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« Le lion industriel » rugit au coeur du renouveau nucléaire français

Territoire de Belfort. Vendredi 13 février, le site d’Arabelle Solutions à Belfort a reçu la visite de Roland Lescure et Sébastien Martin. Ce déplacement, marqué par la publication au Journal officiel, ce même jour, du nouveau décret de Programmation pluriannuelle de l’énergie, faisant la part belle au nucléaire, entend sceller le retour de la souveraineté industrielle et énergétique de la France.

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Pierre-Marie Poisson, directeur du site Arabelle Solutions de Belfort présente l’usine à Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique et à Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, au côté de Catherine Cornand, directrice générale d’Arabelle Solutions et Carmen Munoz-Dormoy, directrice à l’action régionale du groupe EDF en Bourgogne Franche-Comté. (Crédit : JDP.)

Au lendemain de l’annonce de la publication du décret de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 3 (voir l’encart), Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie sont venus acter le virage stratégique du pays. Ce texte prévoit la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, avec huit autres en option (qui pourraient être confirmés dès la fin de l’année) : une feuille de route qui place l’usine de Belfort au centre du jeu.

Pour Arabelle Solutions, filiale d’EDF (3.600 collaborateurs dans 16 pays), après des années d’errements industriels français (vente en 2015 de la branche énergie d’Alstom à l’Américain General Electric, avant un rachat des activités nucléaire en mai 2024 par EDF), l’enjeu est clair : redevenir le moteur de l’indépendance énergétique française. L’entreprise dont le siège social est basé à Nanterre a annoncé un plan d’investissement massif de 350 M€ pour son site befortain, qui sera progressivement déployé d’ici à 2029, afin d’accompagner l’augmentation des capacités de production de rotors et de corps de turbines du site et l’internalisation de certaines activités et composants stratégiques, notamment la fabrication des grandes ailettes, des barres de stator d’alternateur et le bobinage des rotors d’alternateurs : « notre objectif est de nous positionner plus en amont de la chaîne de valeur et d’acheter des produits moins manufacturés », précise Pierre-Marie Poisson, directeur du site Arabelle Solutions de Belfort.

(Crédit : JDP.)

Dans un contexte de relance du nucléaire, la montée en puissance d’Arabelle Solutions vise également à répondre aux besoins liés au développement du parc nucléaire français, notamment dans le cadre du programme EPR2, ainsi qu’à l’exécution et au développement des contrats à l’international, des réacteurs de fortes puissance aux petits réacteurs modulaires. « Ce programme d’investissement représente, au-delà des choix industriels, un acte de souveraineté. L’augmentation de notre capacité de production, notamment par la construction ici d’un nouveau bâtiment de 20.000 m2, va contribuer à la consolidation d’une filière nucléaire française forte tournée vers l’avenir. C’est enfin un formidable vecteur de rayonnement du savoir-faire français à l’international », défend Catherine Cornand, directrice générale d’Arabelle Solutions.

« Près d’un tiers des turbines installées dans les centrales nucléaires dans le monde sont dotées d’une technologie conçue ici. C’est 10 Mds€ de commandes l’année dernier, appuie Bernard Fontana, président directeur général d’EDF. Ici s’exprime un savoir-faire unique construit pendant des décennies, préservé et aujourd’hui renforcé grâce au retour de cette activité dans le giron national avec la création d’Arabelle Solutions ».

« La puissance énergétique de la France est liée à sa puissance industrielle comme sa puissance industrielle est liée à sa puissance énergétique, le nucléaire assure notre autonomie et il est basé bien évidemment sur le savoir-faire indispensable des salariés, argue Sébastien Martin, avant de lancer : le lion industriel de Belfort rugit de nouveau et il rugit très fort ! ». Sur le volet de la main-d’oeuvre, Arabelle Solutions prévoit ainsi de recruter 600 salariés à l’horizon 2030 (passant ainsi de 1.400 à 2.000 employés), « tout en assurant un effort soutenu de formation des équipes sur le long terme, ainsi qu’un travail étroit avec les acteurs régionaux pour développer les compétences locales et faciliter l’accès à nos métiers, notamment auprès des jeunes générations et des femmes », précise Catherine Cornand.

Le nucléaire, pilier de la décarbonation

Le gouvernement voit dans ce renouveau un triple bénéfice : souveraineté, décarbonation et réindustrialisation. Roland Lescure a insisté sur la portée concrète de la nouvelle planification : « On est conscient de l’incertitude et de la volatilité qui a affecté ce site industriel. Une volatilité qui a aussi affecté l’énergie nucléaire. Mais aujourd’hui disons-le : l’industrie nucléaire est de retour et elle a de l’avenir. Ce qui compte lorsqu’on dit que l’on va construire six nouveaux EPR avec huit en option, ça veut dire que chaque année, on va avoir deux turbines qui vont sortir d’ici [...] qui vont produire de l’électricité française, qui va nous rendre plus souverains. C’est du concret ! La France dans les 10,20, 30, 40 ans qui viennent pourra être fière qu’on ait recommencé ici à investir dans sa souveraineté, dans sa décarbonation et dans son industrie ».

(Crédit : JDP.)

Alors que le premier EPR2 est attendu pour 2038, Belfort s’impose plus que jamais comme un maillon fort de l’avenir énergétique français. Comme l’a résumé Roland Lescure, cette visite un vendredi 13 doit « porter bonheur à la construction de l’avenir énergétique de la France pour les cinquante prochaines années ». « La PPE 3 nous permet d’investir, j’allais dire, sur tous les feux de l’énergie pour décarboner la France, passer de 60 % d’énergie carbonée à 60 % d’énergie décarbonée, affirme Roland Lescure. Évidemment, pour qu’on ait de l’offre utile, il faut qu’on ait de la demande. Pour que la demande puisse être servie, il faut qu’on ait de l’offre. Donc ceux qui disent : “Attendons que la demande soit là avant de lancer des programmes” font fausse route. Parce qu’évidemment il sera trop tard une fois que la demande sera là pour lancer des programmes d’envergure. De même, ceux qui disent : “nous sommes aujourd’hui noyés dans l’électricité” se trompent. Nous savons très bien que l’électrification de notre industrie peut aller très vite, à l’image d’Arcelor qui a récemment confirmé la construction sur son site de Dunkerque de son plus gros four électrique en Europe.

Celui-ci, d’une capacité de 2 millions de tonnes d’acier par an doit démarrer courant 2029. Cela peut se traduire par 37 éoliennes ou sans doute une de ces turbines belfortaines qui tournera à plein régime. De même, si on livre les data centers qui se sont engagés à s’installer en France dans les 10 ans qui viennent, c’est quasiment l’équivalent d’une centrale nucléaire qui est en jeu. On a donc aujourd’hui des capacités de demande qui vont s’accélérer. L’objectif est d’avancer sur les deux côtés de manière à ce qu’on puisse se projeter à la fois dans une France plus industrielle et une France plus souveraine ».

  • (Crédit : JDP.)
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