Parqueterie Janod : de Notre-Dame au parquet à la française
Jura. Installée depuis 1930 dans un ancien moulin bordant les cascades du Hérisson, la Parqueterie Janod perpétue un savoir-faire séculaire. Sous l’impulsion d’Anthony Charabieh, cette EPV conjugue restaurations prestigieuses et innovations durables avec le lancement de sa marque « Les Parquets du Hérisson ».
En octobre 2021, Anthony Charabieh reprend les rênes de la Parqueterie Janod, basée à Doucier, dans le Jura. Cette « vieille maison » née en 1930 se trouvait alors en difficulté. Notre homme, qui a passé 12 ans dans l’industrie métallique, rachète alors à la barre du tribunal cette société qui compte neuf salariés. « Bien que n’étant pas issu de la filière bois, j’ai été immédiatement séduit par la passion qui émanait des artisans-compagnons, si palpable au sein de l’atelier. C’est pourquoi j’ai eu envie de relancer cette activité de savoir-faire qui est une activité locale connue et importante. Je n’aurais pas repris cette entreprise s’il n’y avait pas eu cet attachement fort, cette envie de faire du parquet dans les règles de l’art », confie-t-il.
Pour lui, l’objectif n’était pas de révolutionner les gestes, mais de pérenniser la transmission, tout en organisant mieux les procédés de fabrication : « L’idée est de faire en sorte que la manière de travailler et les processus perdurent », affirme le dirigeant, qui s’appuie aujourd’hui sur une équipe de menuisiers passionnés et deux apprentis. Sa mission : ouvrir l’entreprise vers l’extérieur et redonner de la visibilité à une structure qui s’était quelque peu effacée du paysage commercial. « Nous avons ouvert un showroom et nous organisons des visites de l’atelier, des portes ouvertes, une guinguette du Hérisson lors du week-end de l’Ascension. Un parcours pédagogique en forêt a également été mis en place pour montrer aux visiteurs chaque étape de transformation, de l’arbre à la lame de parquet finie, et nous participons ainsi à la semaine de l’industrie... Le tout, afin de faire connaître notre métier. Et le retour du côté des commandes est plutôt bon ».
Notre-Dame et Versailles en vitrines
La réputation de la Parqueterie Janod dépasse largement les frontières du Jura. Capable de réaliser des parquets de manière traditionnelle pour les Monuments historiques, l’entreprise affiche un carnet de commandes aux noms prestigieux : l’Assemblée nationale, le Louvre, le château de Versailles et, plus récemment, une contribution à la reconstruction de Notre-Dame de Paris.
Toutefois, la Parqueterie ne se cantonne pas au luxe. Si certains panneaux de type « Versailles » peuvent dépasser les 300 € HT/m², l’entrée de gamme pour un parquet massif en bois local débute autour de 40 € HT/m². Avec une clientèle composée à 80 % de professionnels (architectes, parqueteurs, ébénistes, menuisiers) et à 20 % de particuliers, la structure mise sur la souplesse : elle accepte aussi bien des chantiers de 1.000 m² que des petites commandes de 1,2 m² pour des raccords historiques.
Le « sol le plus écologique du monde »
La Parqueterie Janod se définit comme un défenseur de la transformation locale de la richesse boisée du Jura et de la région Bourgogne Franche-Comté. L’entreprise travaille une grande diversité d’essences locales (chêne, acacia, hêtre, érable, merisier et frêne...) dont certaines ne sont plus que très rarement utilisées pour la fabrication de parquet. Le cheval de bataille du nouveau dirigeant est clair : produire le « sol le plus écologique du monde ». Déjà autonome pour son chauffage grâce à la valorisation de ses propres déchets de bois, l’entreprise ambitionne, d’ici 5 à 10 ans, d’atteindre une production à énergie négative en exploitant la force hydraulique de la rivière du Hérisson qui traverse le site.
Cette quête de durabilité se concrétise aujourd’hui par le lancement d’une nouvelle marque : Les Parquets du Hérisson. Le concept renoue avec le « parquet à la française » d’autrefois. « Quand vous regardez les anciennes bâtisses, vous avez beaucoup de parquets avec des largeurs de lattes différentes parce qu’à cette époque on achetait une grume (un arbre) pour faire le parquet de toute la pièce. On avait ainsi plusieurs largeurs de lames, ainsi que toutes les qualités présentes sur le bois choisi, que l’on assemblait pour optimiser chaque grume et réduire le gaspillage ». L’innovation du produit réside aussi dans une traçabilité totale : chaque client pourra connaître le point GPS exact et l’année de coupe de l’arbre, garantissant un approvisionnement à moins de 50 km de l’atelier à vol d’oiseau. « Cela a donné l’idée à quelques clients d’aller se balader à l’endroit exact où l’arbre qui a donné naissance à leur parquet a été coupé : une sorte de pèlerinage, raconte Anthony Charabieh. Notre démarche, c’est à la fois un moyen de retrouver un peu cette recette historique du parquet à la française qui donne un motif qui ne se voit pas chez le voisin, associée à un bois hyperlocal, comme du frêne provenant de Mont-sur-Monnet, à seulement 12 km de l’atelier, avec un prix plus intéressant que nos parquets usuels puisqu’on va pouvoir optimiser les rendements des grumes et éviter le stockage intermédiaire ».
Face à la concurrence des produits industriels et à la raréfaction des poseurs spécialisés, « le métier de parqueteur est en voie de disparition, nous sommes d’ailleurs en train de travailler avec Fibois et d’autres associations pour essayer de le défendre », précise Anthony Charabieh, la Parquerie Janod est obligée de prendre « son bâton de pèlerin, et d’aller prêcher la bonne parole auprès des architectes, des agenceurs, des designers d’intérieur, avec toute la difficulté qu’on peut avoir d’être dans le fin fond de notre Jura qu’on aime tant. Mais ce qui est rassurant, c’est que cela marche, que le produit plaît, ainsi que la manière dont on le réalise. Malgré l’augmentation du prix du bois, la crise du bâtiment qui dure depuis deux ans et une volumétrie qui reste modeste, nous sommes sortis du mode survie et nous avons quelques gros projets à venir », s’enthousiasme le dirigeant.