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93e année

Plus de solidarité sur l’ensemble de la chaîne de la construction

Bâtiment. Hausse des prix des matériaux, problèmes d’approvisionnement et de main-d’œuvre, les professionnels du bâtiment souhaiteraient que l’ensemble de la chaîne de la construction se comprenne et travaille davantage en synergie.

Emmanuel Chevasson et Bernard Laborey ont alerté la presse sur la nécessité pour les entreprises du bâtiment de ne pas supporter la hausse des prix des matériaux. JDP

« Le secteur du bâtiment est une pierre précieuse qu’il faut préserver.  » C’est en ces termes qu’Emmanuel Chevasson, vice-président de la Fédération française du bâtiment (FFB) de Côte-d’Or et président de la commission économique de la FFB en Bourgogne Franche-Comté, a introduit ses propos lors d’une conférence donnée sur la thématique du “bâtiment  : le pilier de la relance face à des vents contraires”, lundi 7 février au siège dijonnais de la fédération, l’occasion de dresser un état des lieux de la situation. Bernard Laborey, président de la FFB en Bourgogne Franche-Comté a lui tenu à rappeler que «  le bâtiment est un des moteurs de l’économie régionale. En termes d’emploi, en équivalent temps plein, la construction comptait près de 52.000 collaborateurs en 2021 dans la région, soit une hausse de 3,5 % sur un an, et plus de 4.600 intérimaires (+ 12,4 %). La demande d’emploi a quant à elle baissé de 16,2 %, là où la moyenne nationale a baissé de 10,7 %  ».

Toutefois, si le secteur du bâtiment est «  un véritable levier économique pour notre belle région Bourgogne Franche-Comté  », il n’en reste pas moins impacté par les conséquences de la crise sanitaire. «  Nous souhaitons lancer un appel pour que la filière de la construction se resolidarise, explique Emmanuel Chevasson. Nous avons en effet parmi les conséquences de la crise sanitaire, un tas de phénomènes qui viennent mettre en difficulté les entreprises d’exécution... ces métiers opérationnels en bout de chaîne  ».

Ne pas subir la hausse des prix des matériaux

La Fédération française du bâtiment a lancé l’alerte plus d’une fois depuis le début de cette crise sanitaire, le prix des matériaux ne fait qu’augmenter, impactant toute la chaîne de la construction. «  Au début du maillon, nous avons les industriels qui produisent les composants dont les entreprises d’exécution ont besoin. Télescopés par la hausse des prix des matériaux, ces derniers ont pu les rebasculer, explique Emmanuel Chevasson. Sauf que nous, entreprises exécutantes, nous n’avons pas rebasculé ces hausses de prix telles quelles à nos propres clients  ». Ce dernier l’explique notamment par le fait que le délai entre le moment où l’entreprise prend une commande et le moment où elle l’exécute peut être suffisamment long pour ne pas pouvoir procéder à ce transfert de hausse de prix.

« Comme dans tous les secteurs, nos salariés sont particulièrement touchés, sauf que nous sommes dans des métiers où on ne fait pas beaucoup de télétravail... »

«  Nous attendons donc des industriels un peu de mesure et pas trop de spéculation sur les hausses de matières qu’ils subissent, martèle-t-il. Mais nous attendons aussi des maîtres d’ouvrage publics et privés une ouverture d’esprit forte quant à la revalorisation des devis en cours  ». Si les carnets de commande sont très riches - «  des moyennes proches d’un an dans l’ensemble des corps d’état  » - la fédération craint aujourd’hui que ça ne desserve aux entreprises qui ne pourraient pas rattraper ces hausses, sans compter que d’après le vice-président de la FFB 21, «  60 % des entreprises sont aujourd’hui touchées par des pénuries de matières, soit des retards d’approvisionnement et même des suppressions de commandes  ».

Enfin, conséquence directement liée à la crise sanitaire, le manque de personnel  : «  Comme dans tous les secteurs, nos salariés sont particulièrement touchés, sauf que nous sommes dans des métiers où on ne fait pas beaucoup de télétravail...  » La FFB estime qu’en moyenne, 10 % des effectifs sont atteints par la Covid, créant une véritable perturbation sur la capacité à tenir les plannings. «  Tout cela génère beaucoup de retard et de difficulté d’organisation. Là encore, nous appelons la chaîne de la construction à faire preuve de la compréhension et de l’analyse qu’il faut pour ne pas nous mettre dans une pression dégradante pour la rentabilité de nos entreprises.  »

Un secteur en pleine évolution

Si le bâtiment compte aujourd’hui plus de 30 métiers tous plus différents les uns que les autres, «  ce sont surtout des métiers en plein évolution et tout est mis en œuvre pour relever les grands défis que sont le numérique, l’écologie, l’énergétique, la prévention sécurité  », témoigne Bernard Laborey, avant de rappeler  : «  Oui, le bâtiment est une filière d’excellence qui recrute à tout niveau, du CAP à l’ingénieur, et où l’ascenseur social fonctionne. La formation en est le code d’accès  ».

«  Tous nos départements sont concernés, complète Emmanuel Chevasson, puisque 90 % des communes de la région disposent d’une entreprise de bâtiment  ». D’après la Fédération française du bâtiment, 74 % des Français diraient que leur rêve est de trouver un logement qui leur convienne, lorsque 2,2 millions de personnes sont en attente d’un logement social et 4,4 millions sont dites mal logées. «  C’est un sujet prioritaire malheureusement quasi absent dans les programmes présidentiels  », conclut le vice-président de la FFB 21.

Antonin Tabard