprise. Le directeur général de Cycles Lapierre ne parle ni de renoncement, ni de fin d’histoire. Bien au contraire. « Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre. »
Drôle d’anniversaire
Cette décision intervient au lendemain du coup de tonnerre qui a frappé le groupe néerlandais Accell, propriétaire de Lapierre depuis 1996. Les négociations engagées avec le groupe singapourien Dutech pour reprendre Accell ont finalement échoué. Privé de trésorerie, le géant européen du vélo s’est placé en procédure d’insolvabilité aux Pays-Bas. « Donc à partir d’aujourd’hui, je suis seul. Le groupe Accell n’existe plus pour nous. Cycles Lapierre reprend son indépendance », résume William Perrier. Une phrase lourde de sens. Pour la première fois depuis plus de trente ans, le constructeur dijonnais retrouve donc son autonomie. Une indépendance subie, mais que son dirigeant veut transformer en opportunité.
Un nouveau challenge pour Lapierre qui fête, de surcroît cette année, ses 80 ans. Drôle d’anniversaire, donc. « L’avenir doit maintenant s’écrire pour Lapierre avec son identité, ses équipes et son ancrage à Dijon », insiste son directeur général.
Comme l’ensemble de la filière, l’entreprise a été durement frappée par le retournement du marché après l’euphorie du Covid : chute de la demande, surstocks, guerre des promotions et forte pression sur les marges. Sans le soutien financier d’Accell, elle doit désormais construire seule son avenir. Pour autant, le dirigeant assure que les fondations existent. Les stocks de produits finis ont été réduits de près de 47 % entre fin 2023 et fin 2024, tandis que la perte d’exploitation a reculé de 41 % entre 2024 et 2025. Les premiers mois de 2026 montrent même une amélioration des marges. « Le redressement opérationnel a commencé », affirme la direction. Reste désormais à reconstituer la trésorerie.
Les collectivités locales appelées en renfort
William Perrier refuse cependant de céder au fatalisme. « Nous avons la chance d’avoir notre outil industriel ici, toutes nos compétences sont à Dijon. Ce ne sera pas facile, je ne peux rien promettre, mais cette marque a tout pour réussir. »
La priorité est désormais double : préserver le maximum des 106 emplois et convaincre un investisseur industriel ou financier de rejoindre l’aventure. En parallèle, Lapierre sollicite la préfecture, la région BFC, Dijon métropole, la Ville de Dijon ainsi que l’ensemble de ses partenaires économiques. Non pour financer directement l’entreprise, mais pour créer autour de cette marque emblématique « les conditions d’une solution durable ».
« On va se battre », répète William Perrier. Un combat qui dépasse désormais la seule entreprise. C’est aussi celui d’un des derniers grands symboles industriels du savoir-faire dijonnais qui a réalisé 99,1 M€ de chiffre d’affaires en 2025 et s’appuie sur un réseau de plus de 800 revendeurs.