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Le bio entre résilience et essoufflement

Région BFC. Pour la 2e année consécutive, la filière bio recule dans la région. Si la fierté des producteurs reste intacte, la réalité économique pousse un nombre record d’exploitations à faire machine arrière vers le conventionnel.

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En 2024, les surfaces certifiées bio en Bourgogne-Franche-Comté sont repassées sous la barre des 10 % du territoire, selon les chiffres publiés dans l’Observatoire régional 2025 de l’Agriculture Biologique en Bourgogne-Franche-Comté. Le phénomène le plus marquant est celui des « dé-certifications » : en seulement trois ans, 18.000 hectares ont quitté le label bio pour revenir à une agriculture classique.

Depuis 2019, le nombre d’arrêts a presque triplé, et aujourd’hui, une fermeture de ferme bio sur deux est un choix délibéré de retourner au conventionnel.

Des disparités locales frappantes

Le sort du bio se joue différemment selon les départements. Les points noirs sont l’Yonne et la Haute-Saône qui subissent les baisses les plus brutales (jusqu’à -6,5 % de surfaces). L’Yonne, terre de grandes cultures, a perdu à elle seule 20 très grandes fermes de plus de 100 hectares en un an.

La Saône-et-Loire est l’exception régionale, avec une hausse de 4 % de ses surfaces et de ses fermes. La Nièvre parvient à maintenir ses positions , tandis que le Jura voit son nombre de fermes augmenter malgré une légère baisse de surface.

On assiste à une mutation de la taille des exploitations. La moyenne tombe à 69 hectares contre 71 auparavant. Ce sont surtout les grandes fermes (céréales, élevage bovin) qui abandonnent le label. À l’inverse, les petites structures comme le maraîchage ou les plantes aromatiques continuent de s’installer, ce qui maintient artificiellement le nombre total de fermes bio à un niveau stable (+1 %), malgré la perte de terrain global.

Fierté... mais moral en miettes

Le contraste est saisissant : 93 % des agriculteurs bio sont « fiers » de leur travail et y trouvent un sens profond. Pourtant, l’avenir leur semble bouché. Seuls 23 % d’entre eux sont optimistes.

En cause ? Un sentiment d’abandon politique, des consommateurs qui se détournent du label et une météo de plus en plus imprévisible qui fragilise les récoltes. Aujourd’hui, les producteurs ne demandent plus seulement des aides, mais une véritable reconnaissance sociale, sociétale et environnementale de leur choix d’une agriculture plus respectueuse des humains et de la planète.