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92e année

Robin Aircraft lauréat de France Relance

Aéronautique. Seul constructeur d’avions monomoteurs en bois au monde, la société Robin Aircraft à Darois, a reçu une aide d’1,7 million d’euros de France relance. Un coup d’accélérateur qui devrait donner de la portance à un ambitieux plan de développement chiffré à un peu plus de cinq millions d’euros.

Cela fait 64 ans qu’à Darois, une pépite de savoir-faire artisanaux conçoit et fabrique à la main des avions de voyage quatre places en bois. Il y a d’abord la société historique CEAPR, née en 1957 et spécialisée dans la fabrication de pièces détachées pour l’aéronautique, l’ingénierie et la conception des avions. De cette première entreprise familiale émerge en 2011, sur le même tarmac, Robin Aircraft qui mobilise près de 70 personnes et plus d’une vingtaine de corps de métiers différents (selliers, chaudronniers, menuisiers, ébénistes, électrotechniciens, pilotes d’essai, soudeurs, peintres...) pour donner vie à quelque 20 oiseaux de bois, de toile et de métal par an.

Près de 3.000 avions sortis des ateliers côte-d’oriens sont en circulation actuellement, possédés majoritairement par les 800 aéroclubs français. Des produits d’exception qui ont permis à Robin Aircraft de recevoir en 2017 le label d’Entreprise du patrimoine vivant (EPV). Une année qui rime également avec un doublement de la production d’avions. « Nous sommes passés de la fabrication d’un à deux avions par mois, témoigne Casimir Pellissier, président des deux sociétés. Il nous a fallu recruter de manière significative. Or le manque d’attractivité de Darois pour des profils très qualifiés ne rend pas la tâche aisée ».

Des recrutements appelés à prendre leur envol dans les six prochaines années au vu du plan de développement de près de cinq millions d’euros lancé par l’entreprise. Un programme en trois phases : le déménagement des locaux vers une usine nouvelle, située à deux pas de l’actuelle, de 3.500 mètres carrés plus écoresponsable ; le renouvellement du parc machines (tour à commandes numériques, machine de découpe au jet d’eau qui offre 30 % de gain de temps tout en permettant de réaliser des tâches de plus hautes qualités, cabine de peinture de haute capacité...) et le développement R&D de nouvelles motorisations plus performantes et écologiques (hydrides, voire full décarbonées), ainsi que la recherche d’amélioration du confort à bord des avions, pour revenir à la pointe de la technologie et conquérir de nouveaux marchés, notamment à l’international.

1,7 millions d’euros d’aides de l’Etat

« Nos avions, n’ont que peu évolué depuis 1972 : l’idée est de passer un cap, de nous projeter vers l’avenir », appuie le dirigeant. Des ambitions qui incitent Casimir Pellissier à monter un dossier France Relance. Sa candidature est retenue. « Lorsque j’ai appris que nous serions accompagnés par l’État, pour tout dire, ça m’a semblé irréel. Car dans le fond, Robin Aircraft a toujours été une entreprise à taille humaine, loin des gros avionneurs comme Airbus ou Dassault et de leurs enjeux macroéconomiques, quasi-géopolitiques. Puis la visite du préfet de région Fabien Sudry, le 11 février, suivie de celle, inopinée du Président Emmanuel Macron à Darois, ont donné un peu plus de corps à cette réalité qui semble désormais indéniable : oui, nous pouvons, oui, nous allons encore grandir, progresser… et recruter ».

« Avec Robin Aircraft, les choses ont d’autant plus matché qu’ici les hommes renouaient avec leurs premiers amours : les avions »

Ainsi, ce sont 1,7 million d’euros qui vont être versés progressivement à l’entreprise jusqu’à mi-2022. « Et même s’il nous reste près de 70 % de notre plan à financer, cet appui de l’État, médiatisé par le déplacement du Président de la République, nous offre crédibilité, sérieux et solvabilité... Pour être clair, nous allons pouvoir faire en cinq ans ce que l’on avait prévu de réaliser en 15 ans », affirme Casimir Pellissier. Robin Aircraft entend ainsi porter ses effectifs à une centaine de salariés afin de doubler le nombre d’avions en bois construits à l’horizon 2027.

« Pour toute entreprise artisanale, grandir n’est pas forcément un processus naturel mais au contraire un effort soutenu, exigeant une prudence redoublée. Tout particulièrement quand il s’agit de recrutement. Mais chaque avion demande déjà tant d’attention à des détails si décisifs que de prendre le temps de bien recruter ressemble souvent à un luxe », confie le président. Pour mener à bien cette tâche chronophage et pourtant si vitale à la bonne croissance de la société, qui voit “ses anciens”, porteurs des savoir-faire historiques, partir un à un à la retraite, « l’âge moyen des salariés de Robin Aircraft est ainsi passé de 52 ans à 35 ans », Casimir Pellissier a eu la chance de croiser la route de Philippe Criaud, chargé de prospection et des relations employeurs du bureau d’Auxonne et de Dijon de Défense Mobilité, l’agence de reconversion du personnel des Armées.

Un partenaire de confiance

« Il a de suite compris l’esprit de Robin Aircraft et a ainsi pu “pré-travailler” les candidats. Par ce biais, nous avons déjà intégré deux anciens militaires de la Base aérienne (BA) 102 Dijon-Longvic, dont un jeune ingénieur électronicien. D’autres entretiens sont déjà programmés, dont un mécanicien, peintre et carrossier », développe Casimir Pellissier. « Les ressortissants des Armées possèdent une culture, un sens de l’équipe et un vrai esprit de corps. Ils ont dans leurs gènes, cette capacité d’adaptation, ce goût pour la transmission, ainsi qu’une forte capacité de travail. Avec Robin Aircraft, les choses ont d’autant plus matché qu’ici les hommes renouaient avec leurs premiers amours : les avions », argue Philippe Criaud, qui par ailleurs milite pour un accompagnement de ses “hommes de bonnes volontés” au-delà des cinq réglementaires.

« Avec Robin Aircraft, nous avons reclassé des personnes qui n’étaient plus sous les drapeaux depuis cinq à dix ans... ». Casimir Pellissier a trouvé en Défense Mobilité un partenaire de confiance, dont l’apport en personnel qualifié entre également en résonnance avec les recrutements d’alternants, issus notamment des Arts & Métiers, plébiscités par le dirigeant. Autre projet d’envergure mûri par Casimir Pellissier : la reconversion de ces anciens locaux en un centre d’attractivité aéronautique et mobilités vertes.

« L’idée est de concentrer sur 9.000 mètres carrés : une pépinière d’entreprises et de start-up liées à ces thématiques, des ateliers modulaires, un banc d’essai, des laboratoires de recherche (UTBM, Arts & Métiers...) capables d’offrir aux étudiants des projets concrets en lien avec les besoins exprimés par les entreprises hébergées, une dizaine de sociétés mentor (Aviva, Seb...) le tout dans un objectif croisé d’attractivité régionale et de création d’innovation ».

Frédéric Chevalier