Entreprises

« Une année catastrophique »

Arnaud Delestre. Céréalier et nuciculteur, il est le président de la chambre d’agriculture de l’Yonne

Lecture 3 min

Le Journal du palais. Épisodes caniculaires extrêmes, sécheresse persistante… quels sont les premiers enseignements à tirer de la saison 2026 ?

Photo de Arnaud Delestre
Installé à Thury, le président départemental de la chambre d’agriculture de l’Yonne Arnaud Delestre est également membre du conseil d’administration de l’instance nationale Chambre d’agriculture France. (Crédit : S.B.)

Arnaud Delestre. Des rendements en baisse. Les cultures d’hiver – colza, blé, orge – ont connu une baisse de leur rendement de l’ordre de 10 %, même si le colza s’en sort plutôt bien. Le rendement des cultures de printemps comme le tournesol est catastrophique puisqu’elles ont subi de plein fouet la sécheresse du mois de mai et les canicules qui ont, physiologiquement, freiné la croissance de la plante. Quant aux éleveurs, ils sont dans la panade puisqu’il n’y a plus de récolte de fourrages depuis le printemps. Ils alimentent leurs bêtes dans les prés depuis le mois de juillet, certains depuis le mois de juin, et ceux qui comptaient sur les pluies fin août début septembre sont partis pour fourrager jusqu’en avril prochain… Donc il existe une vraie inquiétude sur l’état des stocks. Comme l’Yonne n’est pas la seule touchée, mais cela concerne l’ensemble de la France et toute la partie Ouest de l’Europe, il n’y a pas de fourrage disponible aujourd’hui.

Comment accueillez-vous des aides gouvernementales annoncées pour venir en aide aux exploitants agricoles ?

Elles sont forcément décevantes. L’enveloppe est de 14 à 15 M€ pour la Bourgogne Franche-Comté, soit 1,7 M€ pour les agriculteurs de l’Yonne. En réunion avec le préfet et les organisations professionnelles, nous avons fait le calcul : cela va nous permettre de soutenir 400 exploitations sur les 3.000 que nous comptons. Nous avons donc fait le choix de cibler prioritairement les jeunes agriculteurs toutes filières confondues. Ceux qui sont installés depuis moins de cinq ans et ont besoin d’un coup de pouce. Cela signifie aussi que nous laissons les autres au milieu du gué. Nous poussons au niveau national pour obtenir une année blanche au niveau bancaire, de repousser les annuités en fin de tableau et d’avoir une prise en charge des intérêts, garantie par l’État. Je pense que c’est ce qui aiderait le mieux les agriculteurs et coûterait le moins au système bancaire.

Demandez-vous des aides supplémentaires ?

Oui, nous demandons des aides supplémentaires avec cette année blanche et la prise en charge des intérêts. C’est la première négociation que nous devons avoir. Pour le reste, nous sommes des personnes responsables et nous connaissons l’état des finances publiques… Sachant que le Gouvernement a annoncé 1,3 Md d’aides, mais il y a beaucoup de recyclages, d’aides dues et déjà fléchées, nous sommes sur la moitié en réalité. Il y a toujours un effet d’annonce…