Les Biscuits Paysans croquent l’avenir à pleines dents
Agriculture. À Chichery, une famille d’agriculteurs a choisi de transformer son blé en biscuits bio pour préserver son exploitation. Entre circuit court, savoir-faire normand et ambition familiale, les « Biscuits paysans » veulent prouver qu’une autre agriculture est possible.
Dans la ferme familiale de Chichery, les générations se succèdent depuis près d’un siècle. Après l’arrière-grand-père puis le grand-père, qui a reconstruit l’exploitation dans les années 1970, Julie Breuillé représente aujourd’hui la quatrième génération d’agriculteurs. Mais ici, produire du blé ne suffit plus. Dans un contexte où près d’un tiers des agriculteurs français gagneraient moins de 350 euros par mois selon la Mutualité sociale agricole, la famille a choisi de transformer elle-même sa production pour survivre. « Sans valorisation, une ferme ne peut plus vivre uniquement des céréales », explique la jeune agricultrice. C’est ce constat qui a poussé la famille à lancer les « Biscuits Paysans », une marque de sablés et de cookies bio fabriqués à partir du blé produit sur l’exploitation.
Le projet ne date pourtant pas d’hier. « Mon père y pense depuis une dizaine d’années », raconte-t-elle. Après trois années de travail sur les recettes et la recherche de partenaires, les premiers sablés voient finalement le jour en mai 2024. Les cookies, eux, sont commercialisés depuis mai 2026. Dans cette aventure, chacun a trouvé sa place. Julie gère la ferme, les particuliers et les petites épiceries. Son père et son frère s’occupent du développement commercial tandis que sa mère assure toute la logistique et l’organisation. « On a chacun notre rôle, mais on se complète bien », sourit-elle.
La Normandie dans le paquet
Pour fabriquer ses biscuits, la famille a fait un choix surprenant : direction la Normandie. Le blé produit dans l’Yonne est envoyé chez un meunier du Loiret avant de rejoindre la Biscuiterie de l’Abbaye, à Lonlay-l’Abbaye, dans l’Orne. Un partenariat qui n’a rien d’un hasard. « Historiquement, notre région a toujours été reliée à la Normandie par l’eau et le commerce », rappelle Julie Breuillé. Mais il y a aussi une raison plus pragmatique : « La Normandie, c’est le pays du sablé. » La famille cherchait avant tout une structure artisanale capable de produire du bio. « En Bourgogne, il n’y avait aucune structure avec le savoir-faire et les agréments nécessaires », explique-t-elle.
Le projet revendique ainsi un fonctionnement 100 % français avec des partenaires familiaux et artisanaux. Une manière aussi de défendre une certaine vision de l’alimentation. « Le bio est important pour nous. Il faut revenir au circuit court et à une alimentation saine », insiste l’agricultrice.
Une croissance déjà bien lancée
Et les résultats suivent. L’an dernier, près de 24.000 étuis de sablés avaient été produits. Cette année, la famille estime avoir doublé la cadence avec environ 48.000 étuis commercialisés. Quant aux cookies, lancés il y a seulement trois semaines, près d’un millier de paquets ont déjà été écoulés.
Les biscuits sont désormais présents dans plusieurs commerces, en grande distribution mais aussi dans des épiceries locales. Chaque jeudi soir, Julie Breuillé participe également au marché de Chichery avec les producteurs du secteur. La famille ne compte pas s’arrêter là. De nouvelles recettes salées, à l’avoine ou au seigle, sont déjà en préparation, ainsi qu’une gamme sans gluten. À moyen terme, un nouveau bâtiment doit aussi voir le jour sur la ferme avec un espace d’accueil et un local de stockage adapté. « Si les gens achètent des produits comme les nôtres, ils font vivre des fermes », rappelle Julie Breuillé.