Mobilians plus que jamais mobilisée face aux défis d’une filière en mutation
Côte-d’Or. Réunie à Beaune le jeudi 26 février, l’organisation professionnelle des métiers de l’aval de la filière automobile, Mobilians, tenait son assemblée générale.
L’ambiance était studieuse et déterminée, jeudi 26 février, à Beaune dans les rangs de Mobilians représentant 25 métiers de l’aval de la filière automobile. Cette assemblée générale marquait une étape clé pour l’organisation professionnelle en Bourgogne Franche-Comté avec le renouvellement des mandats et l’élection de son nouveau bureau. Clement Bertier, président du groupe Berthier, concessionnaire Renault Trucks et Fenwick, a été élu à l’unanimité pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois. Il succède à Bernard Guyot qui s’est vu remettre, par le président national Francis Bartholomé, la médaille d’honneur pour ses 13 années passées à la présidence régionale.
Parc vieillissant et pression fiscale
Le constat dressé lors de cette réunion est sans appel : le marché automobile peine à retrouver son dynamisme d’avant-Covid, avec une chute de près de 30 % des ventes de véhicules neufs au niveau national, les immatriculations de véhicules particuliers s’établissant à près d’1,7 million en 2024, dont 60.166 en BFC. Cette situation a un impact direct sur le vieillissement du parc automobile. En BFC, les véhicules particuliers et utilitaires légers affiche désormais une moyenne d’âge de 12 ans.
Bernard Guyot, s’inquiète de cette tendance qui, selon lui, conduit à un accroissement des besoins en réparation des véhicules : « Le parc roulant vieillit... et nous manquons de mécaniciens sur le long terme. Ces tensions en termes de recrutements dans les métiers de la filière impactent et pénalisent fortement l’activité et la rentabilité des entreprises ». Il souligne également que ce manque de renouvellement des véhicules va à l’encontre des objectifs écologiques actuels.
Francis Bartholomé, président national de Mobilians depuis 12 ans, a, de son côté, fustigé la politique fiscale de l’État vis-à-vis de l’automobile. Il réclame une réforme profonde pour que le secteur ne soit plus utilisé comme une simple variable d’ajustement budgétaire. « Mobilians a plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme sur la trajectoire fiscale sans précédent pesant lourdement tant sur les consommateurs que sur les entreprises. L’hyperfiscalisation, sans commune mesure avec nos voisins européens, les changements réglementaires et “stop and go” incessants depuis plusieurs années, produisent des effets délétères ». Le président national plaide ainsi pour un retour au bon sens économique, notamment sur la question de la transition électrique qu’il juge trop dogmatique : « Le marché ne sera jamais à 100 % électrique, il ne sera peut-être même jamais au-dessus de 50 %. 40 % en 2035 me paraît un bon objectif. Il faut pouvoir donner du temps, ne pas culpabiliser, redonner confiance sur les batteries, leur réparabilité ».
Selon lui, une solution mixte incluant l’hybride est indispensable pour s’adapter à la réalité sociale et économique du pays. En janvier, Mobilians, lors de sa cérémonie des voeux, a reçu la visite du ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, qui a demandé à l’organisation de travailler avec le gouvernement à une réforme de la fiscalité sur la mobilité. « Nous avons eu le soutien de Stellantis, Renault et les loueurs longue durée pour participer à ce projet, se félicite Francis Bartholomé. Il s’agira notamment de s’intéresser à l’efficacité des primes à l’achat. Doivent-t-elles être ciblées uniquement sur le neuf, sur l’électrique ou sur un mix incluant différentes motorisations et l’occasion récente ? Des questions porteront également sur la pertinence du système des bonus/malus ou du leasing social, sur le coût futur de la recharge électrique. Il pourrait être urgent de créer un choc d’offres des services en renforçant le cadre fiscal favorisant la mobilité durable des salariés notamment en envisageant une incitation fiscale sur l’enveloppe du crédit mobilité. Revenir à une prime à la casse pour rajeunir le parc... ».
Lobbying européen
Au-delà des enjeux de marché, Mobilians s’inquiète aussi des coupes budgétaires opérées par l’État dans le domaine de la formation et de l’apprentissage. En BFC, la branche compte 3.627 jeunes en formation, un chiffre en hausse constante (+8,4 % depuis 2019). Les dirigeants craignent que ces baisses ne mette en péril les CFA de la région et ne « conduisent demain à des difficulté pérenne sur l’emploi, qui représente en BFC 21.556 salariés et 6.765 entreprises ».
Pour l’avenir, la nouvelle présidence régionale entend mettre l’accent sur l’économie circulaire et la Responsabilité sociétale des entreprises et l’IA. « L’objectif est de fournir aux petites entreprises des outils concrets pour investir dans ces domaines, afin de transformer les contraintes environnementales en opportunités de croissance », explique Clement Bertier. Enfin, Mobilians mise désormais sur un lobbying renforcé au niveau européen, avec la création d’une organisation France-Allemagne reconnue au sens juridique ayant des bureaux à Bruxelles, afin de pour faire entendre la voix des services de l’automobile face aux constructeurs. Baptisée Automotive Mobility Europe, elle compte déjà dans ses rangs 11 pays européens.