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Traduction instantanée : la startup Ohaio trace sa « voix »

Côte-d’Or. Gabriel Primetens, pharmacien curieux, a développé en deux ans un outil de traduction vocale en temps réel qui s’impose face à la concurrence sur les plus grandes scènes tech européennes. Sa start-up, Ohaio, vient de décrocher un partenariat avec le salon Vivatech en pariant sur la qualité de l’expérience utilisateur.

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(Crédits : OHAIO)

Une démo vaut toujours plus que mille mots. Gabriel Primetens nous parle, micro casque sur la tête et les mots apparaissent sur un écran déporté : propres, ponctués, restructurés - dans la langue de notre choix. On a choisi la difficulté avec du Catalan. La traduction est fluide, littérairement parfaite, débarrassée de toutes les hésitations du langage oral. « Le système attend la fin de la phrase pour comprendre le contenu et le restructurer de façon littéralement acceptable dans la langue cible », explique le fondateur d’Ohaio, un software de traduction vocale pour conférences. C’est précisément ce qui distingue Ohaio de la concurrence : l’outil ne retranscrit pas, il interprète. Il nettoie, ponctue, choisit le bon terme selon le contexte. Un exemple concret : le mot « stérile » possède deux sens distincts en anglais. Si on indique à Ohaio en amont qu’on parle de médecine ou de botanique, il choisira automatiquement le terme le plus adapté.

Une fonctionnalité de « spécialisation par contexte » qui est l’argument différenciant. Idem pour les formules de politesse : le système applique automatiquement le ton et acculture son agent IA aux bonnes manières du pays et de sa langue.

Le texte défile progressivement soit sur un écran, sur scène, placé derrière les speakers, soit sur les smartphones des participants de la conférence, une fois un QRcode scanné. « On peut renseigner, en amont, qui parle et les propos défilent alors dans des couleurs différentes en fonction de l’interlocuteur. À la fin de la conférence, on peut obtenir un résumé de la session », glisse notre interlocuteur de 42 ans.

Vivatech, la consécration et un partenariat majeur

Un outil abouti qui n’a, pourtant, que quelques mois d’existence et qui s’appuie sur un premier service de messagerie développé, au départ, pour pouvoir « chater » avec une amie japonaise. La traduction vocale en temps réel est arrivée sur la suggestion de prospects rencontrés en salons, puis à la demande de Marie-Hélène Julliard-Randrian, de Dijon Métropole, pour l’événement LADYj_Tech. Trois mois de développement, une première version imparfaite mais fonctionnelle, et le produit est sur pied.

C’est à Vivatech que tout s’accélère. Présent sur le stand de la région en 2025, Ohaio est testé par des visiteurs du monde entier - unanimes. Mieux encore : des participants remarquent que le service des Dijonnais surpasse celui du prestataire officiel de l’événement, pourtant déjà en place. Le bouche-à-oreille remonte jusqu’à la direction. Résultat : Ohaio traduira l’intégralité de Vivatech cette année, soit 320 heures de conférence. L’ancien prestataire, suisse, est remplacé. Vivatech rejoint ainsi dans le portefeuille de Gabriel de grands évènements publics et des festivals de films, dont celui de Deauville.

Services à l’heure

Gabriel Primetens a développé Ohaio en autofinancement et une bourse de la French Tech Tremplin et avec une équipe réduite – composée du CEO, d’Anthony, Cyril et Julien, et des coûts maîtrisés grâce à des mises à jour « au cas d’usage ». L’objectif affiché est désormais d’atteindre la scalabilité : multiplier les événements, les langues, les configurations et intégrer un nouveau LLM (large langage model) qui permet de réduire la latence de retranscription. Les services d’Ohaio se monnayent à l’heure, à partir de 50€.

« Nous nous adressons aux clients qui n’auraient pas eu les moyens de se payer les services d’un traducteur et surtout au milieu de l’événementiel ». Pour les rendez-vous diplomatiques, les « responsabilités légales de traduction ne sont pas assurées », conclut l’entrepreneur.