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Netalis change de mains

Doubs. Face à un litige qui risquait d’obérer sa survie, l’opérateur télécom franc-comtois Netalis a trouvé son salut dans une procédure de redressement judiciaire suivi d’une reprise. Bouclée cette été, l’opération voit l’arrivée d’un géant du secteur, Xavier Niel, au capital de la nouvelle structure de reprise, NetR SAS et garantit le maintien de l’intégralité des emplois.

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Photo de Nicolas Guillaume
Nicolas Guillaume, cofondateur bisontin de Netalis. Crédit : Christine Biau-PoseB Photo.

Co-fondée en juin 2015 à Besançon par Nicolas Guillaume, la société Netaliss’est imposée en onze ans comme un acteur incontournable et respecté des télécommunications professionnelles. Cet opérateur télécom alternatif, à travers sa holding Nasca Group, a notamment développé un réseau de plus de 700 km de fibres optiques dans plusieurs villes de BFC, d’Alsace, et de PACA. Il a également mis en place ses propres plateformes techniques (interconnexions data et voix) et concrétisé la création de la première autoroute numérique indépendante de l’opérateur historique reliant à terme Strasbourg à Marseille (5e hub mondial du trafic internet avec 4 Mds d’internautes), ainsi que la Suisse jusqu’à Saint-Louis, en direction de Bâle. Côté service télécom, Nicolas Guillaume aura agrégé autour de Netalis un ensemble de solutions numériques dédiés aux entreprises au travers d’une offre Cloud (hébergement en data center, sécurité informatique des réseaux, téléphonie sur IP...), mais aussi adressé plus de 500 clients actifs. Plus récemment, un partenariat stratégique avait été signé avec HFZ Assurances pour lancer une offre de cyber assurance sur-mesure complétant encore ce large catalogue de services... Pourtant, au printemps, cette success-story régionale vacille, victime d’un litige fournisseur majeur. Nasca Group prenait alors une décision radicale en sollicitant, le 24 avril, le placement de l’entreprise en redressement judiciaire auprès du Tribunal de commerce de Besançon. Le 1er juillet, Netalis SAS, voit alors ses actifs transmis à une nouvelle société NetR SAS qui compte parmi ses investisseurs Xavier Niel, le PDG de Free.

Contacté par le Journal du Palais, Nicolas Guillaume, nous a accordé une interview, complémentaire à son communiqué personnel sur Linkedin faisant suite à la sortie de l’information dans des médias spécialisés quelques jours auparavant.

Le Journal du palais. Pouvez-nous en dire plus sur les coulisses de ce sauvetage ?

Nicolas Guillaume. La création ex-nihilo et le développement de Netalis restera un projet exceptionnel qui aura animé la moitié de ma carrière professionnelle. Au fil de ses 11 années d’existence, l’entreprise a su se faire reconnaître sur son marché sans avoir peur des acteurs historiques, elle a initié de nombreux partenariats, elle a pris des risques pour innover et a dû aussi s’adapter aux aléas inhérents à la vie d’une PME française. Poussés par l’exigence de nos clients, nous avons étendu nos solutions pour devenir progressivement leur interlocuteur unique sur toute la chaîne du numérique. Néanmoins, alors que le pivot de notre modèle d’affaires historiques vers l’ajout de services numériques hébergés et notre restructuration financière ouvraient des perspectives positives, notre dynamique a été entravée il y a quelques mois par un différend majeur avec un fournisseur. Les tribunaux étant aujourd’hui saisis, nous ne ferons aucun autre commentaire et faisons pleinement confiance à la justice pour trancher ce litige.

Pourquoi ce recours à une procédure de redressement judiciaire ?

La procédure de redressement judiciaire visait à faire émerger la meilleure solution de cession. Dans ce cadre, deux dossiers me semblaient répondre parfaitement aux exigences de viabilité et de protection de notre écosystème, l’un des deux s’est toutefois désisté peu avant la fin de la procédure. L’offre de la nouvelle société NetR SAS créée à Besançon par des investisseurs de renom (Sipartech, et NJJ Capital notamment) était l’un de ces deux projets et a également bénéficié d’un appui fort de la part de tous les salariés de Netalis. Le Tribunal de Commerce de Besançon a tranché en sa faveur pour la reprise des actifs, permettant de sanctuariser 100 % des emplois et de poursuivre les prestations dans les meilleures conditions, en conservant même l’identité et les valeurs du projet initial. Je me réjouis pleinement de ce choix et de cette sortie de crise positive grâce à la présence d’investisseurs solides et fiables pour garantir un avenir de très long terme à Netalis.

La société repreneuse NetR SAS, au capital de 150.000 €, présidée par Jean-Luc Balfroid, passé par ViaNumérica et Céleste, est détenue par un trio d’investisseurs. Sipartech, opérateur d’infrastructures de fibre optique de dimension européenne, et la SAS Les Hauts Cry détiennent chacun 4.950 actions pour un montant de 49.500 €. Le troisième actionnaire n’est autre que NJJ Capital, la holding de Xavier Niel, fondateur de Free, qui a lui aussi injecté 49.500 €, soit 33 % du capital. C’est une première pour cette figure de proue des télécommunications françaises d’investir à titre personnel dans un opérateur local destiné exclusivement aux professionnels. Comment expliquer cet attrait de tels poids lourds du secteur pour une PME franc-comtoise ?

En 11 ans d’existence, Netalis s’est fait connaître positivement dans le monde des télécommunications, y compris dans les hautes sphères du secteur. La vision des nouveaux investisseurs prolonge le projet initial de Netalis : s’inscrire dans un écosystème d’opérateurs régionaux français, souverains, performants, au plus près des entreprises et des institutions. À l’heure de la souveraineté numérique dont on parle tant et de mouvements d’acteurs systémiques en France, les opérateurs télécoms régionaux ne sont pas un détail de marché. Ils sont une stricte nécessité pour le présent et le futur du marché B2B des télécoms français. En particulier, pour comprendre puis accompagner les évolutions rapides du monde économique avec toute la proximité qui les caractérisent.

L’arrivée de NJJ Capital a-t-elle un lien avec la fin annoncée de SFR, distributeur de beaucoup d’opérateurs indépendants ?

Je ne peux pas m’exprimer à la place de NJJ Capital ni de Xavier Niel. Mais je ne masque pas toute l’admiration que je lui porte depuis longtemps : c’est un grand entrepreneur bâtisseur doté d’une qualité de vision exceptionnelle et de cette capacité rare à reconnaître les talents pour leur donner la chance de réussir leurs défis. Je le remercie chaleureusement pour le soutien qu’il apporte à ceux qui innovent et prennent des risques. Sur le marché B2B des télécoms en France, l’effacement progressif d’un acteur systémique comme SFR offre aux acteurs implantés dans les territoires un espace de développement inédit aux côtés des trois majors du secteur qui subsisteront. Je porte le vœu que Netalis accompagne cette dynamique.

NetR SAS se substituant à Nasca Group, qu’en est-il du partenariat commercial et technique avec Prizz telecoms qui faisait suite à la vente, en décembre 2024, par Nasca Group de sa filiale infrastructure, Infralis ?

La stratégie de partenariat de NetR SAS lui appartient. À ce stade, je constate que les opérations se poursuivent sur les bases du coeur de réseau existant. Les interconnexions nouées avec les différents opérateurs d’infrastructure ont été construites pour atteindre plus de 98 % des entreprises en France et assurer la continuité de service. C’est cette robustesse technique garantie par une équipe compétente qui bénéficie toujours aux clients de Netalis aujourd’hui, je m’en félicite et j’en suis très fier.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

J’ai lancé en parallèle depuis deux ans, une activité de conseils sous la société Arkaven qui intervient pour des PME, ETI et grands groupes français ou internationaux et je participe aussi désormais à d’autres projets en complément.