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Les pommes sénonaises en héritage

Yonne. Les Vergers de Noslon, un des très rares producteurs de pommes du département traversent les générations en dépit de la concurrence et des intempéries.

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Photo de Vincent Lorne
Vincent Lorne, troisième génération, dirige l’exploitation depuis 2001. Crédit : JDP

Situés à Cuy sur un ancien domaine de l’abbaye de Sainte-Colombe, Les Vergers de Noslon fait partie des plus anciennes exploitations agricoles de la région de Sens. Il fut d’abord dirigé par Clément Lorne, qui en fit l’acquisition en 1832. Ferme traditionnelle de polyculture et d’élevage, elle se diversifie en 1934 avec Pierre Lorne, qui y implante les premiers pommiers : « Quand il est sorti de l’école, mon grand-père voulait faire une culture qui sortait un peu de l’ordinaire », raconte Vincent Lorne.

À la demande de ses clients, l’exploitation a diversifié son offre au fil des décennies, avec les poires dès les années 1990, puis de nombreuses autres variétés de fruits et de légumes. Les pommiers occupent aujourd’hui 30 hectares, contre 80 dans les années 1930. Le dirigeant revendique une production de qualité, notamment labellisée écoresponsable, un cahier des charges « qui montre qu’on fait les choses de manière propre et saine et réfléchie ». Une vingtaine de salariés oeuvre à la production et à la vente, épaulés par près de 50 saisonniers lors des récoltes. Celle des pommes, de la Gala à la Granny Smith, a débuté en août et s’achèvera à la mi-octobre.

Cette année, la récolte est pourtant teintée d’amertume pour ses dirigeants en raison des vagues de chaleur qui ont frappé le pays depuis le mois de juin. L’exploitation enregistre une baisse d’environ 15% des récoltes de céréales et de 30 à 40% pour les fruits et légumes. Alors que l’entreprise enregistre habituellement environ 1.500 tonnes par an, « on ne fera pas 1.000 tonnes » regrette Vincent Lorne, à la tête de l’exploitation depuis 2001. C’est sans compter une perte due à une maturation précoce, « avec quinze jours d’avance » selon Cyril Cottry, chef de cultures du domaine.

Miser sur la proximité

Le local est la stratégie adoptée par Vincent Lorne. Si l’entreprise a traversé les décennies, c’est en privilégiant une gestion particulièrement prudente : « On a essayé de faire un maximum de choses en autonomie, on a été très raisonnables », confie le dirigeant. Les importations massives de la grande distribution, une fiscalité lourde et des normes coûteuses à mettre en oeuvre sont autant de contraintes qu’il qualifie de « fardeau lourd à porter ». Le domaine a fini par abandonner l’export et mise depuis plusieurs années sur le circuit court : « On supprime toute une série de coûts qui permettent d’être compétitifs et à l’exploitation de vivre ».

En 2024, il poursuit dans cette voie avec l’implantation d’un second magasin dans le sud de la ville, un local d’environ 500 m², occupé autrefois par les Transports de l’Yonne : « Dans les années 2010, je me suis rendu compte que les gens de Sens ne venaient pas tellement à Cuy, ce que je comprends très bien ». Cette opération, que l’entreprise doit encore amortir aujourd’hui, n’a pas vraiment eu l’effet escompté, générant une hausse de la clientèle de 20%, au détriment du magasin de Cuy. Vincent Lorne affiche cependant son attachement au commerce de proximité, ainsi que son souhait de maintenir des marges faibles : « Ça permet au consommateur de s’y retrouver ».