Patrick Martin appelle à un sursaut de « lucidité et de courage »
Côte-d’Or. Le président du Medef, Patrick Martin, était à Dijon jeudi 9 juillet pour la REF 21. Dans les locaux de l’ESTP, il a délivré un message de combat, fustigeant l’inertie politique tout en érigeant l’entreprise en rempart de confiance pour le pays.
Venu « prendre le pouls de la base » et partager ses analyses avec les adhérents de la Côte-d’Or, Patrick Martin a rappelé son attachement personnel au territoire bourguignon, mentionnant ses implantations locales et ses liens familiaux avec la région. L’ambiance n’était pourtant pas à la nostalgie, mais à la « mobilisation générale » face à une situation économique et politique française jugée « assez critique », évoquant un chiffre : « Au début des années 1960, il fallait 16 ans à un Français pour doubler son pouvoir d’achat. Aujourd’hui, c’est 106 ans ! » Le leader patronal a insisté sur la place centrale de l’entreprise « pour corriger les choses », rappelant qu’elle est l’institution recueillant la plus grande confiance de la part des Français. « On a cette bonne image parce qu’on fait le job. On fait le job sur le plan social. On augmente les salaires autant qu’on peut augmenter les salaires. On est actuellement en France à un niveau de conflictualité sociale qui est au plus bas historique. Est-ce que je suis en train de vous dire que nos salariés sont heureux tous dans nos entreprises ? Évidemment non, mais eux sont conscients de ce qui se passe autour de nous. Eux savent ce que c’est que la concurrence, eux savent ce que c’est qu’un carnet de commande... ».
Pour lui, il est temps d’arrêter de « raser les murs ». « Les entreprises peuvent faire beaucoup mieux, à condition qu’on leur fasse confiance », a-t-il martelé, dénonçant un modèle français marqué par l’excès de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques. Patrick Martin a particulièrement fustigé les récentes velléités de coupes budgétaires sur les dépenses d’avenir : « Se réjouir d’économies budgétaires sordides sur le dos de l’apprentissage, qui est une réussite nationale, ou encore sur les enveloppes budgétaires de France 2030 qui par définition prépare notre avenir dans bien des secteurs d’activité, c’est complètement dingue ! ».
Passer à l’offensive industrielle
Face aux bouleversements géopolitiques, Patrick Martin a exprimé son soutien total à l’effort de défense et à la consolidation de la Base industrielle et technologique de défense. Il voit dans ce secteur une opportunité concrète pour le tissu industriel régional, notamment pour la reconversion de sous-traitants automobiles en difficulté. « Il faut que les paroles soient suivies des faits, que les crédits arrivent, que les carnets de commande se remplissent », a-t-il insisté, déplorant une certaine « inertie ». « Il faut donner de la visibilité à ces entreprises pour qu’elles puissent investir et embaucher autant qu’il le faudra pour répondre à la demande ». Le président du Medef a exhorté les chefs d’entreprise à investir le débat public et à ouvrir leurs portes aux élus, aux apprentis, comme aux enseignants, se félicitant notamment d’un partenariat signé avec l’UBE, qui fait « entrer pleinement l’entreprise dans l’université ».
Pour Patrick Martin, le patronat doit porter une voix « lucide et courageuse afin d’apporter de la rationalité dans la décision publique, de réintroduire les enjeux de compétitivité, de nucléaire et d’innovation, pour qu’il y ait des études d’impact systématique en amont du vote de chaque loi... ». « Nous ne sommes pas des commentateurs, nous sommes des acteurs. Il faut nous laisser apporter notre touche de réalisme, notre touche de pragmatisme qui n’est pas une touche de résignation. Nous sommes pétri d’ambition, nous sommes pétris de projet... Il faut qu’à un moment donné on nous écoute un petit peu plus afin qu’on obtienne finalement beaucoup plus facilement des résultats », a-t-il conclu, invitant ses pairs à ne jamais céder à la résignation malgré un contexte international exigeant : « on est une formidable armée, on a des ressources et une énergie incroyables ! ».