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« Une situation véritablement inédite » - Marika Zimmermann est directrice générale de Reine de Dijon

Industrie. Confrontée à des restrictions d’eau inédites, la directrice générale de Reine de Dijon détaille ce qui manque à l’usine de Fleurey-sur-Ouche pour s’adapter : d’abord de la visibilité.

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Photo de Marika Zimmermann
Marika Zimmermann (Crédits : Antoine Martel Photographe)

Le Journal du palais. Que demandez-vous aujourd’hui pour faire face à la situation ?

Marika Zimmermann. Ce dont nous aurions avant tout besoin aujourd’hui, c’est de visibilité. Nous comprenons parfaitement que, pour les autorités, l’exercice n’est pas simple, notamment parce qu’il est difficile d’anticiper précisément les précipitations à venir. Nous savons également que l’industrie n’est pas un usage prioritaire de la ressource en eau.

En revanche, nous ne disposons aujourd’hui d’aucune visibilité sur l’évolution possible de la situation : devons-nous nous préparer à un durcissement des restrictions, à un maintien des mesures actuelles ou, au contraire, à une amélioration progressive ? Par ailleurs, nous ne savons pas quels sont les facteurs pris en compte pour évaluer cette situation. Les précipitations sont-elles le seul élément déterminant ou d’autres critères, tels que l’état des réserves en eau ou les niveaux des nappes, entrent-ils également en ligne de compte ? Sans ces informations, il nous est difficile de nous projeter et d’anticiper nos décisions industrielles dans de bonnes conditions.

Existe-t-il des alternatives industrielles pour le lavage des lignes de production qui soient plus sobres en eau ? Dans l’affirmative, quel serait le coût pour que l’usine en soit équipée ?

Aujourd’hui, nous recyclons déjà une partie importante de nos eaux de rinçage pour les réutiliser lors des prélavages suivants. En revanche, le dernier rinçage doit impérativement être réalisé avec de l’eau potable propre. Il s’agit d’une exigence incontournable dans l’industrie agroalimentaire.

Nous travaillons également en permanence à l’optimisation de nos procédures de nettoyage. Cela consiste notamment à réduire les durées de lavage et de rinçage tout en conservant le même niveau de sécurité sanitaire. Pour y parvenir, nous réalisons régulièrement des mesures et des contrôles afin d’éviter tout sur-nettoyage. Cependant, nos produits sont pâteux, parfois collants, et peuvent sécher sur les équipements. Dans ces conditions, les solutions de nettoyage reposent essentiellement sur l’eau, associée aux produits détergents adaptés. À notre connaissance, il n’existe aujourd’hui pas d’alternative industrielle mature permettant de remplacer significativement l’eau pour ce type d’application.

En revanche, des pistes d’amélioration existent encore. Des systèmes de capteurs intelligents, associés à l’analyse de données et à l’intelligence artificielle, sont actuellement en cours de développement dans l’industrie. Ces technologies pourraient permettre d’ajuster plus finement les durées de prélavage, de nettoyage et de rinçage en fonction du produit fabriqué et de l’état réel des équipements. À terme, cela pourrait contribuer à réduire davantage les consommations d’eau, mais ces solutions restent encore émergentes et ne constituent pas aujourd’hui une alternative au nettoyage à l’eau.

Les restrictions en eau risquent de se reproduire avec le changement climatique. L’unité de production dijonnaise va-t-elle revoir la nature de ses productions ?

La situation que nous vivons aujourd’hui est véritablement inédite. Bien entendu, la consommation d’eau et la préservation de la ressource faisaient déjà partie de nos préoccupations depuis plusieurs années. Nous suivions nos usages, nous engagions régulièrement des actions de réduction et nous savions que l’eau allait devenir un enjeu de plus en plus important. En revanche, nous n’avions jamais été confrontés à un niveau de criticité comparable à celui de cette année.

Pour l’instant, nous sommes avant tout mobilisés sur la gestion de la situation actuelle et sur la continuité de notre activité malgré les restrictions. Mais il est évident que les événements de cet été nous obligent à nous interroger sur l’avenir. Cela signifie-t-il que l’usine de Fleurey devra revoir la nature de ses productions ? Il est aujourd’hui trop tôt pour l’affirmer. Aucune décision de ce type n’est à l’ordre du jour. En revanche, cette situation va clairement nous conduire à réexaminer nos modes de production, nos investissements et notre organisation afin de mieux concilier activité industrielle et préservation de la ressource en eau.