Odyssée Technologies poursuit son ascension
Doubs. Le groupe franc-comtois Odyssée Technologies, basé aux Premiers Sapins, vient d’annoncer l’acquisition de la société alsacienne SMES. Ce mouvement stratégique, qui intervient après une introduction en bourse remarquée, confirme l’ambition du Pdg Christian Mary : structurer un pôle industriel français de premier plan, capable de répondre aux exigences croissantes des secteurs de l’aéronautique, de la défense et de l’énergie, tout en relevant les défis de la réindustrialisation.
C’est une nouvelle étape de franchie pour Odyssée Technologies dans la constitution d’un champion national de la défense et de l’aéronautique. Le 24 juin, l’acteur industriel spécialisé dans la mécanique de précision, dont le siège social est ancré au cœur du Doubs, aux Premiers Sapins, a signé un compromis pour l’acquisition de 100 % des parts de SMES. Implantée à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin, cette entreprise de 40 collaborateurs est une véritable « pépite » de l’usinage de haute technicité, réalisant un chiffre d’affaires de 5,4 M€, un bénéfice de 0,6 M€ et possède 2,7 M€ de fonds propres.
Pour Christian Mary, président d’Odyssée Technologies, cette opération n’est pas une simple transaction financière, mais une brique essentielle d’un édifice plus vaste. « Avec l’acquisition de SMES, Odyssée Technologies s’adjoint une branche "luxe" dans le secteur aéronautique qui est déjà bien connu du groupe », explique-t-il, soulignant que ce rapprochement vise à « construire un groupe industriel diversifié, rentable et positionné sur des savoir-faire techniques à forte valeur ajoutée ».
Cette acquisition s’inscrit dans une trajectoire de croissance mixte, mêlant développement organique et acquisitions ciblées, une stratégie déjà éprouvée par le passé. Depuis sa création en 2012 avec le rachat de Grissé Associés, le groupe a multiplié les opérations : SNL près de Tarbes en 2015 pour s’implanter dans le Sud-Ouest, puis PMB en 2020, en Corrèze, pour ouvrir les portes du secteur du marché de la défense. Aujourd’hui, avec 175 salariés et 20,8 M€ de chiffre d’affaires en 2025, Odyssée Technologies gravit une nouvelle marche. Le rachat de SMES permet au groupe de pénétrer le marché très spécifique de la transformation d’avions pour une clientèle internationale haut de gamme. SMES se distingue par sa capacité à fabriquer des pièces complexes pour l’aménagement de cabines de gros porteurs, tels que des Boeing 747 ou des Airbus A380 privés. « SMES apporte une expertise rare de premier plan, une organisation efficace et un portefeuille clients international de grande qualité », se félicite Christian Mary.
Au-delà de l’aéronautique, l’autre pilier de la stratégie d’Odyssée Technologies est la défense, un secteur en pleine croissance. « Le conflit en Ukraine a engendré une forte accélération des commandes ». Le groupe est ainsi directement impliqué dans la production de pièces pour l’avion de chasse Rafale ou pour le canon Caesar, dont la cadence de fabrication s’est intensifiée. En 2025, les prises de commandes dans le segment de la défense terrestre ont d’ailleurs été multipliées par 2,5. Cette dynamique nationale de réarmement et de souveraineté industrielle place Odyssée Technologies dans une position de partenaire stratégique.
L’intégration de SMES vient renforcer ce socle technique en apportant des compétences en usinage de pièces de grandes dimensions à parois fines, un savoir-faire que les autres entités du groupe ne possédaient pas encore. En s’appuyant sur les fonds levés lors de son introduction en bourse (8 M€) et sur un recours maîtrisé à l’emprunt bancaire, le groupe se donne ainsi les moyens de ses ambitions. Pour Roger Schmitt, l’ancien dirigeant de SMES qui part à la retraite, cette vente à Odyssée Technologies est : « une opportunité de préserver les compétences, l’agilité et la culture opérationnelle qui font la force de SMES, tout en accélérant son développement ».
Le défi du recrutement
Sur le plan opérationnel, cette acquisition présente également des avantages financiers notables. Contrairement aux autres filiales du groupe qui fonctionnent sur des cycles de production longs (parfois plus d’un an) nécessitant un besoin de fonds de roulement élevé, SMES opère sur des cycles très courts avec peu de sous-traitance. « Avec l’acquisition de SMES, on rééquilibre les choses », précise Christian Mary. « Cette opération, qui a vocation à créer rapidement de la valeur pour nos actionnaires, contribuera directement à l’atteinte de nos objectifs de croissance profitable ». De plus, il n’existe quasiment aucun recouvrement de clientèle entre SMES et les autres filiales, garantissant une diversification réelle, sans cannibalisation interne.
Cependant, cette volonté de bâtir un géant français de la mécanique de précision se heurte à une réalité de terrain préoccupante : la pénurie de talents. Christian Mary ne cache pas son inquiétude face au manque de main-d’œuvre qualifiée, qu’il décrit comme un « frein énorme » et un « problème de dimension national ». « Aujourd’hui, cela limite nos possibilités de croissance de manière très significative », déplore-t-il. Pour le dirigeant, le manque d’attractivité des métiers industriels auprès des jeunes, couplé à une orientation scolaire qui a longtemps privilégié le secteur tertiaire, crée un goulot d’étranglement alors même que l’aéronautique, la défense et le nucléaire tirent la demande vers le haut.
Malgré ces vents contraires, Odyssée Technologies maintient le cap de l’investissement. Aux Premiers Sapins, un projet d’extension du site historique est déjà sur les rails. Pour un montant d’environ 2,5 M€ (hors équipements), le groupe prévoit d’augmenter la surface de production d’un tiers d’ici la fin de l’année 2026. Cette expansion vise à soutenir la croissance organique et à intégrer de nouveaux moyens de production, notamment par la robotisation. Christian Mary insiste toutefois sur le fait que la technologie ne remplace pas l’expertise humaine : « L’IA, par exemple, vient en support, mais ne fabrique pas de pièces. Quant à la robotisation, elle substitue plutôt le personnel opérationnel et finit par créer, par ricochet, de nouveaux besoins en personnel hautement qualifié ».