Tolix, une longévité solide comme l’acier
Saône-et-Loire. Souvent copiée mais jamais inégalée, la bientôt centenaire entreprise Tolix a vu le jour en Bourgogne mais a su conquérir le monde grâce à la qualité de son mobilier et à l’originalité de son design.
Peut-être avez-vous déjà eu l’occasion de vous asseoir sur une chaise Tolix. L’histoire du mobilier en acier s’inscrit dans le patrimoine bourguignon depuis 1927, quand Xavier Pauchard établit son activité à Autun en Saône-et-Loire. « Il a introduit en France la galvanisation. Cette technique est née en Italie puis exportée aux États-Unis où il l’a découverte. Elle consiste à tremper le produit en acier dans un bain de zinc qui va le protéger de la rouille », raconte Emmanuelle McGrath, actuelle présidente de Tolix, qui précise que son industrie se distingue en plongeant l’intégralité de ses produits finis. « Ainsi, même les vis et les soudures sont protégées et résistent au temps. »
Véritable inventeur, Xavier Pauchard a contribué à révolutionner l’esthétique industrielle avec ses meubles métalliques, designs et fonctionnels. Dans les années 1930, les premières collections se destinent aux espaces publics. En 1937, Xavier Pauchard invente la chaise T37 pour l’exposition universelle. L’objet se retrouve alors dans tous les jardins de Paris. « Elles ont toutes disparu donc on suppose qu’elles ont été fondues pour être transformées en arme pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’acier se refond à l’infini, c’était un matériel écolo avant l’heure. » Dans les années 1950, c’est l’avènement de la Table 55 avec ses pieds coniques. À la même époque, Tolix répond à une commande de l’université de Dijon et crée la chaise UD pour l’occasion. Empilable, elle s’adapte aux petits espaces des chambres étudiantes.
Collaborations bénéfiques
Entreprise du patrimoine vivant depuis les années 2000, Tolix conforte sa place dans le patrimoine industriel national tandis qu’elle collabore régulièrement avec des designers pour concevoir de nouvelles collections. En 2025, l’entreprise a notamment lancé un concours auprès des élèves de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art. « Le buffet du gagnant sera réalisé en septembre et présenté à la design week de Miami. » Aujourd’hui, l’entreprise compte 25 salariés et affiche un chiffre d’affaires avoisinant les trois millions d’euros. « Nous emboutissons pour donner une forme à l’acier, nous plions en chauffant et nous soudons, par point avec de l’étain et de l’argent. Une technique bien reconnaissable », sourit Emmanuelle McGrath avec fierté.
Fille de Jean-François Dehecq, ancien dirigeant de Sanofi, elle a repris la présidence de l’entreprise en juillet 2025 quand deux cadres de Balmain ont proposé à son père de reprendre Tolix. « D’abord actionnaire minoritaire, il a repris la totalité de l’activité devant les difficultés rencontrées et me l’a confiée. » Tolix recouvre une dimension familiale puisqu’après l’engagement de son père, Emmanuelle McGrath, avocate dans une première vie et architecte dans une deuxième, peut aussi compter sur la présence de son mari et sa fille au sein de l’entreprise. « Nous avons repris un fleuron de l’industrie française pour la garder. Nous aimons l’industrie et la Bourgogne. Il y a une histoire d’amour avec les gens et le territoire. On veut garder cette atmosphère familiale, on a besoin d’aimer les gens avec qui on travaille. »
Mieux vaut faire envie…
Longtemps protégés par des brevets, certains produits Tolix sont depuis tombés dans le domaine public comme la chaise A ou le tabouret H. Si le succès est au rendez-vous pour ses produits phares, toujours plébiscités pendant la vente d’usine organisée depuis 50 ans en juillet à Autun, il y a toutefois un revers à la médaille. « On trouve des copies venues de Chine à monter soi-même sous le nom de Tolix. On se bat pour la protection de la marque, notamment auprès des loueurs de mobiliers français qui se fournissent en Chine et revendiquent notre nom. » Mais les connaisseurs savent distinguer le faux du vrai.