Les choses de la terre
Artisanat. À Saint-Amand-en-Puisaye, la poterie des Guimards a été créée en 1976 par Claude et Nicole Hurtault, exploitants agricoles, à qui ils donnent le nom de la terre familiale. Le grès règne en maître dans l’atelier mais subit le désamour dans les années 90. Ce sont leurs enfants, Nathalie et Christophe, qui vont réorienter la production et pérenniser l’entreprise qui séduit aujourd’hui grâce au design contemporain et aux couleurs audacieuses de ses collections.
et conquérir une clientèle professionnelle, jusqu’à l’international (Crédits : JDP)
À Saint-Amand-en-Puisaye, la terre n’est jamais bien loin. À quelques kilomètres de l’atelier, la Poterie des Guimards extrait elle-même l’argile qu’elle utilise pour fabriquer ses pièces. Une matière première locale, devenue au fil des années l’un des marqueurs de l’entreprise familiale. « C’est du grès de Saint-Amand », explique Nathalie Hurtault. La carrière, située à seulement trois kilomètres de l’atelier, fournit une argile qui sera ensuite préparée, façonnée, émaillée puis cuite à haute température.
Chaque pièce passe par plusieurs étapes avant de rejoindre les rayons de la boutique ou les tables des restaurants. Une première cuisson, autour de 1.000 °C, permet de durcir la terre. L’émail est ensuite appliqué avant une seconde cuisson, à 1.280 °C. Cette température permet au grès d’acquérir ses qualités de résistance et d’imperméabilité. Une fabrication qui nécessite du temps : entre la réalisation d’une pièce et son passage au four, plusieurs jours peuvent être nécessaires.
La poterie des Guimards, fondée par les parents de Nathalie Hurtault en 1976, a été reprise par elle-même et son frère Christophe suite à la retraite de leurs parents, « en 2005 », raconte-t-elle. Son frère, formé à la céramique, avait rejoint directement l’entreprise familiale après ses études. Nathalie, elle, avait suivi des études de commerce international à Paris avant de revenir travailler à Saint-Amand-en-Puisaye. Depuis, le duo fait évoluer l’entreprise tout en conservant les fondamentaux du savoir-faire transmis par leurs parents.
Du traditionnel au contemporain
Pendant plusieurs décennies, la Poterie des Guimards a en effet produit une vaisselle très traditionnelle. Mais les goûts ont changé. Pour continuer à se développer, l’entreprise a donc dû faire évoluer son offre. « À Maison & Objet, on avait fait des tentatives avec les collections traditionnelles. On n’a pas été acceptés. Et on l’a été à partir du moment où on a commencé à faire des choses plus contemporaines », raconte la dirigeante.
Aujourd’hui, la Poterie des Guimards travaille avec deux clientèles bien distinctes. Les particuliers viennent notamment chercher des pièces colorées, tandis que les professionnels, et particulièrement les restaurants, privilégient davantage les formes sobres et les teintes naturelles. La poterie de Saint-Amand-en-Puisaye fournit notamment depuis plus de dix ans plusieurs restaurants du chef Cyril Lignac. Après Londres, de nouveaux projets sont également envisagés...
nouvelles collections, les choix audacieux, l’appel à un designer comme Laurent Corio (collection Shokki) ont séduit des clients professionnels, tel le chef Cyril Lignac. Crédit : JDP
L’international représente une part importante de l’activité : selon les années, entre 40 et 50 % des ventes sont réalisées à l’export. La poterie vend en Europe, aux États-Unis, en Chine, mais aussi au Moyen-Orient, notamment au Koweït. Un rayonnement qui n’empêche pas l’entreprise de rester confrontée aux difficultés économiques du secteur. Depuis environ deux ans et demi, Nathalie Hurtault constate ainsi un ralentissement de l’activité. Après le rebond spectaculaire enregistré à la sortie de la crise sanitaire, les tensions internationales et le ralentissement économique ont pesé sur les ventes, en France comme à l’étranger.
De nouveaux marchés
Dans ce contexte, les salons professionnels restent indispensables pour maintenir la visibilité de l’entreprise et rencontrer de nouveaux clients. Mais ils représentent aussi un investissement conséquent. Pour exposer à Maison & Objet, la Poterie des Guimards débourse ainsi environ 3.500 € hors taxes. Une dépense nécessaire pour une entreprise qui cherche à entretenir son réseau commercial tout en poursuivant son développement international. Parallèlement, de nouveaux marchés apparaissent. Les créations destinées aux animaux de compagnie en sont un exemple. L’entreprise a développé des gamelles en poterie, profitant d’un intérêt croissant pour le bien-être animal. D’autres produits d’autrefois délaissés, comme les porte-couteaux, les brocs à eau ou les pique-fleurs, font également leur retour.
Car derrière la diversification se joue une question plus large : celle de la survie d’un savoir-faire local. À Saint-Amand-en-Puisaye, la Poterie des Guimards est aujourd’hui le dernier atelier avec du personnel encore en activité. Dans le même temps, l’école de poterie locale attire de nombreux candidats, notamment des personnes en reconversion. « Il y a énormément de nouveaux céramistes », constate Nathalie Hurtault. Encore faut-il parvenir à créer en innovant… et surtout à vendre.