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Safran arme son site dijonnais

Côte-d’Or. Une première tranche d’investissement de 20 M€, 200 emplois à terme d’ici à 2029 : Safran Electronics & Defense, équipementier des armées pour les secteurs aéro, naval et terrestre, annonce une « montée en cadence » pour son site dijonnais, seul site au monde du groupe Safran pour la production de viseurs et de périscopes.

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Photo de Franck Saudo et François Rebsamen
Franck Saudo, président de Safran Electronics and Defense (à gauche) avec François Rebsamen, président de Dijon métropole. Crédit : JDP.

Le président de Safran Electronics & Defense Franck Saudo était à Dijon, mardi 30 juin, aux côtés du président de Dijon Métropole François Rebsamen pour annoncer le plan de « montée en cadence » de son pôle dijonnais situé rue de Stalingrad. Franck Saudo y a officialisé un projet d’investissement de 20 M€ destiné à l’extension du site historique. Cet investissement se traduira par la construction d’un nouveau bâtiment de 3 000 m² sur cinq niveaux, s’ajoutant aux 15 000 m² développés actuels. Ce nouvel espace accueillera les activités tertiaires et d’ingénierie afin de libérer de la surface dans le bâtiment principal pour la production, notamment pour augmenter les salles blanches. Le calendrier prévoit une signature le 7 juillet pour une livraison en avril 2027 et une mise en service industrielle en juillet 2027. L’objectif est de doubler la production d’ici 2029, ce qui entraînera l’embauche de 200 personnes sur les trois prochaines années qui viendraient s’ajouter aux 500 personnels actuels (salariés et intérimaires).

L’opération a été facilitée par l’intervention de Dijon métropole, venue en acheteur intermédiaire sur un terrain appartenant à l’État – ce dernier n’ayant pas le droit de le vendre de gré à gré à un industriel privé. Cette triangulaire administrative entre l’État, la métropole et l’industriel a été mise en place via une « procédure la plus accélérée possible », dixit François Rebsamen, afin de ne pas retarder le projet qualifié de stratégique pour la souveraineté de la Défense nationale.

La spécificité du site dijonnais repose d’abord sur une expertise historique unique. Comme le rappelait Franck Saudo, « c’est ici qu’en 1947, Robert Cuvilier déposait un brevet pour les premiers zoom optiques ». Aujourd’hui, cette expertise s’est muée en une exclusivité industrielle, puisque Dijon abrite le seul site du groupe Safran dans le monde pour l’assemblage et la fourniture des viseurs d’identification et de tirs pour les secteurs aéro, naval et terrestre de la Défense. Le site ne produit pas de matière première mais agit comme un intégrateur de haute précision : « On va monter nos optiques dans un ensemble de barillets et d’optomécanique, on va y associer l’électronique et ainsi faire la recette complète du viseur », explique Stéphane Paquien, responsable de l’amélioration continue sur le site. Ces opérations nécessitent des infrastructures spécifiques, notamment des « salles blanches, beaucoup plus propres qu’une salle d’intervention de bloc opératoire », précise Franck Saudo - le plus infime corps étranger pouvant fausser les performances des dispositifs avec des conséquences potentiellement dramatiques sur les terrains d’opération.

La réponse aux drones

Photo de Stéphane Paquien
Stéphane Paquien, devant l’écran de démonstration des systèmes de détection et d’identification développés par Safran. En dessous, le futur bâtiment. Crédit : JDP.

Le groupe Safran a su adapter son outil industriel aux réalités des guerres contemporaines qui constituent autant de retours d’expérience pour les matériels sur les différents fronts militaires. « Les conflits récents (Ukraine ou Iran) ont fait apparaître de nouveaux besoins des armées », souligne l’industriel. « Le site est désormais au cœur des enjeux de la lutte anti-drones ». Pour répondre à cette menace, Safran Electronics & Defense propose un binôme technologique innovant : Vampir, un système de veille qui « tourne en permanence et peut identifier tous les drones qui arrivent dans la zone » grâce à l’intelligence artificielle. Son avantage est la « détection passive » (il ne fait que regarder sans émettre d’ondes, ce qui le rend invisible, contrairement aux radars) et le Paseo XLR (eXtra Long Range), un viseur d’identification à très longue portée (40 km).

« Safran a été accompagné par la métropole de Dijon, permettant de réaliser notre projet en moins de 18 mois. Les destins sont liés : industrie, territoire. »
-  Franck Saudo, président de Safran electronics and defense

L’efficacité économique de ces solutions est redoutable. En Mer Rouge, face aux drones Houthis (proxy de l’Iran), l’utilisation du Paseo XLR a permis de passer de l’usage de missiles à une neutralisation par canon : « En quatre mois, une défense de plusieurs millions d’euros a été remplacée par une défense de 6 000 € », se félicite Franck Saudo.

Souveraineté et intelligence artificielle

L’enjeu de cette guerre moderne est aussi celui de la souveraineté numérique. Safran a acquis l’entreprise Preligens (devenue Safran AI) pour développer des « algorithmes et des équipements totalement souverains ». L’objectif est de garantir l’intégrité de la chaîne de données tout en respectant une règle éthique stricte : « toujours l’homme dans la boucle et pas de décision de l’IA de façon autonome ». L’ambition de ces technologies est de « baisser au maximum la charge cognitive » des soldats qui restent responsables de leurs décisions en étant en possession d’un maximum d’informations.

Économiquement, Safran rayonne à l’international en servant « plus de 70 clients à travers le monde dans 29 pays », détaille Franck Saudo. La valeur produite à Dijon est majoritairement nationale « je dirais de la classe de 50-60 % », précise-t-il, le reste provenant essentiellement de chaînes d’approvisionnement européennes. Pour les composants critiques venant de plus loin (Asie), Safran constitue des « stocks de sécurité de plusieurs années » afin de garantir l’indépendance de la défense française en armant sa propre supply chain.