MyPubli, quand l’IA redonne du temps aux chercheurs
Yonne. À Auxerre, la plateforme MyPubli propose aux chercheurs une solution d’aide à la rédaction scientifique biomédicale fondée sur l’intelligence artificielle.
Rédiger un article scientifique n’est pas un exercice accessoire. Il faut en moyenne 100 heures de travail pour transformer des données de recherche en publication exploitable. « Ce n’est pas le métier des médecins ou des chercheurs d’écrire des articles scientifiques, et pourtant on leur demande de le faire, rappelle Fabienne Péretz, gérante d’Abelia Science et fondatrice de MyPubli. Ces 100 heures, on préférerait qu’elles soient consacrées à soigner, à enseigner ou à faire de la recherche ». À l’échelle mondiale, la pression est massive. Environ deux millions d’articles sont publiés chaque année, dans plus de 7.500 revues scientifiques reconnues, avec des taux de rejet pouvant dépasser 70 % dans les revues à fort impact. En France, certains grands établissements produisent des volumes considérables, notamment l’AP-HP qui publie à elle seule près de 10.000 articles par an.
Mais publier n’est pas qu’une question de reconnaissance académique. « Si vous ne publiez pas, l’étude n’a servi à rien. Vous avez gaspillé du temps, de l’argent, et même des données de patients », insiste Fabienne Péretz. Derrière un article non publié, ce sont des mois de travail, des financements publics et la participation de patients volontaires qui peuvent rester sans débouché. « La communauté scientifique ne progresse pas, les pratiques n’évoluent pas, et les patients perdent une chance d’être mieux soigné », résume-t-elle. Au temps de rédaction s’ajoute une tâche souvent sous-estimée, la mise en conformité avec les exigences éditoriales — interligne, références, structure. « Le simple formatage d’un article prend environ 14 heures, rappelle la fondatrice. Et 50 % des chercheurs y passent encore plus de temps ». C’est sur ce point précis et sur la rédaction que MyPubli intervient. La plateforme propose une assistance par intelligence artificielle à partir des documents du chercheur, protocole, résultats, tableaux. « On ramène le temps de rédaction de 100 heures à une moyenne entre 20 et 40 heures, explique Fabienne Péretz. Rien que sur le formatage, on gagne au minimum 10 heures. »
Publier plus, sans sacrifier la rigueur
L’outil permet aussi de lever un frein psychologique majeur : la page blanche. « On génère un premier draft structuré, ce qui change tout. Des professionnels qui n’auraient jamais publié ont finalement sauté le pas. » MyPubli se positionne sur une IA d’assistance, et non de substitution. « Ce n’est pas une IA qui hallucine. Elle n’invente rien : elle reformule à partir des données fournies par le chercheur », souligne Fabienne Péretz. Une distinction essentielle dans un contexte de méfiance croissante vis-à-vis de l’IA générative dans la recherche.
Au-delà du gain individuel, l’enjeu est collectif. « Si on veut rester compétitifs, on ne peut pas être 13e mondial en publication scientifique quand on est au sixième rang en termes de recherche », alerte la fondatrice. Pour elle, l’optimisation du temps de publication est devenue un levier stratégique pour l’ensemble du système de recherche.